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Janvier 2006 - Numéro 33 - 3e année ©

 

Au sommaire de ce numéro :

 

 

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Unes pour toutes, toutes pour Martine Roffinella
par Josée-Gabrielle Morisset

Elle avait 26 ans quand Bernard Pivot fit découvrir son premier roman aux lecteurs en 1988, un récit qui évoquait la passion violente d’une lycéenne pour l’une de ses professeurs. Suivit un silence de dix ans, mis à profit pour préparer dans l’ombre un retour résolu à la fiction. Martine Roffinella publie aujourd'hui Unes, ou l'offrande des fruits défendus.

Unes est une rencontre érotique ardente entrecoupée de rêves. Doris n’a jamais connu le lit d’une autre femme, Nina la domine, lui fait découvrir les frontières floues de la chair. Le corps languit d’être excité dans des arômes de fruits, d’épices et d’ouragans. Le corps comblé trouve le repos dans le sommeil ou le rêve éveillé. En italique, dix rêves permettent aux scènes érotiques de se réinventer, dix rêves font figure de mise en bouche : l’éveil des sensations salées et sucrées, le lieu de leur rencontre, leurs premiers dialogues, leur consentement mutuel.
L’écriture érotique de Martine Roffinella est poétique, gourmande et subtile. Un érotisme explicite sans être pornographique, inspirant plus qu’excitant, à l’image de l’illustration de Leonor Fini sur la pochette de couverture. L'auteure n'emploie jamais les mots « cunnilingus », « pénétration » ou « masturbation » et les remplace par des délices de sensations, d’odeurs et de couleurs qui nous font comprendre tout aussi bien. La passion enflammée, entre deux femmes, permet d’apprivoiser la déroute, de fondre ; de faire « Unes ». La jouissance inédite amène l’unicité. « Doris aime Nina. Nina aime Doris » et elles désirent vieillir ensemble.
Martine Roffinella a déjà exploré l’univers lesbien dans plusieurs romans publiés aux Éditions Phébus. Dans Elle (1988), une lycéenne tombe en amour avec une professeure. Dans Mise à nu (1999), elle propose le récit de l’abandonnée, lorsque Mie, sa femme depuis sept ans, la quitte pour l’Autre. Dans Le Fouet (2000), une femme s’abandonne aux plaisirs et humiliations du châtiment par le fouet. Dans Les Indécises (2002), elle raconte un amour lesbien impossible et cinglant. Elle a aussi publié un recueil de nouvelles Inconvenances (2004).

Martine Roffinella, Unes, roman, Éditions Phébus, 2005, 68 pages, 9 euros.

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Série black pour Philippe Cassand
par Pierre Salducci

Philippe Cassand n’a rien à envier aux auteurs américains qui se sont appropriés le genre du roman policier gay depuis plusieurs années déjà. Avec Série black, il nous entraîne aux fins fonds de l’Afrique dans un polar passionnant aux nombreux rebondissements.

L’histoire de Série black commence en France, alors que notre héros, Thierry Romain, se retrouve mêlé du jour au lendemain à un imbroglio policier qui lui fait craindre le pire. Doutant de l’efficacité de l’enquête, il décide d’aller se mettre au vert en Afrique en attendant des jours meilleurs. Mais voici qu’au lieu de trouver le calme tant espéré, ses affaires ne feront que se compliquer d'avantage.
Philippe Cassand a le don de créer une intrigue captivante en quelques pages. Doté d’un humour sarcastique et d’un sens de l’observation remarquable, il nous fait découvrir une Afrique torride et sensuelle à laquelle nos livres d’histoire ne nous ont pas habitué. Son roman est particulièrement documenté et c’est avec un intérêt sans cesse redoublé qu’on découvre ce petit monde de blancs perdus dans un Congo encore marqué par les traces de la colonisation.
Le Congo de Philippe Cassand est peuplé de beaux Africains sympathiques aux corps musclés, aux dents blanches et au sourire éclatant, mais aussi de sbires inquiétants voués aux pires complots politiques. La nature est à la fois luxuriante et inquiétante, aussi redoutable parfois que ceux qui l’habitent et tentent de la dominer. On apprend beaucoup et on voyage tant dans le passé que dans le présent, au fil d’un récit qui conjugue l’histoire officielle et l’imagination débridée de l’auteur.
Écrit dans un style resserré et efficace, Série black nous emporte dans une série de crimes et délits qui tiennent le lecteur en haleine dès la première page jusqu’aux dernières. On n’en finit plus de passer de surprise en surprise jusqu’à un dénouement aux ramifications tentaculaires et tout à fait impossible à deviner. Une lecture à la fois instructive et divertissante dont un des plus grands mérites est de nous plonger dans une Afrique jusqu’alors très peu explorée par la littérature gay. Un livre qui fait rêver et donne envie de voyager...

