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Février 2006 - Numéro 34 - 3e année ©

 

Au sommaire de ce numéro :

 

 

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Tatiana Potard, sex addict ?
par Erwan Chuberre

Sex Addict est le premier de roman de Tatiana Potard. Si vous lisez la presse gay française, vous ne pouvez pas être passé à côté d’un article de cette figure rédactionnelle de l’univers LGBT ! Et si par malheur, vous n’avez jamais rien lu d'elle, il n’est pas trop tard pour vous ruer sur son livre, une véritable friandise à déguster sans modération. Avec Sex Addict, on s’amuse, on pleure, on rit.

Au fil des pages, Tatiana Potard nous promène de fêtes dans le Marais en nuits torrides entre demoiselles…  Alex, son héroïne, est une jeune lesbienne d’aujourd’hui bien dans ses pompes et dans sa sexualité qui nous fait partager son blog. On y croise des méchants et des gentils. Hmm… Une sex addict, la Tatiana ? À voir… où plutôt, à questionner… Justement, ça tombe bien, elle arrive...

Rédactrice depuis plusieurs années, pourquoi avoir choisi de sortir votre premier roman seulement maintenant ?
En effet, cela fait une dizaine d’années que je suis chroniqueuse pour divers magazines, LGBT ou non, mais j’écris des nouvelles depuis que je suis adolescente. L’idée d’écrire un roman construit sous la forme d’un journal intime d’une jeune lesbienne me trotte en tête depuis longtemps. Le phénomène blog a pris de l’ampleur. Je me suis mise moi-même à bloguer. Et c’est tout naturellement que Sex Addict est passé du simple journal intime au blog. Le temps libre que m’a imposé une longue période de chômage m’a permis de me jeter à corps perdu dans l’écriture… jusqu’à la naissance de mon bébé rose.

Quand on lit votre roman, on a vraiment l’impression que vous avez retranscrit votre propre blog. Où est la frontière entre le vécu et la fiction ?
En fait, ce n’est pas du tout une retranscription fidèle de mon blog. Même si, je dois bien l’avouer, il y a énormément de mon vécu et de celui de mes amis dans ce roman. Néamoins, Sex Addict est une fiction et, au risque de vous décevoir, je ne suis pas tout à fait Alex. Dans le livre, j'ai également changé le nom des boîtes et des bars parisiens.
Je trouvais ça ludique. J’aime jouer avec les mots. C’est une sorte de clin d’œil à tous les accros du milieu gay qui peuvent ainsi s’amuser à reconnaître les endroits qu’ils fréquentent.

N’avez-vous pas peur de rester cantonnée dans le statut de blogueuse à défaut d’accéder à celui d’auteure ?
Il est vrai que les critiques de certaines personnes me peinent. Celles qui ne m’ont jamais lue auparavant n’ont pas compris que, pour Sex Addict, je me suis pliée à un style d’écriture qui est propre au blog, c'est-à-dire des phrases courtes et un style léger. Elles n’ont pas su lire entre les lignes et voir qu’il y avait certaines envolées tatièsques et une trame plus profonde. Cela demande pourtant beaucoup d’effort d’écrire dans un style
« inférieur » à celui que l’on peut avoir d’habitude. Sex Addict est mon premier bébé. En ce moment, je suis en phase de retour de couche, mais je compte bien lui donner une longue fratrie.

J'imagine qu'il doit exister pas mal d'autres Alex, semblables à votre héroïne. Est-ce que vous recevez des témoignages de lectrices qui se sont identifiées à ce personnage ?

Via mon site, je reçois énormément de mails de lectrices de France entière et de Belgique qui disent avoir beaucoup aimé mon livre et qui me félicitent pour avoir osé parler de sexe sans fioritures. Il est vrai qu’au risque de choquer les âmes sensibles, les scènes de sexe entre femmes que je décris sont bien loin du « touche pipi ». Certaines lectrices demandent de mes nouvelles, des nouvelles de ma Cécile, de mon Marco ou d' autres protagonistes. C’est très touchant de voir comment elles se sont appropriées l’histoire de la petite Alex. Cela dit, j’aimerais vraiment que mon livre soit lu par tous, garçons et filles, car ils ne s’adresse pas qu’aux lesbiennes. De plus en plus de gays m’écrivent aussi pour me dire qu’ils l’ont aimé. D'ailleurs, je remercie chaleureusement tous ceux qui ont fait l’effort de me lire même si, à la base, mon roman narre l’histoire d’une jeune femme et qu’il a été publié dans une maison d’édition lesbienne. En fait, Sex Addict est bourré d’humour pédé… (Rires)

