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Janvier
2006 - Numéro 33 - 3e année
©
Au
sommaire de ce numéro :
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Unes
pour toutes, toutes pour Martine Roffinella
par
Josée-Gabrielle Morisset
Elle
avait 26 ans quand Bernard Pivot fit découvrir son premier roman aux lecteurs
en 1988, un récit qui évoquait la passion violente d’une lycéenne pour
l’une de ses professeurs. Suivit un silence de dix ans, mis à profit pour préparer
dans l’ombre un retour résolu à la fiction.
Martine Roffinella publie aujourd'hui Unes,
ou l'offrande des fruits défendus.
Unes
est une rencontre érotique ardente entrecoupée de rêves. Doris n’a jamais
connu le lit d’une autre femme, Nina la domine, lui fait découvrir les frontières
floues de la chair. Le corps languit d’être excité dans des arômes de
fruits, d’épices et d’ouragans. Le corps comblé trouve le repos dans le
sommeil ou le rêve éveillé. En italique, dix rêves permettent aux scènes érotiques
de se réinventer, dix rêves font figure de mise en bouche : l’éveil
des sensations salées et sucrées, le lieu de leur rencontre, leurs premiers
dialogues, leur consentement mutuel.
L’écriture érotique de Martine Roffinella est poétique, gourmande et
subtile. Un érotisme explicite sans être pornographique, inspirant plus
qu’excitant, à l’image de l’illustration de Leonor Fini sur la
pochette de couverture. L'auteure n'emploie jamais les mots « cunnilingus »,
« pénétration » ou « masturbation » et les remplace
par des délices de sensations, d’odeurs et de couleurs qui nous font
comprendre tout aussi bien. La passion enflammée, entre deux femmes, permet
d’apprivoiser la déroute, de fondre ; de faire « Unes ». La
jouissance inédite amène l’unicité. « Doris aime Nina. Nina aime
Doris » et elles désirent vieillir ensemble.
Martine Roffinella a déjà exploré l’univers lesbien dans plusieurs
romans publiés aux Éditions Phébus. Dans Elle (1988), une lycéenne
tombe en amour avec une professeure. Dans Mise à nu (1999), elle propose
le récit de l’abandonnée, lorsque Mie, sa femme depuis sept ans, la quitte
pour l’Autre. Dans Le Fouet (2000), une femme s’abandonne aux
plaisirs et humiliations du châtiment par le fouet. Dans Les Indécises
(2002), elle raconte un amour lesbien impossible et cinglant. Elle a aussi publié
un recueil de nouvelles Inconvenances (2004).
Martine
Roffinella, Unes, roman,
Éditions Phébus, 2005, 68 pages, 9 euros.
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Série
black pour Philippe Cassand
par Pierre Salducci
Philippe
Cassand n’a rien à envier aux auteurs américains qui se sont
appropriés le genre du roman policier gay depuis plusieurs années déjà. Avec
Série black, il nous entraîne aux fins fonds de l’Afrique
dans un polar passionnant aux nombreux rebondissements.
L’histoire
de Série black commence en France, alors que notre héros, Thierry
Romain, se retrouve mêlé du jour au lendemain à un imbroglio policier qui lui
fait craindre le pire. Doutant de l’efficacité de l’enquête, il décide d’aller
se mettre au vert en Afrique en attendant des jours meilleurs. Mais voici qu’au
lieu de trouver le calme tant espéré, ses affaires ne feront que se compliquer
d'avantage.
Philippe Cassand a le don de créer une intrigue captivante en quelques
pages. Doté d’un humour sarcastique et d’un sens de l’observation
remarquable, il nous fait découvrir une Afrique torride et sensuelle à
laquelle nos livres d’histoire ne nous ont pas habitué. Son roman est
particulièrement documenté et c’est avec un intérêt sans cesse redoublé
qu’on découvre ce petit monde de blancs perdus dans un Congo encore marqué
par les traces de la colonisation.
Le Congo de Philippe Cassand est peuplé de beaux Africains sympathiques
aux corps musclés, aux dents blanches et au sourire éclatant, mais aussi de
sbires inquiétants voués aux pires complots politiques. La nature est à la
fois luxuriante et inquiétante, aussi redoutable parfois que ceux qui l’habitent
et tentent de la dominer. On apprend beaucoup et on voyage tant dans le passé
que dans le présent, au fil d’un récit qui conjugue l’histoire officielle
et l’imagination débridée de l’auteur.