Philippe Cassand, Série black, éditions Cylibris, 2003, 254 pages, 17 euros.

Voir également : Le Cheval bleu se promène sur l'horizon deux fois ]
Entrevue Philippe Cassand ] La Mort vous remercie d'avoir choisi sa compagnie ]

 

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Entrevue Pierre Chad
par Pascal Eloy

Pierre Chad est l’auteur de La Leçon des ténèbres, un livre qui évoque les relations entre homosexualité et christianisme, un sujet peu abordé en littérature. Il s'est longuement expliqué sur sa démarche  au cours d'une récente entrevue.

Pierre Chad a écrit son roman parce qu'il est chrétien et théologien et qu'il souhaite dire que l'église n'est pas seulement ce que nous connaissons aujourd'hui. Il voudrait que son livre serve a faire comprendre aux gays qui s'ignorent, ou veulent ignorer leur sexualité à cause de leur religion, que le christianisme n’a jamais condamné l'homosexualité. Ce faisant, il souhaite que son livre soit compris comme une incitation à vivre réellement ce que l'on est et à ne pas se laisser enfermer dans l'image que les autres se font de nous. Il prône un discours d'ouverture, de tolérance et d'amour. Il est important de comprendre que c'est avant tout un théologien qui a écrit ce roman, plus qu’un romancier gay.
En effet, s’il s’est longtemps posé des questions, cet écrivain d’origine libanaise, qui signe ici son premier roman, est aujourd’hui convaincu que le message évangélique doit libérer au lieu de culpabiliser l’individu, parce que
« ce qui compte, c’est l’amour ». Une conviction que l’auteur a décidé de mettre en scène en utilisant un épisode de l'Évangile de Jean qui lui a permis de reconstituer les origines du christianisme et autour duquel il a brodé son histoire. L’action de son roman se déroule à une époque où le discours de cette religion est encore ouvert, tolérant et uniquement animé par le message christique « Aimez-vous les uns les autres ».
Parallèlement, La Leçon des ténèbres se veut une condamnation de
« ce silence qui tue » et une exhortation à se battre contre ce fléau. Au début du récit, Pierre Chad nous montre des personnages qui sont ce que les autres attendent d’eux, afin de ne pas perturber leur univers et les petites habitudes communes. Mais Lazare, lui, n’en peut plus ! Il est détruit par le silence qui l’entoure comme sont détruits les gays qui n’osent pas ou ne parviennent pas à assumer ce qu’ils sont. Il meurt de ce silence qui devient une prison dans laquelle ceux qui l’aiment l’enferment un peu plus chaque jour. C’est alors que Pollinius le centurion romain, va lui prouver que l’on peut aimer quelqu’un d’autre tel qu’il est, que l’on peut aimer gratuitement et que c’est ce qui permet de se réaliser, que cela rejaillit sur son entourage, tout en le libérant. Ce livre constitue donc un hymne à la tolérance et à l’acceptation.
Pierre Chad se dit conscient de la difficulté que peut représenter une telle démarche dans la vie, mais il pense néanmoins que
« le jeu en vaut la chandelle » et que la libération qui s’en suit est la plus belle des récompenses. L’écrivain travaille aujourd’hui sur un nouvel ouvrage dont l’intrigue se déroulera dans une autre époque et qui abordera d’autres préoccupations.

Pierre Chad, La Leçon des ténèbres, roman, Gatineau, éditions Vents d'Ouest, 2005, 209 pages.