Malgré le titre du roman, votre Alex tient plus de Bridget Jones que d’une veuve noire, non ? Peut-on dire d'elle qu'elle serait une romantic addict ?
Eh oui, c'est tout à fait ça ! Au fond, Alex est plus addict à l’amour et au romantisme qu’au sexe, et mon livre est bien plus une quête initiatique de l’amour absolu qu’une gigantesque orgie. Pour moi, Alex est un clown Auguste (et un auguste clown !) qui dissimule sous des tonnes d’humour toute sa tristesse, son mal-être et son besoin viscéral d’être aimée. C’est lorsqu’elle se démaquille que l’on touche à l’essence même de son personnage. Tous les grands comiques ont ces deux facettes. Et je suis bien placée pour vous en parler…

Tatiana Potard, Sex Addict, roman, Éditions KTM, 2005, 185 pages, 14,25 euros.
Le site de Tatiana Potard : http://www.tatianapotard.net/

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Philippe Cassand a choisi sa compagnie
par Pierre Salducci

La Mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie est le premier roman de Philippe Cassand. Ce titre fait allusion aux messages qu’on peut entendre à bord d’un avion au moment de l’atterrissage : « Nous vous remercions d’avoir choisi notre compagnie », etc…  En effet, le personnage principal de l’histoire fait partie du personnel navigant d’une compagnie aérienne.

Xavier est jeune, il a le physique du gay parfait et il en profite. Il mène une vie de séducteur au palmarès déjà chargé. Pour arrondir ses fins de mois, il joue aussi à l’apprenti truand et se livre à de petits trafics. Mais voici sa quiétude bouleversée par une série d’événements macabres qui s’abattent tout à coup sur son petit cercle d’amis. L’occasion pour Philippe Cassand d’explorer les aspects les plus sombres du comportement humain, et notamment des gays.
Au-delà d’une intrigue parfaitement rodée qui se referme impitoyablement sur les personnages, La Mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie témoigne de la  parfaite connaissance qu'a Philippe Cassand du milieu gay, de ses grandeurs comme de ses faiblesses. En observateur attentif et impassible, il nous livre des portraits saisissants et rend parfaitement compte des situations. Son regard est redoutable et sa vision du monde n’est pas sans rappeler celle de son confrère Jean-Paul Tapie, qui tout comme lui n’hésite pas à utiliser le roman policier pour mieux dépeindre les travers de notre communauté.
La Mort vous remercie d’avoir choisi sa compagnie est un récit efficace et subtile qui se déroule jusqu’à son terme selon une logique aussi effroyable qu’implacable, une lecture captivante qu’on suit avec passion et qui offre un véritable moment de bonheur. Également auteur de l’excellent Série black, qui explore l’univers passionnant des petits blancs installés en Afrique, et du récent Le Cheval bleu se promène sur l’horizon deux fois, Philippe Cassand est indéniablement en train de s’imposer parmi les meilleurs romanciers gays français du moment.

Philippe Cassand, La Mort vous remercie d'avoir choisi sa compagnie, éditions Cylibris, 2002, 180 pages, 15 euros.
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Voir également : Le Cheval bleu se promène sur l'horizon deux fois ] Entrevue Philippe Cassand ] Série black ]

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Raphaël Moréno et le corps d'Alexis
par Pierre Salducci

Raphaël Moréno a fait une apparition remarquée dans le monde de la littérature gay française en publiant trois livres coup sur coup en trois ans : Des nouvelles du ghetto en 2002, Cet hiver-là en 2003 et Le Corps d’Alexis en 2004. Un parcours impressionnant pour un jeune auteur qui n’a pas encore trente ans.

