Bienvenue et merci de votre visite !

Par où commencer  ?

FAQ

Présentation

Nous contacter

S'abonner 
à la lettre d'info :
 

Magazine

Accueil

Sommaire

Éditorial

Agenda

Nos choix

Les  incontournables

Les 10 meilleurs titres gais

Les 10 meilleurs titres lesbiens

Archives

Auteurs cités 
- de A à L

- de M à Z

Numéros parus

Liens

Sites auteurs gays

Sites auteures lesbiennes

Librairies

Maisons d'édition

Nous connaître

Vidéo

Collaborateurs

L'avis des professionnels

Contact

Abonnez-vous gratuitement

Echange de bannières

Conseil québécois des gais et lesbiennes

 

La Référence est une initiative privée et non subventionnée qui ne peut survivre sans votre soutien. Cliquez sur le lien ci-dessous pour nous aider et nous faire parvenir le montant de votre choix grâce au système de paiement facile et sécuritaire de PayPal. D'avance, merci !

 

Mars 2006 - Numéro 35 - 3e année ©

 

Au sommaire de ce numéro :

 

 

Les dix meilleurs titres gays : palmarès de Jean-Sébastien Vallée

 

Acheter les livres en ligne


 


L'Amour philosophique selon Didier Godard
par Jean-Sébastien Vallée

Quatrième volume d’une série consacrée à l’histoire des sodomites de l’avènement du christianisme à la Révolution française, L’Amour philosophique de Didier Godard aborde avec brio le sujet de l’homosexualité au XVIIIe siècle. Après Deux hommes sur un cheval, L’Autre Faust et Le Goût de Monsieur, le nouveau livre de l'historien se termine sur une note positive puisque la liberté en amour devient la règle. Une liberté pourtant qui ne durera pas assez longtemps et qui sera suivie d'une répression légendaire.

L'Amour philosophique comporte quatre sections. La première partie, Dernier regard sur le vieux monde, présente le contexte dans lequel se situe  l’homosexualité au début du XVIIIe siècle. Monarques, grands et petits seigneurs, membres du clergé, paysans..., la sodomie se pratique à tous niveaux, bien que les rôles soient définis selon les classes et les fonctions sociales. Didier Godard ne passe pas sous silence les maints procès intentés aux sodomites mais il rappelle que « l’acte de sodomie importait moins que la position sociale de celui qui la commettait ». Ainsi, un supérieur pouvait se compromettre avec un inférieur sans trop de conséquences mais l’inverse n'était pas vrai.
Dans la deuxième section du livre, Du sodomite à l’homosexuel, l’auteur explique l’évolution que prend la sexualité occidentale. La redéfinition de l’identité masculine ainsi que l’invention de la virilité, conjuguées à d’autres facteurs, engendrent peu à peu la constitution d’un identité homosexuelle (même si le mot « homosexuel » n’apparaît que plus tard). Enfin, les deux dernières parties du livre, Homosexualité et philosophie et Révolution-Empire : l’aboutissement, retracent les combats philosophiques menés en Europe qui vont permettre à « l’amour philosophique » de triompher.
Tout comme pour ses livres précédents, Didier Godard a eu recours pour écrire L’Amour philosophique à maintes ressources variées : essais, journaux intimes et mémoires, livres d’histoire, œuvres littéraires, pour n’en nommer que quelques-unes. La série de quatre volumes qu’il consacre à l’histoire des sodomites s’avère donc extrêmement bien documentée. Même si l’auteur s’attarde parfois un peu longuement sur certains exemples, livrant à outrance des détails spécifiques, il n’en demeure pas moins que L’Amour philosophique est un livre indispensable pour quiconque voudrait comprendre davantage le contexte dans lequel sont nées les luttes actuelles pour les droits des homosexuels.

Didier Godard, L’Amour philosophique : L’homosexualité masculine au siècle des lumières, Béziers, H&O éditions, 2005, 256 pages, 38.95 $, 21 €.