Voir la critique de Pascal Éloy dans La Référence, n°27, juillet 2005

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Régis Révenin et l'homosexualité à la Belle époque
Sources : www.coulmont.com

Régis Revenin, actuellement doctorant en histoire contemporaine à l'Université Paris I - Panthéon Sorbonne, est l'auteur d’Homosexualité et prostitution masculines à Paris (1870-1918). Avec une dizaine d'étudiants de son université, il vient de mettre en place un atelier en études lesbiennes et gays. Dans son ouvrage, il jette un nouveau regard sur l'histoire de l'homosexualité et nous rappelle que, contrairement à ce que l'on pense souvent, le mouvement gay ne doit pas tout son essor à la libération sexuelle des années 70. Ainsi à Paris, tout comme dans plusieurs grandes métropoles, il existait déjà entre les deux guerres divers établissements et lieux spécifiques qui ont permis l'épanouissement et le développement de nombreux regroupements homosexuels, tandis que la répression n'était pas aussi virulente qu'on veut bien se l'imaginer parfois.

Régis Revenin, Homosexualite et prostitutionContrairement à ce que d’aucun-e-s pourraient croire, la Belle époque est une période tout à fait méconnue de l’histoire des homosexualités (féminine et masculine) en France, excepté quelques grandes figures lesbiennes ou gays – littéraires le plus souvent comme Colette, Lorrain, Proust…. C’est pourtant à la fin du XIXe siècle qu’apparaît à Paris (mais aussi dans de nombreuses grandes villes occidentales, comme l’illustrent très bien les recherches des historiens George Chauncey pour New York et Matt Cook pour Londres notamment) une sous-culture gay très visible, avec ses lieux de sociabilité propres (dont une grande partie est spécifiquement homosexuelle), ses lieux de rencontre en plein air, ses codes sociaux, ses mœurs sexuelles, ses moyens de résistance à l’ordre social et sexuel…
L’émergence d’un
« monde » homosexuel parisien – à défaut de pouvoir réellement parler de communauté – avec ses bains, bals, bars, « bordels », cafés et restaurants, sa « scientifiques » d’Ambroise Tardieu) fustigeant l’homosexualité en tant que perversion sexuelle, au motif de la soustraire à la répression policière et judiciaire (lesquels écrits peuvent être interprétés comme la ré-appropriation pseudo-laïque et pseudo-scientifique de la « question homosexuelle », autrefois monopolisée par les discours religieux).
J’ai tenté de démontrer, à partir de rapports de police jusqu’alors inédits, d’articles de presse, d’ouvrages de médecine, de récits autobiographiques et d’écrits littéraires, combien la vie des gays parisiens n’était pas, à la Belle époque du moins, systématiquement marquée du sceau de la répression, mettant ainsi en question les mythes qui entourent de manière récurrente l’historiographie gay en France (et plus globalement dans l’ensemble des pays occidentaux). Ainsi, l’homosexualité n’était pas nécessairement cloisonnée dans les classes privilégiées de la société française (bien au contraire même…), lesquelles n’étaient certainement pas plus tolérantes que les classes populaires. Les gays parisiens n’ont pas tous vécu cachés, honteux, invisibles, isolés et malheureux jusqu’aux années dites de
« libération sexuelle » (après 1968). Le « monde gay » (comme le quartier du Marais aujourd'hui à Paris ou Saint-Germain-des-Prés, puis la rue Sainte-Anne qui l’ont précédé) n’est pas né ex nihilo en même temps qu’apparaissaient le-s mouvement-s homosexuel-s après la Seconde Guerre mondiale. J’ai ainsi recensé quelque cent dix « établissements gays » avant la Première Guerre mondiale. Enfin, les quartiers gays parisiens avant 1918 n’étaient pas principalement situés à Montmartre ou à Pigalle… mais très nettement dans les 2e et 9e arrondissements de la capitale.
Cela dit, si un véritable flot discursif (journalistes, juges, médecins, moralistes, policiers, romanciers) s’abat sur les gays à la Belle époque et si la police des mœurs parisienne surveille assidûment les
« pédérastes», les arrestations policières et les condamnations judiciaires, pour autant qu’elles existent, restent tout à fait rarissimes. Parallèlement, les rafles anti-homosexuelles semblent n’être qu’un mythe, du moins entre les années 1880 et la fin de la Première Guerre mondiale. Selon moi, il se pourrait même que le « monde gay » parisien fût sans doute plus développé en 1900 qu’il ne l’était dans les années 1950 et 1960. Les surveillances policières et la répression judiciaire étaient sans conteste nettement plus fortes dans ces années-là qu’elles ne l’étaient à la Belle époque… Mon objectif est d'inciter les lectrices et lecteurs à se débarrasser de leurs préjugés sur cette période en particulier, ainsi que sur les périodes passées de manière plus générale, et d'oublier quelque peu la victimologie encore très répandue dans l’historiographie gay.