Le Corps d’Alexis met en scène un écrivain parisien à succès de 25 ans, Constant, qui mène une vie de gay parisien typique. Insouciant, il sort beaucoup, fait des rencontres, passe de garçon en garçon, entretient plusieurs relations à la fois mais sans jamais s’attacher à personne. Ce n’est pas qu’il ne le voudrait pas, mais il « marche à l’instinct » et ne sait jamais résister à la tentation du sexe lorsqu’elle se présente, si ce n’est qu’une fois ses ébats terminés, il se sent envahi par le vide, utilisé comme un simple « vide couilles » et se retrouve seul à la case départ. Ses histoires d’amour ne marchent jamais. Un jour, il s’éprend d’un garçon qu’on lui présente au cours d’une soirée chez un ami. Celui-ci mène une vie encore plus dissolue et tue le temps un verre à la main en discutant sur des forums de rencontre. Pourtant, tous deux semblent sincères et disposés à tenter l’aventure. Mais il leur faudra lutter contre un environnement souvent hostile, qui s’avérera plus dangereux que prévu.
Le Corps d’Alexis suit une structure efficace qui ne laisse pas le temps de s’ennuyer. Les situations s’enchaînent rapidement et dépeignent bien certaines réalités gaies, d'autres sont plus ou moins crédibles. Le roman s’intéresse notamment aux problèmes de l’alcoolisme, de la violence, du désoeuvrement, de l’errance sentimentale et observe le rapport des gays avec la drague virtuelle. À partir de courts chapitres, Raphaël Moréno bâtit habilement une histoire intéressante qui aurait certainement méritée d’être un peu plus longue et de s’attarder sur certains événements ou sur la psychologie des personnages. La chute tombe brutalement et interrompt en plein cours une relation à peine née et en pleine construction. Le narrateur n’hésite pas à se mettre à nu dans tous les sens du terme ce qui nous vaut plusieurs passages assez crus. Au final, ce troisième titre de Raphaël Moréno présente un univers souvent sombre et qui ne brille pas par son optimisme, on découvre néanmoins un auteur déjà affirmé et qui n'a sûrement pas dit son dernier mot. À suivre, très certainement.

Raphaël Moréno, Le Corps d'Alexis, roman, Paris, éditions Textes gais, 2005, 150 pages, 12 euros.

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Gilles Taurand rêve d'un soldat en gare de Metz
par Pascal Éloy

Gilles Taurand a publié deux romans à l’âge de 18 et 20 ans. Après plusieurs années consacrées à son travail de psychologue clinicien, il devient scénariste de cinéma. Exécution d'un soldat en gare de Metz est son troisième roman.

Dans le premier tiers du livre, Maurice, dessinateur illustrateur, se présente et nous invite à partager son intimité et son environnement familial... Mais voici que, la nuit de ses soixante ans, il se réveille brusquement, très perturbé. Il a rêvé qu'il assistait à l'exécution d'un soldat homosexuel en gare de Metz pendant la guerre de 1870. Obsédé par le souvenir de ces images, il se rend à Metz afin de découvrir les lieux du drame et de savoir pourquoi il a fait ce songe. Contre toute attente, ceci le conduira à se pencher sur sa propre histoire et sur son passé. Pendant ce temps, son épouse assiste aux mutations qui bouleversent son mari et décide, à son tour, d'écrire ce qu’elle vit et ressent dans une espèce de journal au vitriol.
Écrit dans un style vif et fluide, le roman commencé par Maurice devient ainsi rapidement un récit à deux voix. Si ce n'est que le texte produit par son épouse, Hélène, devient mine de rien une manière de réplique très cynique à celui de son mari. Cette démarche aurait pu être intéressante si Gilles Taurand avait trouvé un moyen pour nous permettre de comprendre ces changements d’auteurs parce que, à vrai dire, on ne sait pas toujours qui parle, qui écrit...
Quant à l’homosexualité, elle est présente tout au long du récit puisque Maurice, bien que marié, se souvient également dans son fameux rêve de « l’époque où il se faisait prendre comme une truie » et que le fils de sa femme est ouvertement gay, malheureusement elle n’est en fait qu’un prétexte qui apparaît en filigrane sans rien apporter. Dès lors, on regrette assez rapidement qu’il n’y ait jamais aucun discours ou questionnement pertinent sur le sujet, notamment sur ce que l’homosexualité peut représenter.
Au final, Exécution d’un soldat en gare de Metz ressemble assez à une introspection nombriliste ou à une séance de psychothérapie écrite et imaginaire. Des pistes sont explorées, des fils tirés, des clés suggérées mais qui ne conduisent jamais à aucun aboutissement... Bref, Gilles Taurand a signé ici un roman qui choque et dérange, mais sans rien proposer pour calmer la démangeaison !

Gilles Taurand, Exécution d'un soldat en gare de Metz, éditions du Seuil, Paris, 2005, 264 pages, 18 €.

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Prix d’écriture altersexuelle de la Francophonie
Sources : http://www.rgmag.com/

Le prix d’écriture Altern’art-Québec sera décerné pour la première fois en 2006, une initiative visant à mettre en évidence l’importance des auteurs (hommes et femmes) et de la littérature altersexuelle au sein de la francophonie.