                        revenir au sommaire ]


 


Robert Pelchat derrière le sang humain
par Philippe Olivier

Initialement paru en 1956 sous le pseudonyme de Robert de Vallières, Derrière le sang humain fut accueilli en son temps comme un véritable événement. L'auteur, connu de l'intelligentsia et du petit monde bourgeois de Montréal, eut droit à un lancement mondain dans un grand hôtel de la métropole québécoise, en présence des personnalités et des médias locaux les plus importants du moment. Pourtant, le livre ne réussit pas à passer à l'histoire et l'auteur disparut peu de temps plus tard sans laisser la moindre trace dans les anthologies jusqu'à ce que les éditions Stanké rééditent l'oeuvre dans la collection gaie L'Heure de la sortie.

Derrière le sang humain retrace l'initiation lente, cruelle, quelquefois savoureuse d'une jeune garçon, homosexuel introverti, rongé par son "imperfection" et les maux indicibles qui en découlent face aux valeurs morales, religieuses et politiques du Montréal des années 50. L'écrit, impeccable, implacable, nous montre comment les rêves et les illusions du héros viennent tôt ou tard se heurter aux règles sourdes et inconditionnelles d'une société trop bien pensante. Chaque phrase déborde d'une sensibilité confinée à l'extrême, souvent proche de l'autobiographie, et nous fait découvrir toutes les difficultés psychologiques et sentimentales que peut engendrer la singularité homosexuelle.
Ici, le style est fluide, limpide, presque sobre, mais les mots frappent juste et l'étude psychologique est remarquable de réalité. Nous sommes bien loin de la noirceur contemplative et de la vulgarité de certains auteurs contemporains, homosexuels notoires, qui ne savent exprimer leur "mal-être" qu'à coup d'insultes et de grivoiseries gratuites. Un très beau livre, première oeuvre publiquement homosexuelle du Québec, qui sait mettre en exergue toutes les douleurs de ceux que l'on disait "malades" et que l'on cherchait à soigner par d'autres vices, plus répugnants qu'efficaces. Et même si l'écrit est ancré dans les années 50, le résultat reste saisissant de modernité.
Un livre à mettre entre les mains de nos esprits les plus fermés ou sous les yeux de nos parents les plus obtus, histoire de leur montrer que tout ceci n'est pas une mode, ni même un choix, mais que derrière le sang humain, hélas, se cachent encore bien des secrets.

Robert Pelchat, Derrière le sang humain, éditions Stanké, 2000, 440 pages, 19 €.

Acheter ce livre en ligne

revenir au sommaire ]



Annemarie Schwarzenbach, lesbienne et libre
par Shawn Mir

Thomas Mann l'appelait « l'ange dévasté » et Carson McCullers lui dédia Reflets dans un œil d’or. Née à Zurich, en Suisse, dans une famille d'industriels germanophones, l’existence Annemarie Schwarzenbach semblait tracée d'avance. Pourtant, la jeune femme n'aura pas peur de quitter son milieu bourgeois, conventionnel et confortable pour aller vivre dans des contrées inhospitalières et sauvages. Sa mère - qui voudrait faire d'elle son clone - essaiera de la briser voyant que sa fille chérie ne correspond pas à ses attentes. Ce sera dès lors la mésentente avec la famille. Annemarie dira non à l'hétéroterrorisme. Elle n'avait qu'une seule passion : l'écriture. Nous fêterons en 2008 le centenaire de sa naissance.