Régis Révenin, Homosexualité et prostitution masculines à Paris (1870-1918), éditions L’Harmattan, Paris, 2005, 225 pages, 21.20 euros.
Atelier en études lesbiennes et gays : http://calenda.revues.org/nouvelle5629.html 

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Tony Duvert a un anneau d'argent à l'oreille
Sources : http://homo.libris.free.fr

Sur le tard, en 1982, alors qu'il a déjà obtenu la reconnaissance du grand public, qu'il a signé cinq romans remarqués et que son Paysage de fantaisie lui a valu le prix Renaudot en 1974, le très avant-gardiste Tony Duvert publie Un anneau d'argent à l'oreille et se lance dans un polar débridé et irrévérencieux, rompant totalement avec tout ce qu'il avait pu écrire précédemment. Plus de vingt ans plus tard, arborant toujours cette couverture jaune tellement identifiable du dessinateur Longuet, Un anneau d'argent à l'oreille est devenu un véritable livre culte qui n'a jamais disparu des étagères des librairies.

Le Professeur Brisset, éminent psychiatre parisien, est retrouvé mort étranglé dans le luxueux hôtel particulier familial de Neuilly. L'impotente commissaire Gilberte Rênal, obèse goulue aux ordres stricts de la hiérarchie policière et politique, confie l'enquête au jeune inspecteur Julien Sorel, totalement inexpérimenté en la matière. Julien entame donc ses recherches auprès de la famille et des proches du Professeur : Oriane Brisset (la veuve), Béatrice (la fille), Marc (le petit fils 8 ans), Henri Brunet (le gendre), Philippe (petit fils d'un premier mariage de Béatrice, 16 ans), Peter (le majordome), Robert Rousseau (ami de la famille), Mme Sauveterre (une patiente) et Monseigneur Renou (ami et patient du Professeur Brisset). Julien découvre vite que mensonges et perversions sont le lot de tout ce petit groupe très mondain, que sa hiérarchie lui cache beaucoup de choses et tente d'orienter son enquête, que les innocents ne le sont pas tant que ça, et que les enfants ne sont plus ce qu'il étaient... Heureusement, il y a Gabriel de Lorsange, 20 ans, amant de Julien, qui pimente l'enquête de « viols » surprise qui comblent l'inspecteur de joie ... et d'échymoses !
Une pleine plâtrée de Roland Dubillard, une brouettée d'Alphonse Boudard, une pelletée de Léo Mallet, saupoudrez de Patrick Denfer, et vous avez un plat incomparable pour vous dérider les zygomatiques. Voici un roman sans prétention plus que surprenant, iconoclaste et irrévérencieux comme ce n'est pas possible, politiquement très incorrect, décalé à souhait, mais toujours judicieusement caustique. Il est vrai que l'auteur écrivait dans les années DeGaulle, et qu'à cette époque- là, on s'y entendait pour être provocateur. Il en fallait plus que de sortir deux ou trois m... pour faire glousser des soixante-huitards séniles et de postuler pour le Goncourt !

Tony Duvert, Un anneau d'argent à l'oreille, éditions de Minuit, Paris, 1982, 160 pages, 6.55 €.

Lire également à ce sujet :

Les incontournables gay de La Référence ]
Tony Duvert meurt seul et amer ]
Définition de la littérature gay ]


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Claire Altman, deux femmes et un couffin
Par Jean-Sébastien Vallée

Si l’adoption d’enfants par les couples hétérosexuels s’avère parfois difficile, la situation est d’autant plus complexe pour les couples homosexuels. Préjugés, incompréhension, discrimination, les couples homosexuels qui veulent adopter, soit dans leur pays d’origine ou à l’étranger, s’exposent à une foule de difficultés. Claire Altman en connaît beaucoup sur le sujet. Sa conjointe Sophie et elle ont adopté deux petites filles à la fin des années quatre-vingts. Elle raconte son expérience dans son livre Deux femmes et un couffin : Une histoire d’adoptions homoparentales, un témoignage lucide et sensible !

