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Mai 2006 - Numéro 38 - 4e année ©

 

Au sommaire de ce numéro :

 

 

Les dix meilleurs titres gays : palmarès de Philippe Cassand

 


 


Les mauvaises pensées de Nina Bouraoui
par Josée-Gabrielle Morisset

Gagnant du Prix Renaudot 2005, le roman Mes mauvaises pensées est la confession condensée d’une écrivaine lesbienne en séances de psychanalyse. Sans contrition, celle-ci révèle ses « mauvaises pensées » engendrées par la peur qui créent une scission entre le corps et le cerveau, entre la perception et la conscience.

Écrites au « je », Mes mauvaises pensées sont des paroles qui s’alimentent du souffle vital et des mouvements de l’âme. Le rythme engendré par l’écho des mots s’apparente à la transe des percussions, à un rituel de purification. Nina Bouraoui transcende le sens de mots sans pleurs ni chaos. Elle se dit « sujet buvard », tout lui entre dans la peau : le déracinement de sa terre natale, la mort, la colère. Son corps est habité par la mère, le père, les amantes, par Alger, Paris et Provincetown. Tout pour confondre le dedans avec le dehors. Cette polarité fait naître l’évocation des souvenirs, l’éveil des mémoires sensorielles et la quête d’être chez soi en soi. L’amour qu’elle partage avec l’Amie est le lieu d’un chez soi, d’une complicité sans fragmentation.
Le roman possède une structure d’évocation et de tourbillons similaire à Soifs de Marie-Claire Blais. Seuls le point et la virgule marquent le temps sans linéarité. Une écriture de l’inconscient, en spirales, où le « je » interroge parfois sa psy mais nous interpelle à la fois. Ce vouvoiement nous fait entrer en nous, hors de la page. Puis on revient à la surface, on s’accroche aux mots qui deviennent de nouveaux repères évocateurs. Si le roman vous entre dans la peau, la lecture est lente, la lecture devient un pur délice métaphysique. Une véritable nourriture spirituelle. « Lire, c’est se lire. »

Nina Bouraoui, Mes Mauvaises pensées, roman, Éditions Stock, Paris, 2005, 286 pages, 18 €.

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Alexandre Delmar et la vie heureuse
par Pierre Salducci

Depuis qu’il a découvert et assumé son homosexualité, Alexandre Delmar a enfin pu régler ses comptes avec un passé suicidaire et accéder au bonheur. Marqué par son expérience, le jeune homme a révélé son itinéraire tourmenté en racontant son histoire dans Prélude à une vie heureuse, qui aborde cette période de souffrance de façon positive en la réduisant à une sorte de préambule qu’il lui a fallu traverser avant d’accéder à un quotidien épanoui. Alexandre Delmar est né à Nîmes en 1975 où il a vécu jusqu'à l'âge de 18 ans. Ses goûts littéraires se portent vers des auteurs comme Amélie Nothomb, Philippe Besson ou encore Edmund White. Il travaille actuellement comme jeune cadre promis à un bel avenir au siège d’un grand groupe bancaire.