Annemarie, c'est la rencontre avec soi, les éléments, le vent, le sable, les vastes étendues, le désert, la montagne, là où l'âme se cherche et où se posent les questions existentielles. Désir d'infini et d'absolu. Déserts de neige, de glace. Solitude intérieure mais soifs de nouveautés et d'originalité. Crainte de la monotonie. De l'ennui. Son mode de vie détonera. Ses fréquentations sentiront le souffre. Physiquement très grande, 1m 75, svelte, élégante, elle choisira des vêtements masculins bien coupés qu'elle portera à merveille. C'est la mode de la garçonne, ces femmes aux cheveux courts qui ont jeté aux orties leur tenue féminine pour adopter le pantalon. Les débordements d'Annemarie : cigarettes, alcool, paradis artificiels, vitesse excessive et son amour immodéré des femmes avec lesquelles elle s'affiche font scandale et jetteront l'opprobre sur elle. Sa beauté foudroyante. Sa coiffure, son allure détachée d'être là sans y être en font une androgyne sensationnelle !
Journaliste, photographe, reporter, grande voyageuse, auteure de centaines de lettres, archéologue, Annemarie Schwarzenbach est avant tout un écrivain. Son style est précis. C'est une nouveauté pour l'époque. Son crayon est un pinceau. Nous voyons les formes. Les couleurs. Nous sentons les odeurs. Son écriture est très descriptive. Les mots d'
Annemarie sont suaves. Comme une caresse. Elle est scrupuleuse dans les détails. Fine. Son talent est prodigieux. Sa puissance d'écriture et sa force intérieure contrastent d'avec sa fragile constitution. Sa maturité est étonnante malgré son jeune âge. Minutieuse dans sa narration, hyper émotive, exaltée, passionnée jusqu'à l'excès, audacieuse, l'Androgyne en révolte campe des personnages plus vrais que nature. En précurseur, elle injecte le monologue au cœur de la narration. Son existence fut certes marquée par la morphine et plusieurs internements, mais aussi par une lutte acharnée contre le nazisme.
 Dans la littérature suisse des années 30, Annemarie Schwarzenbach emploie un langage d'une modernité surprenante. Qui nous frappe encore. Elle traite de thèmes nouveaux, d'autres pays que le sien : Irak, Perse, Afghanistan, Russie, États-Unis... Elle écrit sur des sujets d'actualité. Les personnages de ses ouvrages sont à son image : interrogateurs et en introspection perpétuelle. Ce sont des bluesymen. En échec intérieur volontaire. Ou accidentel (aléas de l'existence). À la recherche d'un amour impossible ou ayant d'impossibles amours au pluriel. Vivant toujours en solitaires. Malgré eux.
Les lettres d'
Annemarie à Erika et Klaus Mann seront publiées de 1930 à 1942. Éditées en langue allemande, elles n’ont jamais été disponibles en français. À l'âge de 23 ans, en 1931, Annemarie publie sa première nouvelle Les amis de Bernhard, jamais traduite en français. Deux ans plus tard, paraît Nouvelle lyrique, l'amour lesbien est caché sous les traits d'un personnage masculin mais l'on reconnaît à certains signes qu'il s'agit-là d'une femme qui vit une passion pour une autre femme. Hitler vient d'arriver au pouvoir et l'atmosphère pesante et lourde traduite dans le livre donnera plus tard un sens très symbolique à cet ouvrage. Annemarie signe ensuite deux titres : Le Refuge des cimes (1933), qui se situe en montagne, et Orient exils (recueil de nouvelles écrit en 1934-35). En 1935, elle publie La Mort en Perse, premier ouvrage dans lequel elle parle de son lesbianisme. Puis, vient La Vallée heureuse (1935). Ces trois derniers récits décrivent le désert. Enfin, de 1936 à 38, Annemarie rédige les textes de Loin de New York.
Annemarie Schwarzenbach a revendiqué sa liberté sexuelle et son lesbianisme, ce qui a compliqué considérablement son existence, non seulement au sein de sa famille mais aussi dans sa vie quotidienne. Certains de ses ouvrages ont été refusés par de grands éditeurs alors qu’elle était déjà publiée chez d’autres et que sa réputation d’écrivain était mondialement établie. Le fait d’être une femme dans un monde d’hommes l’a desservie. Le lesbianisme d’Annemarie Schwarzenbach l’a effacée de la liste des grands écrivains aventuriers. Cela explique pourquoi nous ne la découvrons que si tardivement. L’autodafé que firent sa mère et sa grand-mère à son décès fut une lourde perte pour l’héritage littéraire de l’écrivain et nous sommes privés d’une grande partie de ses correspondances et journaux intimes. Un fonds important de ses œuvres se trouve en Suisse.
Annemarie Schwarzenbach était un génie et comme tous les génies, elle fut torturée. Elle jetait sur son époque un regard sans concession. La vieillesse ne devait pas la toucher. En 1942, un accident de bicyclette à Sils (Suisse) la rend amnésique. Elle décède quelques semaines plus tard, le 15 novembre 1942. Elle n’avait que 34 ans.