Lors de la Semaine de la littérature gaie, qui s’est tenue à Québec du 16 au 22 mai 2005, des auteurs et invités venus de Belgique, de France, du Maroc, de Toronto, d’Halifax, de Montréal et de Québec ont manifesté le désir de mettre sur pied un prix d’écriture francophone traitant du vécu altersexuel et couvrant tous les genres littéraires. Est désigné par altersexuel  « toutes activités érotiques ou sexuelles n’appartenant pas à la norme ».
Le prix Altern’Art-Québec a donc été créé et sera remis, en mai 2006, à un auteur, homme ou femme, dont l’œuvre se démarquera par la pertinence du sujet, l’intelligence du traitement, la qualité de l’écriture et l’impact déjà eu ou pressenti sur le lectorat. Les œuvres soumises devront avoir pris en compte certains aspects du vécu altersexuel et avoir été publiées au cours de l’année 2005.
Cinq personnes du Québec composeront le jury. Trois hommes et deux femmes, bien au fait du monde littéraire, auront la difficile mais agréable tâche de lire, d’évaluer et de juger les œuvres que les maisons d’éditions ou les auteurs devront faire parvenir. Le lauréat ou la lauréate sera invité à venir recevoir son prix à Québec lors de la deuxième édition de la Semaine de la Littérature altersexuelle de Québec. Les frais de transport, un séjour d’un mois gratuit à Québec, ainsi qu’une bourse de 1 500 $ canadiens couvrant les frais de séjour et la promotion de l’œuvre en Belgique, en France et au Canada sont les composantes tangibles du prix que le ou la récipiendaire recevra.
Altern’art Québec invite toutes les maisons d’éditions de la francophonie ainsi que tous ceux et celles qui ont publié à compte d’auteur, à faire parvenir leurs œuvres en cinq (5) exemplaires avant le 28 février 2006.

Altern’art de Québec, a/s Yves Gauthier, 640, rue Saint-Patrick, app. 2, Québec, G1R 1Z2 Renseignements : (418) 521-4070.

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Un atlas pour le pénis
Par Jean-Sébastien Vallée

Qui l’eût cru ? Un livre sur le pénis, un atlas sur cet organe masculin, à la fois source de désir, de fierté et de complexes ! Paru en Norvège en 2004, véritable sensation dans tout le pays, le Pénisatlas vient de sortir en version française. Élaboré par une équipe de sexologues et de consultants en sexologie, l’ouvrage tente de démystifier les idées reçues à propos du pénis et d’en donner une image plus réaliste.

Présenté en grand format et illustrés de photos en couleur, le Pénisatlas se divise en cinq parties. La première aborde la place qu'a pris l'organe masculin dans l’histoire de l’humanité. En effet, à travers les siècles et selon leurs cultures, les diverses sociétés ont conféré au pénis un grand nombre de significations variées qui vont de « l’outil de connaissance » au « dispensateur de joie » en passant par « l'objet de perdition ». La deuxième partie, intitulée « Anatomie, physiologie et conseils d’utilisation » se penche en détails sur l’aspect technique du membre viril : coupe transversale, chimie de l’érection, vascularisation... Grâce à ce chapitre des plus instructifs, on apprend entre autres que la longueur moyenne d'une érection est de 13 à 18 centimètres ! Au chapitre trois, les auteurs nous présentent la cartographie du pénis : près de soixante-quinze pages de photos en gros plan – 9 par page – dont l'objectif, loin de provoquer une quelconque excitation, est de révéler les moindres détails de l'appareil génital masculin et d'en souligner la diversité. Les deux derniers chapitres, peut-être les plus intéressants, abordent le sujet de façon plus humaine et personnelle. Dans un premier temps, les auteurs ont donné la parole à différentes personnes qui entretiennent des liens réguliers, voire professionnels, avec le pénis. On découvre ainsi l'avis d'un urologue, d'une prostituée, d'un responsable-produits à la Condomerie, d'une transsexuelle, d'un journaliste de la revue Cupido et... d'un pasteur ! Leurs points de vue sont souvent intéressants et toujours originaux. Enfin, le dernier chapitre, élaboré sous forme de questions-réponses, reprend un questionnaire adressé à l’un des auteurs au cours des dernières années et nous éclaire sur les éventuels problèmes associés au pénis : désir sexuel amoindri, dérèglements hormonaux, condylomes génitaux, cancer, circoncision, masturbation, orgasme, taille et forme de la verge, aide à l’érection. Au final, on découvre ainsi un ouvrage à la fois drôle et sérieux. Caché dans une boîte aux allures de sous-vêtements, la couverture du livre se dévoile au regard et expose dans toute sa splendeur un pénis grandeur réelle. Dans l'ensemble, le Pénisatlas apparaît comme une initiative louable et novatrice, probablement utile dans son rôle de démystification, mais attention au prix car, comme tous les livres d'art, ce volume quasi encyclopédique demeure relativement onéreux.