Du propre aveu d’Alexandre Delmar, son récit s’est littéralement imposé à lui. « J’avais un besoin viscéral de tourner définitivement la page sur mon passé, explique-t-il. Certains seraient allés chez un psy… Je me suis mis derrière l’écran de mon ordinateur et l’aventure a commencé. » Et quelle aventure ! En quatre mois, son manuscrit est déjà terminé. « C’est un texte très spontané. À ce moment de ma vie, je prenais conscience que je ne pourrais pas rattraper le temps que j’avais perdu avant d’assumer mon homosexualité. L’acte d’écriture a été facile en tant que tel. Le plus difficile a été de faire remonter à la surface des moments délicats de ma vie, que j’avais d’ailleurs parfois oubliés. Cela a été assez douloureux sur le moment, mais c’était indispensable. »
Bien qu’un avertissement à la fin du livre prétende que « les personnages et les événements relatés dans le roman sont fictifs », Alexandre Delmar tient à préciser clairement que Prélude à une vie heureuse correspond bel et bien à son vécu à quelques détails près. « Lorsqu’on écrit un roman d’inspiration autobiographique, il y a des moments qui sont inévitablement moins prenants que d’autres. Et si on relate ces moments tels quels, on prend le risque de lasser le lecteur. J’ai donc pris la liberté d’adapter certains passages en restant fidèle à la réalité. »
Petite école, collège, lycée… Rencontre d’un jour, d’un an ou de toujours… Alexandre Delmar se souvient de tout et nous livre ici une chronologie détaillée de ses années d’enfance jusqu’à ses 24 ans, un exercice de reconstitution assez complexe mais fort bien maîtrisé. On le suit ainsi dans sa lente, très lente, prise de conscience vers l’homosexualité. Sa perception très lucide de son propre parcours surprend chez une personne qui n’a découvert son orientation sexuelle qu’assez tardivement. « Je n’ai commencé à lire qu’en prépa. Et pas forcément des lectures qui auraient pu m’éclairer. De plus j’avais d’autres choses en tête à ce moment-là. L’acceptation de l’homosexualité ne se fait pas à travers des lectures (même si ça peut aider), ou en suivant les conseils d’une personne plus éclairée. C’est un processus qui se fait avant tout par rapport à soi, et tant que le cheminement n’est pas complet il ne peut y avoir d’acceptation définitive. »
Alexandre Delmar a le don de saisir parfaitement une scène, une ambiance, en quelques traits seulement. Il nous décrit ses coups de coeur - qu’il ne parvient pas à décoder pendant des années -, ses succès, ses déprimes aussi, car un tel itinéraire se paie d’une manière ou d’une autre, même si l’auteur s’en sort finalement avec panache puisque Prélude a une vie heureuse s’achève sur la révélation d’un jeune épanoui qui retrouve le goût de vivre en même temps qu’il découvre l’amour. Mais avant d’en arriver là notre personnage devra traverser une mer de douleur, longue épreuve qu’il nous relate avec minutie au cours de son récit sublimement titré. Son roman nous vaut notamment une scène de coming out particulièrement réussie et de brillantes analyses tout au long de la narration.
Toujours intelligent et souvent bien vu, soutenu par un style alerte et maîtrisé, Prélude à une vie heureuse pique la curiosité dès les premières pages et emporte le lecteur d’une traite jusqu’à la fin du livre pour le ramener d’un coup à la réalité, séduit et essoufflé. Dans ces conditions, on ne s’étonnera pas que la manuscrit d’Alexandre Delmar ait trouvé preneur très rapidement. « Je ne m’attendais pas à être publié aussi vite, confie en effet le jeune auteur. Le deal a été conclu en moins de trois jours, ça a été beaucoup plus facile que je ne le pensais. Le courant est tout de suite passé avec mon éditeur et même si je lui ai tenu tête pour la couverture et le titre du roman, nous sommes facilement tombés d’accord sur ce que devait être Prélude à une vie heureuse une fois finalisé. »
Commence alors pour Alexandre Delmar une véritable succes story. « Je n’étais pas vraiment préparé à la suite, reconnaît-il. Les ventes ont été prometteuses dès le départ, j’ai accordé quelques interviews dans la presse gay et puis PinkTV a demandé à me recevoir sur le Set. J’avais toujours dit que je refuserais de passer à la télé… et j’ai accepté en moins de trente secondes. J’étais dans le train, mon éditeur m’a appelé et m’a dit : Pink t’invite dans une émission, alors j’ai pas réfléchi et j’ai dit : Ok, je la fais. J’étais terrorisé mais tout s’est très bien passé. J’ai par la suite fait une autre émission (Courts chez Pink), et j’ai également été abordé par des sociétés de production qui se sont manifestées pour une adaptation à l’écran. Mais rien n’a été conclu pour l’instant. Je ne désespère pas. »
Aujourd’hui, Alexandre Delmar parle de « pur bonheur » au sujet de l'accueil qu'a reçu son roman et se dit très heureux de la tournure des événements. « C’est certes une satisfaction personnelle, mais ça va bien au-delà. Ce roman m’a permis d’avoir une fonction sociale. Je me suis dit que j’avais enfin été utile à quelque chose le jour où un jeune garçon de seize ans m’a écrit pour me dire que depuis qu’il avait lu mon histoire, il savait qu’il ne pourrait plus avoir envie de se suicider. Et ça, c’est le plus beau cadeau qu’on ait pu me faire en tant qu’auteur. »
En ce qui concerne l'avenir, Alexandre Delmar voit loin. Il a décidé de faire tout son possible pour publier son livre en anglais. Par ailleurs, il vient tout juste de terminer un deuxième roman. « Il s’agit d’un triangle amoureux entre une fille et deux garçons. Cette fois il n’y a rien d’autobiographique, ce n’est pas non plus un livre gay (malgré la présence d’un personnage ambigu), et le style est plus complexe que dans Prélude. J’y ai consacré beaucoup de temps. Dans la foulée j’ai commencé un troisième roman parce que je ne peux pas rester sans écrire, mais ça, c’est une autre histoire. »