Oeuvres de Annemarie Schwarzenbach disponibles en français :
Le Refuge des cimes, Paris, éditions Payot, 2004, 225 pages, 18.50
.
Nouvelle lyrique, Paris, éditions Verdier, 1994, 96 pages, 11.50 €.
Loin de New York, Reportage et photographies (1936-1938), Paris, éditions Payot, 2000, 12.96 €.
La Mort en Perse, Paris, éditions Payot, 1998, 170 pages, 14.48 , et Petite bibliothèque Payot, 2001, 176 pages, 7.35 €.
Orient exils, éditions Autrement, 1994 (épuisé); Paris, éditions Payot, 2000
2003, 224 pages, 7.35 €.
Où est la terre des promesses, Paris, éditions Payot, pages, 16.50 € et Petite bibliothèque Payot, 2005, 176 pages, 7.55 €.
Rives Du Congo ; Tétouan, éditions Esperluete, 2005, 95 pages, 14.25 .

Sur Annemarie Schwarzenbach :
Dominique Laure Miermont, Annemarie Schwarzenbach ou le mal d'Europe
,
Paris, éditions Payot, 2004, 443 pages, 23 €.
Roger Perret, Bleu immortel, éditions Zoé, 2003,
270 pages, 36.10 .

revenir au sommaire ]


 


Rééditions, en avant toutes !
par Pierre Salducci

Si le phénomène des rééditions gaies et lesbiennes s’était présenté jusqu’à récemment sous la forme de publications éparses sorties au coup par coup, les choses sont nettement en train de changer alors que le rythme de ces parutions prend depuis peu un nouvel essor aux visées nettement plus ambitieuses. Par ailleurs, après s’être particulièrement attachés aux classiques de notre littérature, les éditeurs se tournent également à présent vers des auteurs modernes et beaucoup plus récents.