Même s'il s'agit d'un témoignage, ce livre se lit comme un roman. C’est l’histoire de Claire et de Sophie qui décident de fonder une famille après plusieurs années de vie de couple. Claire aimerait porter un enfant alors que Sophie voudrait plutôt adopter. Les deux femmes enclenchent les procédures. Commence alors une série de péripéties souvent hilarantes, parfois tristes et même exaspérantes qui les mènera finalement à l’adoption internationale.
Les situations dans lesquelles se retrouvent Claire et Sophie font tellement rire qu'on est tenté de croire qu’elles sont inventées. Pourtant, l’auteure précise bien que
« ce récit est complètement autobiographique (bien qu’avec changement de noms, de lieux et de certains détails) », même si elle l’aurait préféré « sous forme de roman mais, pour l’éditeur, ce devait être un témoignage. Moi, je préférais la forme romanesque, une manière de se voiler encore, se protéger ».
La situation des couples homosexuels qui décident d’adopter des enfants n’est pas toujours très rose. Claire Altman en est consciente.
« C’est d’abord pour moi et ma famille que je l’ai fait », dit-elle. « Mon message : un espace de liberté, que nous avons réussi à créer alors que tout s’y opposait. Je suis sûre que d’autres ont réussi à le créer aussi. Je voudrais que la société mesure l’inanité de ses préjugés en ce qui concerne nos familles. »
Un témoignage comme celui-ci semble essentiel. Il est revendicateur dans son essence. Il présente une réalité souvent passée sous silence. C’est en quelque sorte un livre de ressources pour les couples de même sexe qui voudraient adopter des enfants à l’étranger. Malgré les obstacles qu'elle a rencontrés, et sachant aujourd’hui tout ce qu'il lui a fallu faire, Altman recommande sans hésiter l’adoption aux couples homosexuels.
« Je recommencerais le parcours de l’adoption, et ce tout en sachant que les enfants adoptés ont des problèmes bien spécifiques – difficultés de concentration, difficultés scolaires parfois, recherche d’identité – et que mieux vaut être bien armés et en couple solidaire pour les aider à grandir », déclare-t-elle.
Claire Altman aimerait conseiller les couples d'hommes tentés par l'adoption :
« Je leur recommanderais une certaine discrétion s’ils envisagent d’adopter à l’international car les pays où l’on peut adopter ne sont pas favorables à l’adoption par des couples de même sexe. » Il faut donc espérer que les choses changeront avec le temps… notamment grâce à des témoignages comme celui de Claire Altman !

Claire Altman, Deux femmes et un couffin : Une histoire d’adoptions homoparentales, Paris, Éditions Ramsay, 2005, 288 pages, 33.95 $, 19 €.

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Mikko Ranskalainen cherche comment le dire
par
Pierre Salducci

Né d'une mère finlandaise et d'un père français, Mikko Ranskalainen passe les premières années de sa vie en Finlande. À la mort de sa mère, il vient vivre en France avec son père et s'installe en Normandie. Alors que son prénom a toujours évoqué pour ses camarades de classe une marque de crème glace et que l'adaptation est un peu difficile, il rencontre François, un autre élève de son école qui deviendra peu à peu son ami. 