Alexandre Delmar, Prélude à une vie heureuse, éditions Textes gais, Paris, 2005, 180 pages, 12 €.

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Jérémie vu par Dominique Fernandez
par Pascal Éloy

Dominique Fernandez est né à Paris en 1929. Après des études à l’École normale supérieure, une agrégation d'italien et un doctorat ès lettres, il écrit régulièrement pour le Nouvel Observateur. Dominique Fernandez est l’auteur du récit mythique L’Étoile rose qui a été pour de nombreux gays une ouverture et une libération sur leur monde. En 1974, il obtient le prix Médicis pour Porporino ou les mystères de Naples et le prix Goncourt en 1982 pour Dans la main de l'ange. Son précédent roman, La course à l'abîme, est paru en 2003. Il vient de faire paraître Jérémie ! Jérémie !

Fabrice Jaloux, étudiant parisien apathique, partage sa vie entre le secret enjolivé d'un père disparu, une mère austère et cathare dans l’âme, une petite amie issue d’une riche famille bourgeoise et une thèse sur Alexandre Dumas qu'aucun professeur ne veut conduire. En voyage à Rome, il rencontre une bande de jeunes de toutes origines qui préparent un séjour humanitaire en Haïti. Or, Dumas est haïtien. En effet, son grand-père, petit marquis colonial, tenait, près de la ville de Jérémie, une plantation sucrière. Ce marquis a fait plusieurs enfants à Cézette Dumas, une esclave, et de ce cette union est né Alexandre Dumas père, futur général bonapartiste. C’est ainsi que Fabrice s’embarque pour Haïti et ses mystères...
En fait, ce livre, nous lance à la poursuite du mulâtre caché chez l'auteur des Trois Mousquetaires et du rôle des Noirs dans son œuvre - qu'on découvre très fugace et très peu revendicateur. En effet, né d'un père blanc et d'une mère noire, Dumas n'a jamais assumé réellement son origine métissée, contrairement à Pouchkine, un autre auteur mulâtre qui a célèbré la révolution d’Haïti contre les troupes de Napoléon et donc la naissance de la première république noire de l'histoire. Ce prétexte nous conduit, au travers d’un roman politico-policier aux rebondissements exotiques et mondialistes, à une réflexion sur le sacrifice expiatoire...
Si Fernandez prend son temps pour camper l’intrigue, avec brio et culture, comme il sait si bien le faire, on peut néanmoins regretter que toutes les pistes ne soient pas explorées pleinement, que l’audace qui aurait pu naître de la description d’une terre de liberté ravagée par le pouvoir et l’ambition laisse la place à une histoire à la fin bâclée. Quant au côté gay du livre, ne le cherchez pas... On dirait que Dominique Fernandez, parce qu’il est depuis des années un des chantres de la littérature gay, s’est cru obligé de dépeindre, avec mollesse, une histoire platonique entre son héros et un jeune éphèbe russe. Mais cette prétendue liaison ne va jamais nulle part et, au final, n’apporte rien à l’œuvre. Peut-être l’auteur s’est-il fourvoyé dans des méandres tortueux en voulant toucher tous les publics, sans perdre sa clientèle gay !

Dominique Fernandez, Jérémie ! Jérémie !, éditions Grasset, Paris, 2006, 292 pages, 18,50 €.

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Backstage pour Bruno Batlo
par Erwan Chuberre

Après Des Baffes et du sexe et Phallucination rustique, Bruno Batlo revient avec un nouveau roman Backstage. Et comme d'habitude, lire un Batlo est un plaisir qui nous traverse le corps et l’esprit !