La disparition de la collection de Guillaume Dustan, Le Rayon, chez Balland a laissé de nombreux livres et auteurs orphelins. Parmi eux, Érik Rémès dont le véritable best seller gay Je bande donc je suis, paru initialement en 1999, est ressorti aux éditions Blanche en 2004. On espère d’ailleurs que d’autres petits bijoux de cette collection seront repris par d’autres éditeurs qui auront à cœur de s’en occuper vraiment.
100-0028_IMG.JPG (11262 octets)Quoi qu’il en soit, depuis 2005 le courant des rééditions a véritablement le vent dans les voiles et ne cesse de se diversifier. C’est ainsi qu’on a vu les éditions Textes gais remettre coup sur coup sur le marché deux titres de Roger Peyrefitte : Les Amitiés particulières et Roy, ainsi que Les Papillons de Makaba. Une démarche que Pédro Torres, éditeur fondateur de Textes gais (photo ci-contre), a expliqué en ces termes : « Un des auteurs du site m’avait conseillé de lire Les Papillons de Makaba, un ouvrage des années 70. Étant né en Afrique, ce roman m’a profondément touché. J’ai demandé aux Éditions Grasset, détenteurs des droits, de me les céder pour quelques années. La responsable éditoriale a bien connu l’auteur Jean-Marie Fonteneau, aussi a-t-elle apprécié ma démarche de redonner vie à une œuvre de cet auteur. Par ailleurs, un jour, Maxime Foerster, libraire chez Adventice.com s’étonne auprès d’Alexandre Delmar que plus aucun ouvrage de Roger Peyrefitte ne soit publié. Ce dernier me raconte l’entrevue. Le lendemain, je fais parvenir à l’exécuteur testamentaire de cet illustre écrivain ma demande de publication des Amitiés particulières. Touché par ma démarche, il a accepté de me confier ce cher enfant. J’ai bien sûr d’autres ouvrages en tête, mais il reste difficile de convaincre un éditeur classique de céder des droits à un petit éditeur gai. » Pedro Torres a également l'intention de rééditer Manigances, premier roman du québécois Denis-Martin Chabot.
Malgré les difficultés, la tendance des rééditions ne fera donc que se confirmer en 2006 avec toute une série d’auteurs dont les oeuvres avaient disparu des librairies. En début d’année, H&O lance les quatre premiers titres de sa nouvelle collection : Parce que c'était lui de Stéphane Roger, le récit autobiographique de Jean-Louis Bory : Ma Moitié d’orange, Le petit Galopin de nos corps de Yves Navarre et le recueil de poèmes Hombres de Verlaine.
« Il s'agit en effet d'une première et je crois extrêmement importante pour donner à lire ces classiques à un nouveau public jeune », confirme Olivier Delorme, responsable des communications chez H&O, tout en précisant que les prix ont été spécialement étudiés pour correspondre à toutes les bourses. « Les quatre premiers sont à 4,90
et 7,5 pour le Navarre qui un peu plus gros. » C’est l’éditeur Henri Dhellemmes (en photo ci-contre) qui a conçu et piloté cette collection. À l’origine de son projet, un constat tout simple : « Ces auteurs ont choisi de rompre avec la honte, la censure ou l’exclusion. Ils ont osé écrire l’homosexualité sans travestir leurs sentiments, célébrer les amours mâles ou lesbiennes, mettre en scène le bonheur ou la souffrance qu’on éprouve à les vivre. Or, nombre de leurs oeuvres, parfois des chefs-d’oeuvre, sont devenus introuvables, ou ne peuvent être lus que dans des éditions minorant leur dimension homosexuelle. Nous avons voulu mettre ou remettre à la disposition du plus grand nombre des livres qui, par leur qualité littéraire et/ou la période qu’ils ont marquée, appartiennent au patrimoine universel. »
Chez H&O, on ne cache pas cependant que le pari est audacieux car la collection devra rejoindre un public « suffisamment large » pour subsister. Néanmoins, la maison d’édition se veut optimiste et annonce d’ores et déjà deux nouveautés supplémentaires pour bientôt : Les Hommes au triangle rose de Heinz Heger, un grand classique sur la déportation homosexuelle, accompagné d’une préface de Jean Le Bitoux, et L'Autre Dracula de Tony Mark, pastiche drôle et érotique paru en 1997 chez Blanche et qui avait eu alors les honneurs de L'événement du jeudi, L'Express, Elle... À noter que la particularité (et la richesse) de cette nouvelle collection est de proposer chaque réédition accompagnés d’appareils critiques ou d’une préface signée par un spécialiste en littérature gaie. Un concept vraiment original et à encourager.
À la vue de ces nombreuses et récentes rééditions, il est clair que la littérature gay et lesbienne jouit d’une nouvelle considération et que plusieurs auteurs deviennent des valeurs sûres. En effet, jamais autant de titres n’auront été réimprimés en si peu de temps. Une prise de conscience nouvelle mais attendue et dont personne ne se plaindra.

Cet article est le deuxième d'une série de deux qui portent sur les rééditions. Lire le précédent article (n°34 - février 2006).

revenir au sommaire ]



Andrew Holleran et le danseur de Manhattan
Par Franck Boussard

Écrit en 1978, Le Danseur de Manhattan, livre culte des années quatre-vingt, vient d'être réédité dans sa version intégrale. Considéré à l’époque comme un chef-d’oeuvre littéraire, il trouve encore aujourd’hui beaucoup d’échos dans notre société. Plus qu’un document sur la culture gay de l’avant sida, ce roman d'Andrew Holleran dépeint de façon très lyrique la quête de l’amour absolu et la souffrance qu’un homme peut éprouver à se réaliser dans un monde aux normes étouffantes.