Écrit dans un style resserré et efficace, Série black nous emporte
dans une série de crimes et délits qui tiennent le lecteur en haleine dès la
première page jusqu’aux dernières. On n’en finit plus de passer de
surprise en surprise jusqu’à un dénouement aux ramifications tentaculaires
et tout à fait impossible à deviner. Une lecture à la fois instructive et
divertissante dont un des plus grands mérites est de nous plonger dans une
Afrique jusqu’alors très peu explorée par la littérature gay. Un livre qui
fait rêver et donne envie de voyager...
Philippe
Cassand, Série black,
éditions Cylibris, 2003, 254 pages, 17 euros.
Voir également : Le
Cheval bleu se promène sur l'horizon deux fois
]
Entrevue
Philippe Cassand ] La
Mort vous remercie d'avoir choisi sa compagnie
]
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Entrevue
Pierre Chad
par Pascal Eloy
Pierre
Chad est l’auteur de La Leçon des ténèbres,
un livre qui évoque les relations entre homosexualité et christianisme, un
sujet peu abordé en littérature. Il s'est longuement expliqué sur sa
démarche au cours d'une récente entrevue.
Pierre
Chad a écrit son roman parce qu'il est chrétien et théologien et qu'il
souhaite dire que l'église n'est pas seulement ce que nous connaissons
aujourd'hui. Il voudrait que son livre serve a faire comprendre aux gays qui
s'ignorent, ou veulent ignorer leur sexualité à cause de leur religion, que le
christianisme n’a jamais condamné l'homosexualité. Ce faisant, il souhaite
que son livre soit compris comme une incitation à vivre réellement ce que l'on
est et à ne pas se laisser enfermer dans l'image que les autres se font de
nous. Il prône un discours d'ouverture, de tolérance et d'amour. Il est
important de comprendre que c'est avant tout un théologien qui a écrit ce
roman, plus qu’un romancier gay.
En effet, s’il s’est longtemps posé des questions, cet écrivain d’origine
libanaise, qui signe ici son premier roman, est aujourd’hui convaincu que le
message évangélique doit libérer au lieu de culpabiliser l’individu, parce
que « ce
qui compte, c’est l’amour ».
Une conviction que l’auteur a décidé de mettre en scène en utilisant un
épisode de l'Évangile de Jean qui lui a permis de reconstituer les origines du
christianisme et autour duquel il a brodé son histoire. L’action de son roman
se déroule à une époque où le discours de cette religion est encore ouvert,
tolérant et uniquement animé par le message christique « Aimez-vous
les uns les autres ».
Parallèlement, La Leçon des ténèbres se veut une condamnation de « ce
silence qui tue »
et une exhortation à se battre contre ce fléau. Au début du récit, Pierre
Chad nous montre des personnages qui sont ce que les autres attendent d’eux,
afin de ne pas perturber leur univers et les petites habitudes communes. Mais
Lazare, lui, n’en peut plus ! Il est détruit par le silence qui l’entoure
comme sont détruits les gays qui n’osent pas ou ne parviennent pas à assumer
ce qu’ils sont. Il meurt de ce silence qui devient une prison dans laquelle
ceux qui l’aiment l’enferment un peu plus chaque jour. C’est alors que
Pollinius le centurion romain, va lui prouver que l’on peut aimer quelqu’un
d’autre tel qu’il est, que l’on peut aimer gratuitement et que c’est ce
qui permet de se réaliser, que cela rejaillit sur son entourage, tout en le
libérant. Ce livre constitue donc un hymne à la tolérance et à l’acceptation.
Pierre Chad se dit conscient de la difficulté que peut représenter une
telle démarche dans la vie, mais il pense néanmoins que « le
jeu en vaut la chandelle »
et que la libération qui s’en suit est la plus belle des récompenses. L’écrivain
travaille aujourd’hui sur un nouvel ouvrage dont l’intrigue se déroulera
dans une autre époque et qui abordera d’autres préoccupations.
Pierre
Chad, La
Leçon des ténèbres, roman, Gatineau,
éditions
Vents d'Ouest, 2005,
209
pages.