Dans Backstage, Bruno Batlo nous plonge dans les humides et pénétrantes coulisses de la tournée d’une célèbre chanteuse, un subtil mélange entre Mylène Farmer et Sylvie Vartan. Normal quand on sait qu’avant de s’essayer avec brio à l’écriture de romans et de scénarii, Bruno Batlo a été danseur pour la belle rousse et chorégraphe pour la reine des années yéyé ! Il est donc légitime que ces deux images féminines reviennent à chaque page de ce roman qui nous étonne autant qu’il nous fait frissonner.
Nico est le chef régisseur de la tournée de Daisy. Entouré de collègues hétéros qui boivent de la bière, qui rotent et qui parlent de gros seins, notre régisseur a bien du mal à assumer son homosexualité et doit se contenter d'une sexualité clandestine qui s’épanouit difficilement entre une porte cochère et un bordel. Même si Nico aime bien cette vie d’errance, il est pris de bourdon, se sentant soudain seul dans ce milieu macho. S’il rigole un peu trop fort à toutes les blagues salaces qu'il entend, c’est justement pour que personne ne puisse se douter qu’il est lui-même homo. Nico, une honteuse ? Presque… Jusqu’au jour où surgissent quatre danseurs épanouis et biens dans leurs corps. Aidés par ces jeunes nouveaux venus, Nico réussit, petit à petit, à aller de l’avant et à démontrer qu'un boss de technicos peut dire lui aussi haut et fort qu’il est pédé sans pour autant perdre une once de sa virilité ! Et des virilités, on en trouve à la pelle dans Backstage, sans doute le roman le plus chaud de Bruno Batlo !

Bruno Batlo, Backstage, Paris, Cylibris, 2005, 208 pages, 17 €.

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La politique du mâle selon Kate Millett
par Shawn Mir

Quand elle décida de publier son doctorat universitaire sous le titre Sexual Politics (La politique du mâle, en français), Kate Millett était loin de se douter que celui-ci deviendrait un best-seller interplanétaire. Cette femme entreprenante et passionnée a signé de nombreux livres tout en consacrant sa vie à la libération sexuelle. Elle déclarait non sans malice : « J'aime être un trouble-fête. C'est un travail merveilleux. Vous n'avez pas à payer mais vous avez beaucoup d'aventures. »

La Politique du mâle est une hypercritique de la société occidentale. Ni plus ni moins que la dénonciation du pouvoir patriarcal à tous les niveaux : idéologique, sociologique, anthropologique, politique, ainsi qu'en littérature. Des grands noms parmi les écrivains anglo-saxons comme Norman Mailer, D.H. Laurence ou Henry Miller y sont descendus en flèche et dénoncés pour leur sexisme, l'humiliation et la soumission de leurs protagonistes féminins. Kate cite des extraits de leurs livres particulièrement crus, qui surprennent encore aujourd'hui. Elle a aussi l'audace d'opposer les points de vue phallocrates et androcentristes à ceux d'un auteur homosexuel : Jean Genêt. Enfin, elle analyse le problème de classe, l'importance de la différenciation sexe/genre, et met au jour tout plein de choses qu'il faut savoir en tant que femme, et qu’homme aussi finalement.
Le volume est divisé en trois parties : la politique sexuelle, l'arrière-plan historique, le reflet littéraire. Ce n'est pas un livre sur l'homosexualité mais une étude qui dénonce l'unilatéral sexuel, l'esclavagisme sexuel (de l'homme vers la femme), la négation du corps féminin et son nihilisme. Dès sa sortie, La Politique du mâle fit l’effet d’un pavé dans la marre et favorisa par la suite (entre autres) le développement des études et recherches féminines au niveau universitaire, ainsi que la révélation de plein d'injustices qui allaient éclater au grand jour pendant la deuxième vague du féminisme. Trente-six ans après sa parution, si le livre de Kate Millett reste d'actualité, certains points paraissent néanmoins difficile à cautionner comme par exemple quand elle encense la relation érotico-amoureuse entre un enfant et un adulte ou quand elle banalise l'inceste et le présente comme une initiation sexuelle rituelle.
Née en 1934 à Saint-Paul (Minnesota), Katherine Murray Millet a vécu à New-York, au Japon et en Iran. Femme d’acion et de terrain, elle a toujours cherché activement à améliorer la condition des femmes, partout et sous toutes les formes. Elle se dira féministe afin de cacher son lesbianisme, mot tabou à l'époque. Plus tard, elle jettera le masque et se déclarera ouvertement lesbienne ce qui lui attirera les foudres de ses pairs. Quand la chose fut révélée au grand jour, après le succès de son œuvre majeure, certains réagirent comme si cela discréditait sa théorie et ses écrits. Elle sera exclue de l'université et aura beaucoup de difficultés à retrouver un travail. Les féministes participeront à l'hallali. Kate Millett affirmera ensuite sa bisexualité, au grand dam des lesbiennes qui avait pris fait et cause pour elle.
Kate Millett est une figure majeure du féminisme et fait aussi partie du monde de l'art. Elle a poursuivi une carrière d'artiste-peintre et de sculpteur, et a écrit plusieurs livres dont certains à thématique lesbienne. En 1974, elle publie En vol, un récit autobiographique qui raconte le processus de son coming-out, suivi d'une analyse politique tranchante. En 1976, elle devient romancière et décrit dans Sita, un texte quelque peu autobiographique et érotique, le déclin de sa relation avec une femme plus âgée, responsable de collège. Enfin, en 1995, dans A.D : Memory, elle décrit la réaction de sa tante quand elle lui a révélé son orientation sexuelle, et la brouille qui s’en est suivie.
Aujourd’hui, Kate Millet continue à exposer ses oeuvres d’art. Elle a fondé une communauté de femmes artistes dans l'état de New York. L'idée sera reprise en France sous le nom de maison de femmes. En tant qu'activiste, elle a été membre du comité de NOW (National Organization for Women), s'est battue pour la libération des femmes en Iran et s'oppose à présent aux nombreuses maltraitances infligées dans les institutions psychiatriques, abus qu'elle connaît bien pour avoir été elle-même internée. La révolution sexuelle de Kate Millett tient en ces phrases
 : « Ce discours est évidement tenu par une femme envers un homme. Voire une autre femme.