Malone est un jeune homme de bonne famille, à l’extraordinaire beauté. Alors qu’il semble promis à réussir comme avocat, et à mener une vie conforme aux désirs de la société dans laquelle il évolue, voici qu'il découvre qu'il est homosexuel. Dès lors, très vite, sa vie bascule : ce qu’il refuse d’admettre au départ, devient petit à petit une évidence, et il emménage à New York, où il tombe amoureux de Frankie un jeune portoricain. Mais sa recherche de l’amour absolu le pousse à le quitter. Obligé de se cacher de la violence de Frankie, qui ne supporte pas d’avoir été éconduit, Malone fait la connaissance de Sutherland, une folle qui connaît tout des nuits de l’underground new-yorkais. Celui-ci guide notre héros dans un univers d’un baroque décadent et fascinant. Peu à peu, Malone s’enivre de plaisirs nouveaux, envoûté par la danse et les drogues diverses. Jusqu'à ce qu'il découvre le revers de la médaille...
La quête de pureté qui finit par entraîner Malone vers la déchéance et la lassitude est souvent très poignante. Au milieu des fêtes dansantes de Manhattan, le destin du jeune new-yorkais et de ses amis fait penser à celui du héros de Studio 54 ou d’un Travolta atteint d’une fièvre du samedi soir homosexuelle ! L’originalité de l’écriture tient à la fois des envolées lyriques d’Holleran et d'un réalisme excessif et cru. De plus, le roman commence et s’achève par un échange de lettres entre deux amis qui ont connu Malone et Sutherland - l’un d’entre eux se proposant d’écrire le roman que le lecteur parcourt. Tout cela ne fait que donner encore plus de vie à des personnages qui nous invitent à devenir les spectateurs d’une fête perpétuelle et sans tabous. Alors, prêts à danser aux côtés de Malone ?

Andrew Holleran, Le Danseur de Manhattan,  éditions Belfond, 2003, 290 p, 19 €

revenir au sommaire ]



Une moitié d'orange pour Jean-Louis Bory
par Pascal Éloy

Jean-Louis Bory est un écrivain français né en 1919. Romancier, critique littéraire au Nouvel Observateur pendant des années, il s’est aussi illustré dans le roman, la critique cinématographique et l’essai historique. Dans Ma moitié d’orange, il expose en 1973, sa situation d’homosexuel et plus largement les difficultés à vivre et à assumer sereinement ce choix. Retour sur un des livres essentiels d'un avant-gardiste qui avait le culot d'exiger qu'on lui envoie ses invitations de presse au nom de « M. Bory et Monsieur ».

Du Masque et la plume aux Dossiers de l’écran, en passant par sa confrontation télévisée avec « l’homophobie médicalisante » d’un docteur Amoroso qui lui donne du « madame », Jean-Louis Bory est avec fougue, courage et humour ravageur, l’un des pionniers de la visibilité médiatique d’une homosexualité qui, dans la France de l’après 1968, est encore définie par la loi comme un « fléau social ». Mais Bory est aussi un écrivain à l’oeuvre aujourd’hui injustement oubliée, une oeuvre au coeur de laquelle Ma moitié d’orange est à la fois un titre inscrit dans la mémoire collective et une étape fondamentale dans la vie de l'auteur.
Ma moitié d'orange, c'est le mythe de la caverne de Platon revisité par Jean-Louis Bory. Celui-ci part donc du principe qu'en tant qu'être humain, nous ne sommes que la moitié d'un tout, comme une orange coupée en deux, et qu'il nous faut absolument retrouver notre deuxième moitié pour être heureux et complet. Cet ouvrage autobiographique retrace donc la quête de l'amour mais aussi tout simplement du bonheur, non seulement pour Bory, mais spécialement pour les couples de même sexe, en posant une question de fond beaucoup plus large : le bonheur est-il possible pour un homosexuel dans une société hétérosexuelle ? La quête de l'amour trouvera-t-elle un jour son aboutissement pour les gais ? 
Tel un pavé dans la mare, Ma moitié d'orange a permis en son temps à de nombreux gais cachés ou honteux de mieux se comprendre et de s’accepter dans une société qui se disait libérée, mais qui considérait encore l’homosexualité comme une maladie honteuse. En fait, ce livre dérange parce que telle était bel et bien l'intention de son auteur. En effet, Bory veut inciter ses lecteurs à réfléchir. Il insiste sur le fait que la marginalisation de l’homosexualité n' a fait que décupler sa rage de se battre pour revendiquer son droit à l’indifférence. Maniant un style tantôt drôle, tantôt noir, mais toujours brillant, il parvient à son but en poussant son lecteur (et la société en général) à se remettre en cause et à réviser certains jugements.
Un des premiers et des plus grands militants de la cause gaie française en son temps, Jean-Louis Bory est un peu la « Jeanne d’Arc des homos » qui part en guerre pour nous libérer, mais qui, ne trouvant pas l’évêque Cochon sur son chemin, décide en 1979 de se suicider, non par peur de vieillir, mais parce qu’il craignait de « vieillir mal ». En effet, obsédé par son physique et par la dégénérescence inévitable du corps à cause de la vieillesse, cet homme était en fait, malgré un aspect joyeux, quelqu’un de sensible, miné et rongé par une intense détresse.
Comme le veut la nouvelle collection de réédition chez H&O, l'ouvrage est accompagné d'une préface signée Dominique Fernandez dans laquelle on ressent parfaitement toute l’affection que ce dernier porte à Jean-Louis Bory, tant il le décrit avec justesse, mais aussi avec nuances, fragilité et même tendresse. Bref, si on parvient à replacer le texte dans le contexte de l’époque compte tenu de la difficulté qu’il y avait à vivre son homosexualité, l’ensemble constitue un grand moment de plaisir, d’autant plus que les questions soulevées par Bory sont toujours d’actualité, près de trente années plus tard... De plus, vu le prix vente très réduit de l'ouvrage, il serait vraiment dommage de s'en priver.