Esben Esther Pirelli Benestad, Ragnhild Dahl Keller, Einar Aakvåg et Geneviève Fonteneau Hardeberg, Penisatlas, Paris, Les Martiens éditeurs, 2005, 244 pages, 69,99 $, 35 €.

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À la découverte des classiques
par
Pierre Salducci

On assiste depuis quelques années à la réédition d’ouvrages gays et lesbiens qui étaient devenus introuvables. Un nouvel intérêt est en train de s’affirmer, preuve que les textes de notre communauté savent résister au temps et que certains possèdent même un bel avenir. Pour la première fois, la littérature gay et lesbienne est en train de découvrir et d’imposer ses classiques.

Dès les années 80 ou 90 plusieurs auteurs homosexuels voient leurs œuvres rééditées dans leur totalité ou presque, c’est le cas notamment de René Crevel (chez Pauvert), François Augiéras (chez Grasset / Les Cahiers rouges), Jean Cocteau (Du Rocher), Jean Genet, Paul Herbart et Marguerite Radclyffe Hall (tous trois chez Gallimard), mais on ne parle pas encore de littérature gay en tant que telle et les titres paraissent chez des éditeurs grand public qui ne mettent pas l’accent sur l’identité sexuelle.
Au Québec, vers la fin des années 90, deux titres sont réédités et présentés clairement comme des classiques de la littérature homosexuelle. Il s’agit de Orage sur mon corps de André Béland, paru initialement 1944 et réédité par Guérin en 1995, et de Derrière le sang humain, de Robert Pelchat, paru initialement en 1956 et
réédité chez Stanké en 1999.
Toujours vers la fin des années 90, début 2000, la littérature lesbienne entre dans le bal alors que les éditions Double interligne rééditent deux romans de la romancière Jeanne Galzy (photo en médaillon): La Surprise de vivre (initialement paru en 1969, réédité en 1997) et La Cavalière (initialement paru en 1974, réédité en 2000). C’est la première maison d’édition exclusivement lesbienne à procéder à des rééditions.
En cette année 2000, le phénomène ne fait que se confirmer quand Denoël a la géniale idée de réimprimer Le Langage perdu des grues, de David Leavitt, un monument de la littérature gay, initialement paru en français en 1988, et resté épuisé pendant trop longtemps. Deux ans plus tard, au Québec de nouveau, les éditions Les Intouchables rééditent l’excellent premier roman de Mario Cyr, L’éternité serait-elle un long rêve cochon ?, paru tout d’abord en 1997 chez De Mortagne et qui s’appelle désormais Retire ta main (2002), titre original que lui avait donné initialement son auteur avant que son précédent éditeur ne lui impose d’en changer.
En 2002 également, les éditions Double Interligne renaissent sous le nom de La Cerisaie et reprennent aussitôt le flambeau déjà allumé des rééditions en ramenant à la vie Les Enfants d'Héloïse d'Hélène de Monferrand (en médaillon ci-dessous), initialement paru en 1997, ainsi que Les Femmes préfèrent les femmes, de Élula Perrin, un roman à succès précédemment paru en 1977. « J'avais déjà travaillé avec Élula Perrin chez Double Interligne et elle souhaitait continuer avec moi. Elle m'a donné les droits de son livre afin que je le réédite », explique l’éditrice Catherine Allex qui précise : « J'avais lu ce livre il y a une vingtaine d'années et cela m'avait grandement aidée pour me sentir mieux dans ma peau de lesbienne. Donc c’était une évidence. » En 2003, c’est au tour d’un autre titre d'Élula Perrin, Mousson de femmes, initialement paru en 2000, de connaître une nouvelle jeunesse. Selon Catherine Allex : « Il s'agit d'un très rare témoignage sur ce qu’a vécu le peuple indochinois pendant la Seconde Guerre mondiale, j’ai voulu continuer à le faire vivre, car je pense que ce livre peut intéresser un très large public, y compris hétéro, puisqu'il s'agit d'une trame historique. »
Convaincue de l’importance de rééditer les livres devenus introuvables, Catherine Allex ne cache pas son intention de prolonger une démarche de réédition quasi systématique entreprise depuis plusieurs années déjà  : « Le but est de faire redécouvrir des textes oubliés mais qui ont une importance dans l'histoire des lesbiennes. Si l'occasion se présente, je compte bien rééditer d'autres titres, notamment les premiers romans de nos auteures, à l'occasion de la parution de leur second roman. Je souhaite également pouvoir rééditer à nouveau La Surprise de vivre (ce qu’elle avait déjà fait chez Double Interligne) dès que je le pourrai financièrement. » Bien sûr l’éditrice évalue les risques qu’elle prend, mais elle sait également que certains titres peuvent constituer des valeurs sûres. Les Femmes préfèrent les femmes « continue d'avoir un grand succès », constate-t-elle, ainsi que Les Enfants d'Héloïse qui vient de bénéficier d’un nouveau tirage à l’hiver 2005. Deux titres qui, selon elle, sont véritablement devenus « des classiques et des incontournables. Tout comme La Cavalière de Jeanne Galzy. »
Toujours au rayon des classiques, mais du côté anglo-saxon cette fois, Le Danseur de Manhattan, de Andrew Holleran, écrit en 1978 et initialement paru en français en 1980 aux Presses de la Renaissance, ressort chez Belfond en 2003, à la surprise générale, avant de trouver sa forme définitive en poche dès 2005 chez 10/18. Enfin, La Musardine propose deux curiosités de François-Paul Alibert : Le Supplice d’une queue (tiré à une centaine d'exemplaires en 1931, réimprimé en 1990 dans une édition disparue avec son éditeur, puis réédité en 2002) et Le Fils de Loth (écrit dans les années 30, resté inédit depuis et publié pour la première fois en 2002 également). « C'est Maître Emmanuel Pierrat, collectionneur de manuscrits rares, qui est à l'origine de ce projet », explique Anne Cousin des éditions de La Musardine. « Il a en effet trouvé le manuscrit du Fils de Loth, complètement inédit, et a décidé de le publier. Simultanément, nous avons donc décidé de republier Le Supplice d'une queue en poche
. »