Voir
la critique de Pascal Éloy dans La
Référence, n°27, juillet
2005
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Régis
Révenin et l'homosexualité à la Belle époque
Sources
: www.coulmont.com
Régis
Revenin, actuellement doctorant en histoire contemporaine à l'Université
Paris I - Panthéon Sorbonne, est l'auteur d’Homosexualité
et prostitution masculines à Paris (1870-1918). Avec une dizaine d'étudiants
de son université, il vient de mettre en place un atelier en études lesbiennes
et gays. Dans son ouvrage, il jette un nouveau regard sur l'histoire de
l'homosexualité et nous rappelle que, contrairement à ce que l'on pense
souvent, le mouvement gay ne doit pas tout son essor à la libération sexuelle
des années 70. Ainsi à Paris, tout comme dans plusieurs grandes métropoles,
il existait déjà entre les deux guerres divers établissements et lieux
spécifiques qui ont permis l'épanouissement et le développement de nombreux
regroupements homosexuels, tandis que la répression n'était pas aussi
virulente qu'on veut bien se l'imaginer parfois.
Contrairement
à ce que d’aucun-e-s pourraient croire, la Belle époque est une période tout
à fait méconnue de l’histoire des homosexualités (féminine et masculine)
en France, excepté quelques grandes figures lesbiennes ou gays – littéraires
le plus souvent comme Colette, Lorrain, Proust…. C’est pourtant à la fin du
XIXe siècle qu’apparaît à Paris (mais aussi dans de nombreuses grandes
villes occidentales, comme l’illustrent très bien les recherches des
historiens George
Chauncey pour New York et Matt
Cook pour Londres notamment) une sous-culture gay très visible, avec ses
lieux de sociabilité propres (dont une grande partie est spécifiquement
homosexuelle), ses lieux de rencontre en plein air, ses codes sociaux, ses mœurs
sexuelles, ses moyens de résistance à l’ordre social et sexuel…
L’émergence d’un
« monde »
homosexuel parisien – à défaut de pouvoir réellement parler
de communauté – avec ses bains, bals, bars,
« bordels », cafés et restaurants, sa
« scientifiques
» d’Ambroise Tardieu)
fustigeant l’homosexualité en tant que perversion sexuelle, au motif de la
soustraire à la répression policière et judiciaire (lesquels écrits peuvent
être interprétés comme la ré-appropriation pseudo-laïque et
pseudo-scientifique de la
« question homosexuelle », autrefois monopolisée
par les discours religieux).
J’ai tenté de démontrer, à partir de rapports de police jusqu’alors
inédits, d’articles de presse, d’ouvrages de médecine, de récits
autobiographiques et d’écrits littéraires, combien la vie des gays parisiens
n’était pas, à la Belle époque du moins, systématiquement marquée du sceau
de la répression, mettant ainsi en question les mythes qui entourent de manière récurrente
l’historiographie gay en France (et plus globalement dans l’ensemble des
pays occidentaux). Ainsi, l’homosexualité n’était pas nécessairement
cloisonnée dans les classes privilégiées de la société française
(bien au contraire même…), lesquelles n’étaient certainement pas plus tolérantes
que les classes populaires. Les gays parisiens n’ont pas tous vécu
cachés, honteux, invisibles, isolés et malheureux jusqu’aux années dites de
« libération sexuelle » (après 1968).
Le « monde
gay »
(comme le quartier du Marais aujourd'hui à Paris ou Saint-Germain-des-Prés, puis la rue
Sainte-Anne qui l’ont
précédé) n’est pas né
ex nihilo en même temps qu’apparaissaient le-s mouvement-s homosexuel-s après
la Seconde Guerre mondiale. J’ai ainsi recensé quelque cent dix
« établissements
gays » avant la Première Guerre
mondiale. Enfin, les quartiers gays
parisiens avant 1918 n’étaient pas principalement situés à Montmartre ou à
Pigalle… mais très nettement dans les 2e et 9e arrondissements de la
capitale.