Jean-Louis Bory, Ma moitié d'orange, Béziers, éditeurs H&0, 2005, 128 pages, 4,90 €.

Acheter ce livre en ligne



Qui va garder le chat d'Éliane Girard ? 
par
Josée-Gabrielle Morisset

Éliane Girard est signataire du Manifeste pour l'homoparentalité publié dans le Nouvel observateur le 21 octobre 2004. Elle a publié un roman sur la mort Qui m’aimera encore quand je serai mort ? (Belfond, 2004) et co-écrit avec Hélène Kernel Fan Attitude (Librio, 2002) et Le vrai langage des jeunes expliqué aux parents (Albin Michel, 1996).

Mais qui va garder le chat ? raconte la trentaine de Cécile, un personnage qu'a créé Éliane Girard dans Magali, Yourcenar et moi (JC Lattès, 2003), le journal personnel de Cécile dans la vingtaine, ses amours avec Magali et les tribulations et douceurs du « coming out ». Dans ce nouveau livre, elle relate son célibat actif, l'épineux avec Magali son ex, son amour porteur pour Fanny. Amoureuses, elles fouillent et démasquent l'homoparentalité, guidées par le désir commun d'être parents. Des extraits du journal personnel de Fanny jonglent avec la question « La co-mère est-elle un père ? » et se fondent au désir d'être enceinte de Cécile. Yourcenar, le chat, est le fil d'Ariane du roman. Acteur de la réconciliation, sa garde balise les amours, les ruptures et la maternité.
Au-delà de l'homoparentalité personnifiée par des pères gais et des mères lesbiennes, l'humour pointe, les dialogues sont vivants comme tous les personnages secondaires colorés des familles gaie et biologique. Le cercle d'amies lesbiennes est solidaire lors des épreuves ; les couples éclatent et se reforment. Divertissant et étoffé,
Mais qui va garder le chat ? conjugue subtilement les doutes, les heurts et les certitudes qu'engendre l'absence de statut juridique pour les familles homoparentales en France. À quand la quarantaine de l'attachante Cécile ?

Éliane Girard, Mais qui va garder le chat ?, roman, Éditions Jean-Claude Lattès, 2005, 228 pages, 15 €.
Adresse du manifeste signé par
Élaine Girard : http://archquo.nouvelobs.com/cgi/articles?ad=societe/20041019.OBS9435.html&datebase=20041022

Acheter ce livre en ligne

revenir au sommaire ]


Le Clos bel air, une chambre d'hôte gay friendly au coeur des pays de la Loire
www.esperlu.com


Ralph König, Roy et Al
par Patrick Poisson

Roy et Al présente l'histoire peu banale de deux splendides toutous dont les personnalités sont aux antipodes et pour qui le bonheur n'est pas constitué des mêmes référents. Dans cet album en couleur, Ralf König nous livre au passage toute une vision de la scène homosexuelle avec ce qu'elle comporte de marginalité et de quotidienneté.