Cet article est le premier d'une série de deux qui portent sur les rééditions. La suite dans le prochain numéro.

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L'Escort-boy de Joël Angèle
par Pascal Eloy

Phénomène complètement nouveau, l'Afrique semble depuis peu avoir la côte d'amour avec les romanciers gais. Après le Série black de Philippe Cassand, situé au Congo, voici que Joël Angèle  nous entraîne au Togo sur les traces d'un escort-boy.

Cyril, mannequin sans grand succès, devient, à 18 ans, un escort-boy afin de résoudre ses difficultés financières. Il découvre ainsi les rendez-vous discrets avec ses clients et une vie facile qui lui permet de fréquenter une société où règne le luxe. Un jour, alors qu’il est en vacances, un de ses habitués lui propose de l’accompagner au Togo pour y tenir le rôle de sa secrétaire en congé de maternité. Cyril accepte facilement en pensant que cela lui fera des vacances bien méritées.
Contre toute attente, c’est un véritable coup de foudre qui l’attend en Afrique, en la personne du professeur de sport de l’hôtel où il est descendu, le beau Kylian Dallas. Rapidement commencera une histoire d’amour que Cyril ne pourra pas oublier, même après être rentré en France, puisqu’il fera tout pour faire venir près de lui son bel amant.
Dans un style très agréable et fluide (malgré les nombreuses coquilles du début de l’ouvrage), l’auteur décrit les aventures sentimentalo-érotico-sexuelles de Cyril. Il s’agit là d’un livre drôle, sans prétention, mais qui décrit bien l’univers de la jet set et la difficulté de vivre en tant que mannequin. Si on creuse un peu plus, on peut aussi découvrir les prémisses d’une histoire d’amour.
Probablement premier roman de Joël Angèle, L'Escort-boy aurait mérité d’être un peu plus fouillé et construit sur l’histoire d’amour entre Cyril et Kylian. En effet, si les aventures sexuelles de Cyril peuvent nous mettre en appétit, on reste néanmoins sur sa faim, une fois le livre refermé...

Joël Angèle, L'Escort-boy, Paris, éditions Publibook, 2005, 72 pages, 13 €.

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