Cela dit, si un véritable flot discursif (journalistes, juges, médecins,
moralistes, policiers, romanciers) s’abat sur les gays à la Belle époque et si
la police des mœurs parisienne surveille assidûment les
« pédérastes»,
les arrestations policières et les condamnations judiciaires, pour autant
qu’elles existent, restent tout à fait rarissimes. Parallèlement, les rafles
anti-homosexuelles semblent n’être qu’un mythe, du moins entre les années
1880 et la fin de la Première Guerre mondiale. Selon moi, il se pourrait même que le
« monde gay » parisien
fût
sans doute plus développé en 1900 qu’il ne l’était dans les années 1950
et 1960. Les surveillances policières et la répression judiciaire étaient
sans conteste nettement plus fortes dans ces années-là qu’elles ne l’étaient
à la Belle époque… Mon objectif est d'inciter les lectrices et lecteurs à se débarrasser
de leurs préjugés sur cette période en particulier, ainsi que sur les périodes passées
de manière plus générale, et d'oublier quelque peu la victimologie encore très
répandue dans l’historiographie gay.
Régis
Révenin,
Homosexualité
et prostitution masculines à Paris (1870-1918),
éditions
L’Harmattan,
Paris, 2005,
225 pages, 21.20 euros.
Atelier
en études lesbiennes et gays :
http://calenda.revues.org/nouvelle5629.html
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Tony
Duvert a un anneau d'argent à l'oreille
Sources :
http://homo.libris.free.fr
Sur
le tard, en 1982, alors qu'il a déjà obtenu la reconnaissance du grand public,
qu'il a signé cinq romans remarqués et que son Paysage
de fantaisie lui a valu le prix Renaudot en 1974, le très avant-gardiste
Tony Duvert publie Un anneau
d'argent à l'oreille et se lance dans un polar débridé et
irrévérencieux, rompant totalement avec tout ce qu'il avait pu écrire
précédemment. Plus de vingt ans plus tard, arborant toujours cette couverture
jaune tellement identifiable du dessinateur Longuet, Un
anneau d'argent à l'oreille est devenu un
véritable livre culte qui n'a jamais disparu des étagères des librairies.
Le
Professeur Brisset, éminent psychiatre parisien, est retrouvé mort étranglé
dans le luxueux hôtel particulier familial de Neuilly. L'impotente commissaire
Gilberte Rênal, obèse goulue aux ordres stricts de la hiérarchie policière
et politique, confie l'enquête au jeune inspecteur Julien Sorel, totalement
inexpérimenté en la matière. Julien entame donc ses recherches auprès de la
famille et des proches du Professeur : Oriane Brisset (la veuve), Béatrice (la
fille), Marc (le petit fils 8 ans), Henri Brunet (le gendre), Philippe (petit
fils d'un premier mariage de Béatrice, 16 ans), Peter (le majordome), Robert
Rousseau (ami de la famille), Mme Sauveterre (une patiente) et Monseigneur Renou
(ami et patient du Professeur Brisset). Julien découvre vite que mensonges et
perversions sont le lot de tout ce petit groupe très mondain, que sa hiérarchie
lui cache beaucoup de choses et tente d'orienter son enquête, que les innocents
ne le sont pas tant que ça, et que les enfants ne sont plus ce qu'il étaient...
Heureusement, il y a Gabriel de Lorsange, 20 ans, amant de Julien, qui pimente
l'enquête de
« viols »
surprise qui comblent l'inspecteur de joie ... et d'échymoses !
Une
pleine plâtrée de Roland Dubillard, une brouettée d'Alphonse Boudard, une
pelletée de Léo Mallet, saupoudrez de Patrick Denfer, et vous avez un plat
incomparable pour vous dérider les zygomatiques. Voici un roman sans prétention
plus que surprenant, iconoclaste et irrévérencieux comme ce n'est pas
possible, politiquement très incorrect, décalé à souhait, mais toujours
judicieusement caustique. Il est vrai que l'auteur écrivait dans les années
DeGaulle, et qu'à cette époque- là, on s'y entendait pour être provocateur.
Il en fallait plus que de sortir deux ou trois m... pour faire glousser des
soixante-huitards séniles et de postuler pour le Goncourt ! Tony
Duvert,
Un anneau d'argent à l'oreille, éditions de Minuit, Paris,
1982, 160 pages, 6.55 €.
Lire également à ce sujet :
Les
incontournables gay de La Référence
]
Tony
Duvert meurt seul et amer
]
Définition de la littérature
gay
]
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Claire
Altman, deux femmes et un couffin
Par
Jean-Sébastien Vallée
Si
l’adoption d’enfants par les couples hétérosexuels s’avère parfois
difficile, la situation est d’autant plus complexe pour les couples
homosexuels. Préjugés, incompréhension, discrimination, les couples
homosexuels qui veulent adopter, soit dans leur pays d’origine ou à l’étranger,
s’exposent à une foule de difficultés. Claire Altman
en connaît beaucoup sur le sujet. Sa conjointe Sophie et elle ont adopté deux
petites filles à la fin des années quatre-vingts. Elle raconte son expérience
dans son livre Deux femmes et un couffin : Une
histoire d’adoptions homoparentales, un témoignage lucide et
sensible !