Comment te le dire ? est le récit de cette amitié entre Mikko et François. Au début, alors qu'ils ne sont encore qu'à la petite école, leur relation commence par des jeux d'enfants, des excursions et d'insignifiants gestes de sympathie. Mais peu à peu, l'adolescence aidant, les liens se font plus forts, les confidences plus intimes. Le temps passe et les deux garçons ne sont jamais séparés, ils ne se quittent plus et, quand la vie les éloigne momentanément l'un de l'autre, Mikko attend toujours impatiemment l'instant où il reverra François. Puis, vient le collège, les adolescents prennent de la maturité, partagent leurs loisirs, montent à cheval ensemble et préparent le Bac. Mikko se rend bien compte que ses sentiments pour François deviennent de plus en plus intenses.  Oui, mais voilà, il n'ose pas en parler. Surtout pas à son ami. Il décide alors de tenir un journal et l'écriture deviendra dès lors son unique planche de salut. Il note tout, observe, se questionne : son amour pour François signifie-t-il qu'il est homosexuel ? Pourtant, il n'est attiré par aucun autre garçon. À ses yeux, c'est François ou rien. Mais François ne lui facilite pas les choses et semble plutôt jouer au chat et à la souris.
Comment te le dire ? est d'abord paru furtivement dans Internet sous forme de blog. Par pudeur, Mikko Ranskalainen, aujourd'hui âgé de 19 ans, ne souhaitait pas voir son histoire publiée. Jusqu'à ce que Pedro Torres, directeur des éditions Textes gais, séduit par son récit et par sa maîtrise du français, persuade le jeune auteur d'en faire un livre, notamment pour aider d'autres garçons de son âge qui pourraient vivre le même genre de situation. Mikko Ranskalainen a totalement réécrit et augmenté son texte à cette occasion. De plus, le livre est enrichi d'un répertoire d'associations qui peuvent aider les jeunes en questionnement ainsi que leurs parents. Comment te le dire ? a déjà été retenu par plusieurs lycées et établissements d'enseignement qui se le sont procurés pour leur bibliothèque ou centre de documentation. Un ouvrage de référence particulièrement utile pour les jeunes.

Mikko Ranskalainen, Comment et le dire ?, récit, éditions T. G. (Textes gais), 2005, 112 pages, 10 euros.

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Romain Paris nage en eaux troubles
par Pascal Eloy

Nageur en eaux troubles est le premier roman de Romain Paris, un pseudonyme qui découle du site Internet créé par l’auteur en 1999 dans lequel il utilise son prénom et sa ville de résidence pour se désigner. Il a écrit ce livre suite à sa participation au documentaire Bleu blanc rose réalisé en 2001 par Yves Jeuland, l’histoire non exhaustive des gays et lesbiens en France. Dans ce film, Romain Paris évoque sa séropositivité et sa vie avec le virus, tout en osant dire ce que les autres ne veulent pas ou n’osent pas formuler à voix haute...

Dès lors, le ton de cette histoire autobiographique est donné. Romain, enfant non désiré et non aimé par ses parents, décrit la découverte de sa sexualité, dans une petite ville de la province française où vivre et assumer son homosexualité est un combat de tous les jours. Il retrace ensuite le départ de chez ses parents, les mises à la porte successives de chez ses amis, ses errances matérielles et morales, ses petits boulots, sa séropositivité, sa visite tourmentée de Montréal...
Dans un style très dur, parfois choquant et presque sans émotions, l’auteur règle ses comptes avec la société et lui-même. Par honnêteté, quoi qu’il lui arrive, son principe est de refuser de mentir et d’explorer ensuite chaque acte, chaque décision – les siennes comme celles de ses proches – pour faire tomber les hypocrisies et assumer les conséquences de ses gestes (quitte à se retrouver sans logement et sans emploi dans une ville où il ne connaît personne).
Romain Paris décrit ce qu’est la vie avec le vih, qu’il appelle son bébé, mais qui jamais ne parviendra à le faire
« dépasser certaines limites dans la déchéance » ! À la lecture de ce Nageur en eaux troubles, on comprend que la vie a été très dure avec Romain, mais qu’elle lui a aussi offert deux présents : d’abord, alors qu’il pensait mourir du sida à 30 ans, il est aujourd'hui âgé de 36 ans, et ensuite, elle lui a donné ce dont peu de personnes disposent, une totale liberté. À ce sujet, il écrit : « Si aujourd’hui tout doit être foutu pour moi, ce n’est pas grave, car comme la valeur du silence n’est délectable qu'en connaissant la valeur du bruit, j'ai connu la vie. Oui, j’ai vécu. Finalement, c’est une belle journée, je peux me coucher, certes en monstre humain, mais libre. »

Romain Paris, Nageur en eaux troubles, Paris, éditions Publibook, 2005, 160 pages, 16,50 €.

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