En lire plus sur La Politique du mâle.

Kate Millett, Les papiers de la prostitution, 1973
Kate Millett, En vol, Stock, Paris, 1975
Kate Millett, Sita, Stock, Paris, 1976, réédition 2007, éditions des Femmes.

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Cristina Rodriguez, le prêtre et le putain
par Alexandra S. Holstein

Née en 1972, Cristina Rodriguez a passé sa petite enfance en Espagne. À l'âge de six ans, elle revient à Paris, la ville qui l'a vue naître, et vit maintenant en France. Elle a reçu son brevet de technicien supérieur de l'École nationale de Commerce en 1992. Elle a commencé sa carrière dans le milieu bancaire où elle a travaillé comme cadre. Ce milieu qu’elle a côtoyé de l’intérieur, lui a fourni la matière de son premier livre, véritable pamphlet sur les pratiques bancaires : Mon père, je m'accuse d'être banquière ou Ce que votre banquier ne vous dira jamais

La passion de la littérature, ainsi que le goût pour l'histoire lui sont venus très tôt. Dès son adolescence, elle a fréquenté archéologues et historiens. Elle a publié ses premières nouvelles à l'âge de 22 ans. Elle écrit également des scénarios pour le cinéma et la bande dessinée, dont deux ont été publiées : L'Elfe blanc et Parodi'z. Elle est aussi l'auteure de La Renaissance d'Indra et de Un ange est tombé (sous le pseudonyme de Claude Neix). Depuis 1996, elle est pigiste et graphiste. 

Dans Moi, Sporus, prêtre et putain, nous sommes à Rome, sous Néron. Le jeune Sporus est le fils d'un esclave qui tient une taverne dans les quartiers chauds de Subure. Sa belle-mère n'hésite pas à le prostituer à de riches sénateurs qui viennent s'encanailler ; un soir, l'un d'eux veut s'en prendre à sa jeune soeur de huit ans. À la suite d'une algarade, Sporus le tue et aurait été condamné à mort sans le talent de Proculus, son avocat. Il sera galle – c’est-à-dire prêtre de Cybèle. On l’amène au temple où il découvre que tous les « prêtres » sont castrés – et que le même sort l’attend. Il s’y refuse tout d’abord, puis finit par accepter, à moitié drogué, au cours d’une nuit de folie et d’orgie... Il doit néanmoins continuer à se prostituer. Un jour, dans les jardins, il répond avec une vive insolence à un jeune homme particulièrement laid qui l’a abordé. Il découvre le lendemain que ce jeune homme le fait chercher partout : c’est Néron, qui s’est entiché de lui, de sa beauté, de son franc-parler, et qui en fait son favori. Il entre alors à la cour et participe à toutes les intrigues, tout en conservant sa gouaille et son insolence.
Ces mémoires apocryphes de Sporus — un personnage qui apparaît fugitivement dans le Satyricon — sont écrits dans une langue particulièrement alerte, crue sans jamais être vulgaire, truffée de dialogues comiques ou pathétiques, pleins d’humour et de tendresse. Le sexe occupe naturellement une place importante, sans que le texte tombe dans la pornographie ou la vulgarité.