Même
s'il s'agit d'un témoignage, ce
livre se lit comme un roman. C’est l’histoire de Claire et de Sophie qui
décident de fonder une famille après plusieurs années de vie de couple.
Claire aimerait porter un enfant alors que Sophie voudrait plutôt adopter. Les
deux femmes enclenchent les procédures. Commence alors une série de
péripéties souvent hilarantes, parfois tristes et même exaspérantes qui les
mènera finalement à l’adoption internationale.
Les situations dans lesquelles se retrouvent Claire et Sophie font tellement
rire qu'on est tenté de croire qu’elles sont inventées. Pourtant, l’auteure
précise bien que
« ce
récit est complètement autobiographique (bien qu’avec changement de noms, de
lieux et de certains détails) »,
même si elle l’aurait préféré
« sous
forme de roman mais, pour l’éditeur, ce devait être un témoignage. Moi, je
préférais la forme romanesque, une manière de se voiler encore, se
protéger ».
La situation des couples homosexuels qui décident d’adopter des enfants n’est
pas toujours très rose. Claire Altman en est consciente.
« C’est
d’abord pour moi et ma famille que je l’ai fait »,
dit-elle.
« Mon
message : un espace de liberté, que nous avons réussi à créer alors que
tout s’y opposait. Je suis sûre que d’autres ont réussi à le créer
aussi. Je voudrais que la société mesure l’inanité de ses préjugés en ce
qui concerne nos familles. »
Un témoignage comme celui-ci semble essentiel. Il est revendicateur dans son
essence. Il présente une réalité souvent passée sous silence. C’est en
quelque sorte un livre de ressources pour les couples de même sexe qui
voudraient adopter des enfants à l’étranger. Malgré les obstacles qu'elle a
rencontrés, et sachant aujourd’hui tout ce qu'il lui a fallu faire, Altman
recommande sans hésiter l’adoption aux couples homosexuels.
« Je
recommencerais le parcours de l’adoption, et ce tout en sachant que les
enfants adoptés ont des problèmes bien spécifiques – difficultés de
concentration, difficultés scolaires parfois, recherche d’identité – et
que mieux vaut être bien armés et en couple solidaire pour les aider à
grandir »,
déclare-t-elle.
Claire Altman aimerait conseiller les couples d'hommes tentés par
l'adoption :
« Je
leur recommanderais une certaine discrétion s’ils envisagent d’adopter à l’international
car les pays où l’on peut adopter ne sont pas favorables à l’adoption par
des couples de même sexe. »
Il faut donc espérer que les choses changeront avec le temps… notamment
grâce à des témoignages comme celui de Claire Altman !
Claire Altman, Deux
femmes et un couffin : Une histoire d’adoptions homoparentales,
Paris, Éditions Ramsay, 2005, 288 pages, 33.95 $,
19 €.
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Mikko
Ranskalainen cherche comment le dire
par
Pierre
Salducci
Né
d'une mère finlandaise et d'un père français, Mikko
Ranskalainen passe les premières années de sa vie en Finlande. À la
mort de sa mère, il vient vivre en France avec son père et s'installe en
Normandie. Alors que son prénom a toujours évoqué pour ses camarades de
classe une marque de crème glace et que l'adaptation est un peu difficile, il
rencontre François, un autre élève de son école qui deviendra peu à peu son
ami.
Comment
te le dire ? est le récit de cette amitié entre Mikko et François. Au
début, alors qu'ils ne sont encore qu'à la petite école, leur relation
commence par des jeux d'enfants, des excursions et d'insignifiants gestes de
sympathie. Mais peu à peu, l'adolescence aidant, les liens se font plus forts,
les confidences plus intimes. Le temps passe et les deux garçons ne sont jamais
séparés, ils ne se quittent plus et, quand la vie les éloigne momentanément
l'un de l'autre, Mikko attend toujours impatiemment l'instant où il reverra
François. Puis, vient le collège, les adolescents prennent de la maturité,
partagent leurs loisirs, montent à cheval ensemble et préparent le Bac. Mikko
se rend bien compte que ses sentiments pour François deviennent de plus en plus
intenses. Oui, mais voilà, il n'ose pas en parler. Surtout pas à son
ami. Il décide alors de tenir un journal et l'écriture deviendra dès lors son
unique planche de salut. Il note tout, observe, se questionne : son amour pour
François signifie-t-il qu'il est homosexuel ? Pourtant, il n'est attiré par
aucun autre garçon. À ses yeux, c'est François ou rien. Mais François ne lui
facilite pas les choses et semble plutôt jouer au chat et à la souris.