Ralf König est né en Allemagne en 1960. Après des études à l'Académie des beaux-arts de Düsseldorf, il se lance dans la bande dessinée. Sa première histoire paraît en 1980, mais il faut attendre son prix au Festival d'Angoulême en 1990 pour qu'il connaisse un succès mérité qui deviendra très vite un véritable phénomène dans les milieux homosexuels de l'Europe entière, avant de trouver l'adhésion de tous les publics. Parmi ses plus grands succès, on compte la série Conrad et Paul, La Capote qui tue, ainsi que Lysistrata délirante et surprenante adaptation d'une tragédie grecque d'Aristophane.
Ralph König a affiché ouvertement son homosexualité dès la fin des années 1970, alors qu'il habitait un petit village de Westphalie. « C'était si douloureux que j'ai tout balancé dans mes dessins », confie-t-il. Ceci lui a permis d'adopter très tôt une certaine dérision et une grande liberté de ton. Ses albums se vendent aux alentours de 150 000 exemplaires chacun (vingt d'entre eux ont été publiés en France par Glénat). Pour trouver l'inspiration, Ralph König puise dans sa propre vie et celle de ses amis. Il aborde tous les thèmes d'actualité qui s'offrent à lui « sans que rien soit programmé ». Admirateur de Claire Bretécher, Philippe Druillet, Jacques Tardi et Woody Allen, il regrette toutefois que « l'Allemagne, a contrario de la France et de l'Espagne, n'ait pas de véritable culture BD ».
Dans son nouvel album, Ralph König nous plonge tout droit dans une des histoires les plus délicieusement décadentes de son oeuvre. Roy est un chien bâtard, gras et rond. Al est un mini-schnauzer blanc à poils laineux, minuscule et élégant, descendant de deux flamboyantes lignées canines. Roy est bonne pâte, plutôt flegmatique. Al est pète-sec et déjanté, naturellement cynique. Deux chiens qui n'étaient pas destinés à se rencontrer. Pourtant, ils se retrouvent du jour au lendemain à devoir partager le même appartement parce que leurs maîtres sont tombés amoureux. Dès lors, nos deux héros sont contraints de supporter la musique techno, les films pornos, les séances allongées, les copains de retour de drague, les histoires de cul, les ex... Ils ne se privent pas de critiquer et de décortiquer les scènes qui se déroulent sous leurs yeux.
Hilarant du début à la fin, usant à merveille de réflexes anthropomorphiques en donnant à ces deux principaux personnages des personnalités humaines bien définies, l'auteur s'amuse pour notre plus grand bonheur. Il est clair, à la découverte des dialogues et de ces images toutes plus caricaturales les unes que les autres, que König a prix un malin plaisir à imaginer nos deux chiens dans les situations les plus rocambolesques. Il s'amuse des tabous et décortique ce petit monde avec une déconcertante habileté. Tout en donnant une plus grande vérité aux personnages - on les croirait en vie, les couleurs amènent une nouvelle profondeur aux dessins ce qui permet à König de jouer sur un plus grand terrain, un nouvel espace qu'il occupe très bien. Les fidèles du créateur allemand retrouveront ce qui fait tant apprécier ce bédéiste de grand talent à l'imagination disproportionnée et qui sait faire évoluer des personnages dans un quotidien à la limite du banal, sans jamais nous ennuyer. Impossible de se lasser... On n'en espère pas moins ! On aurait envie que ça dure encore longtemps, on en redemande. C'est là d'ailleurs le seul défaut de cette histoire qui ne fait que 62 pages. Ne reste plus qu'à souhaiter que Roy et Al alimentent à nouveau très bientôt l'imaginaire de l'auteur.

Ralph König, Roy et Al, Paris, éditions Glénat, 2005, 62 pages, 12 €.

Acheter ce livre en ligne

revenir au sommaire ]

 


      


Pour 2 DVD GAY TIGER PROD achetés le troisième est offert.


La Référence, toute l'actualité du livre gay et lesbien

Rédacteur en chef : Pierre Salducci (www.salducci.com) / Collaborateurs / Ligne éditoriale / Logo La Référence : Pablo Cruz, agence Punto Net  (www.puntonet.info) / Pour nous écrire : Contact / Pour vous abonner gratuitement / Visitez notre site à cette adresse : www.la-reference.info / La Référence vous parvient des îles Canaries (Espagne) / © Tous droits réservés - tous pays 2004-2007

          Analyse d'audience