Cristina Rodriguez, Moi, Sporus, prêtre et putain, Paris, Éditions Calmann-Lévy, 2001, 300 pages.

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Adventice, le nouvel éditeur gay et lesbien
Entrevue : Pierre Salducci

Avec plus de 22 000 produits référencés sur un seul site, dans des domaines aussi variés que le livre, les DVD, la déco, la mode, les rayons pour adultes, etc., Adventice constitue une des plus importantes vitrines de la culture gay et lesbienne dans Internet. Au regard de la diversité et de la taille de l'offre proposée, on peut définir Adventice comme le plus grand magasin en ligne de la culture gay et lesbienne. Et comme si ce n'était pas assez, Adventice a décidé de profiter de cette position de leader pour se lancer dans l'édition. Un pari audacieux mais aussi « naturel et légitime », sur lequel revient Maxime Foerster, responsable du secteur livre.

Comment et pourquoi s'est imposée l'idée de fonder une maison d'édition chez Adventice ?
Adventice s’est lancé dans l’édition en juin 2005 avec la publication du recueil de nouvelles Immersion Totale, fruit du concours d’écriture Talents lesbiens lancé début 2005 en partenariat avec le magazine lesbien La Dixième Muse. L'idée d'une activité d'édition germait depuis longtemps, nourrie par notre passion du livre et par notre désir d'ancrer Adventice plus profondément encore dans la culture gay et lesbienne, de prendre part à son essor. Et en tant que librairie homosexuelle de référence sur le Net, nous sommes bien placés pour constater les attentes d’un lectorat gay et lesbien, autant que pour promouvoir de nouveaux talents.

Vous venez de publier un premier roman gay, Tofino Beach de Jean-Christophe Dardenne, pourquoi ce choix plutôt que celui d'un auteur plus connu ?
La notoriété d'un auteur n'est pas notre critère premier. Nous étions déjà en contact professionnellement avec Jean-Christophe Dardenne qui tenait à l'époque une librairie à Toulouse. Nous savions qu'il écrivait, et nous avons demandé à lire son manuscrit. Nous avons été sensibles à la fraîcheur de sa prose, à ce subtil mélange d’humour et d’érotisme autour d’une question centrale mais paradoxale : celle de l’envie et de la peur d’aimer. Nous tenions notre premier roman gay !

Dans la mesure où Adventice souhaite continuer ses activités d’éditeur, quelle sera votre ligne éditoriale ?
Bien sûr que nous allons développer l'activité d'édition ! Nous avons volontairement commencé avec un ouvrage lesbien, suivi d'un roman gay, pour marquer notre mixité. Notre approche éditoriale est la même que pour la boutique : généraliste, nous ne refusons rien a priori. Qu'il s'agisse de roman, d'essai, ou de BD, qu'il s'agisse de littérature française ou étrangère, gay ou lesbienne, d'un auteur débutant ou confirmé, le seul pré requis, outre la nécessaire qualité de l'écriture, est la capacité de l'œuvre à émouvoir ou interpeller un public gay et lesbien.

Le fait qu’Adventice joue le rôle d’éditeur a-t-il été bien accueilli ? Quelles ont été les réactions quand le roman de Jean-Christophe Dardenne est sorti ?
Tofino Beach
est sorti en février 2006 et a fait l’objet d’une médiatisation inédite pour un roman avec plusieurs pleines pages dans dans la presse gay. Tofino Beach est actuellement deuxième meilleure vente derrière Brokeback Mountain dans les librairies gay, tout comme Immersion totale avait été meilleure vente lesbienne au moment de sa sortie. Les réactions des lecteurs sont excellentes et donc très encourageantes pour nous.
Le fait qu'Adventice soit devenu éditeur n'a suscité aucune réaction négative, ni de la part des libraires, ni de la part des éditeurs. Je crois que cette évolution est d'ailleurs la norme dans beaucoup d'autres pays, au Royaume Uni et en Allemagne notamment.