Comment te le dire ? est d'abord paru furtivement dans Internet sous
forme de blog. Par pudeur, Mikko Ranskalainen, aujourd'hui âgé de 19
ans, ne souhaitait pas voir son histoire publiée. Jusqu'à ce que Pedro Torres,
directeur des éditions Textes gais, séduit par son récit et par sa maîtrise
du français, persuade le jeune auteur d'en faire un livre, notamment pour aider
d'autres garçons de son âge qui pourraient vivre le même genre de situation. Mikko
Ranskalainen a totalement réécrit et augmenté son texte à cette
occasion. De plus, le livre est enrichi d'un répertoire d'associations qui
peuvent aider les jeunes en questionnement ainsi que leurs parents. Comment
te le dire ? a déjà été retenu par plusieurs lycées et établissements
d'enseignement qui se le sont procurés pour leur bibliothèque ou centre de
documentation. Un ouvrage de référence particulièrement utile pour les
jeunes.
Mikko
Ranskalainen,
Comment et le dire ?, récit,
éditions T. G. (Textes gais), 2005, 112 pages, 10 euros.
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Romain
Paris nage en eaux troubles
par
Pascal Eloy
Nageur
en eaux troubles est le premier roman de Romain
Paris, un pseudonyme qui découle du site Internet créé par l’auteur
en 1999 dans lequel il utilise son prénom et sa ville de résidence pour se
désigner. Il a écrit ce livre suite à sa participation au documentaire Bleu
blanc rose réalisé en 2001 par Yves Jeuland, l’histoire non
exhaustive des gays et lesbiens en France. Dans ce film, Romain
Paris évoque sa séropositivité et sa vie avec le virus, tout en osant
dire ce que les autres ne veulent pas ou n’osent pas formuler à voix haute...
Dès
lors, le ton de cette histoire autobiographique est donné. Romain, enfant non
désiré et non aimé par ses parents, décrit la découverte de sa sexualité,
dans une petite ville de la province française où vivre et assumer son
homosexualité est un combat de tous les jours. Il retrace ensuite le départ de
chez ses parents, les mises à la porte successives de chez ses amis, ses
errances matérielles et morales, ses petits boulots, sa séropositivité, sa
visite tourmentée de Montréal...
Dans un style très dur, parfois choquant et presque sans émotions, l’auteur
règle ses comptes avec la société et lui-même. Par honnêteté, quoi qu’il
lui arrive, son principe est de refuser de mentir et d’explorer ensuite chaque
acte, chaque décision – les siennes comme celles de ses proches – pour
faire tomber les hypocrisies et assumer les conséquences de ses gestes (quitte
à se retrouver sans logement et sans emploi dans une ville où il ne connaît
personne).
Romain Paris décrit ce qu’est la vie avec
le vih, qu’il appelle son bébé, mais qui jamais ne parviendra à le faire
« dépasser
certaines limites dans la déchéance »
! À la lecture de ce Nageur en eaux troubles, on comprend que la vie a
été très dure avec Romain, mais qu’elle lui a aussi offert deux
présents : d’abord, alors qu’il pensait mourir du sida à 30 ans, il
est aujourd'hui âgé de 36 ans, et ensuite, elle lui a donné ce dont peu de
personnes disposent, une totale liberté. À ce sujet, il écrit :
« Si
aujourd’hui tout doit être foutu pour moi, ce n’est pas grave, car comme la
valeur du silence n’est délectable qu'en connaissant la valeur du bruit, j'ai
connu la vie. Oui, j’ai vécu. Finalement, c’est une belle journée, je peux
me coucher, certes en monstre humain, mais libre. »
Romain
Paris, Nageur en eaux troubles,
Paris,
éditions Publibook, 2005, 160 pages, 16,50 €.
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