Comment voyez-vous le marché de l’édition gay et lesbienne francophone aujourd’hui : saturation ou expansion ?
Le marché de l'édition gay et lesbienne est un marché riche et sa taille est assez constante. Mais le potentiel de développement est réel, le marché a simplement besoin d'un plus grand professionnalisme, d'une montée en qualité des textes, d'une plus grande visibilité dans la distribution et dans la presse gay. Plusieurs éditeurs gay et lesbiens font déjà un excellent travail en ce sens, et Adventice tentera d'apporter également sa pierre à l'édifice.

Quels sont vos projets à court terme ?
Nous avons plusieurs titres en vue dont un projet qui présente une qualité inédite dans un contexte français mais je ne peux pas vous en dire plus pour l’instant… Bien sûr nous invitons tous les auteurs intéressés à tenter leur chance et à nous proposer leurs manuscrits.

Adventice.com : Maxime Foerster edition@adventice.com ou 0810 811 480.

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Boyfriend de Raj Rao
par
Pascal Éloy

Né à Bombay, Raj Rao a obtenu un doctorat de littérature avant de poursuivre ses études en Grande-Bretagne. Il a ensuite été écrivain en résidence dans l'Iowa. Il vit aujourd'hui, en Inde, entre Bombay et Pune, où il est professeur de littérature à l'université. Il est aussi l'auteur de poèmes, de nouvelles et d'essais. Lors de sa parution, le roman Boyfriend, en partie autobiographique, a connu un grand retentissement en Inde.

Yudi est un Brahmane, c’est-à-dire un membre de la classe supérieure indienne. Quadragénaire, il est pigiste pour plusieurs grands journaux de Bombay. Célibataire et homosexuel, il mène une vie plutôt agréable entre son métier et ses amours de hasard. Un jour, dans les toilettes d'une gare, il repère Milind, un jeune Intouchable dont il va, petit à petit, follement s’éprendre. Toutefois, Milind ne se considère pas comme homosexuel parce qu’il est sexuellement actif. De plus, il est très intéressé par l’argent qui lui permettrait d’échapper à sa condition d’extrême pauvreté... À la même époque, Yudi rencontre Gauri, une héritière riche et obstinée qui tombe amoureuse de lui au premier regard et n’aura de cesse de l’épouser...
Dans ce premier roman, l’auteur met en scène, de façon parfois crue, les relations épiques de ce trio. En effet, dans une société où la sexualité est toujours liée à la procréation et non au plaisir, l'homosexualité reste un délit malgré l’évolution des mœurs et le Kama soutra. On aurait pu s’attendre à découvrir la vie des homosexuels indiens à travers cet ouvrage et il aurait été intéressant de pouvoir la comparer à ce qui se passe dans nos pays, mais que l’auteur ait planté le décor de son histoire en Inde, plutôt qu’à Paris ou à New York ne change en fait pas grand-chose car l’homosexualité citadine que décrit Raj Rao ne diffère pratiquement pas de celle qu’on connaît dans les pays occidentaux.
Si on peut applaudir à la parution de ce roman homosexuel dans un pays aux héros traditionnellement macho et hétérosexistes, on regrettera donc que l’auteur n’ait pas plus insisté sur ce qui fait les caractéristiques de son pays afin de nous les faire partager et de nous aider à comprendre la difficulté propres à cette société comme par exemple être homosexuel et aimé quelqu’un d’une autre caste. De plus, en choisissant de raconter l’histoire d’un homme mûr qui tombe amoureux d’un jeune homme de la moitié de son âge, Raj Rao fait preuve d'un certain manque d'originalité car de très grands auteurs, tels Stefan Zweig ou Thomas Mann, ont déjà placé de telles relations au cœur de leur roman, et de façon tout à fait brillante.

Raj Rao, Boyfriend, traduit de l'anglais (Inde) par Gilles Morris-Dumoulin, Paris, éditions du Cherche midi, 2005, 226 pages, 17 €

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