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Été
2006 - Numéro 40 - 4e année ©
Au
sommaire de ce numéro :
Les
dix meilleurs titres gays : palmarès
de Pédro Torres
Ari
Behn passe à Tanger
par Pierre
Salducci
Essayiste,
écrivain et grand aventurier, Ari Mikael Behn est
né en 1972. Il a débuté sa carrière littéraire en 1999 en publiant un
recueil de quinze contes populaires mettant en scène des personnages de
différentes classes sociales. Puis, en 2002, il a signé avec son épouse, la
Princesse de Norvège Märtha Louise, un livre controversé sur leur mariage et
sur leur voyage de pèlerinage à la Cathédrale de Nidaros à Trondheim. Son
premier roman est sorti en 2003 et vient de paraître en français sous le titre
Les Hommes passent à Tanger.
Andy
est un jeune Norvégien dans la vingtaine qui s’est mis en tête de traverser
l’Europe et surtout le Sahara pour rejoindre sa fiancée qui travaille pour
une ONG au Burkina Faso. Le roman commence alors que notre voyageur est déjà
rendu à Madrid. Il descend du train accompagné d’une horde de supporters
britanniques venus assister à un match de foot. Il s’imagine alors pouvoir
passer le détroit de Gibraltar rapidement et descendre vers Marrakech pour
ensuite traverser le Sahara, rejoindre Tombouctou et de là Ouagadougou. Sur le
quai, il se fait aborder par Valderon, un Espagnol qui a repéré d'emblée le
jeune naïf et qui lui propose de devenir son guide en Afrique. Mais ce qu’Andy
ne sait pas, et qu’il ne va pas tarder à découvrir, c’est que ses longues
boucles blondes et son allure gracile vont faire de lui un véritable objet de
convoitise à peine aura-t-il posé le pied au Maroc. Le voici rapidement
entouré d’une nuée de profiteurs de tout acabit qui en veulent beaucoup plus
à son corps qu’à sa conversation. Bloqué à Tanger où il rencontre le
célèbre Paul Bowles, incapable de refuser les soirées auxquelles il
est convié, Andy finira-t-il par rejoindre indemne sa fiancée ?
Les Hommes passent à Tanger a été présenté comme un récit de voyage
picaresque sur fond de tourisme sexuel. C’est beaucoup dire pour une histoire
qui ne décolle jamais vraiment et dont le seul intérêt réside dans le
dépaysement et les peintures de la vie underground tangéroise. L’auteur
essaie visiblement d’introduire une ambiguïté sur la sexualité de son
personnage principal, à savoir est-ce un gay qui s’ignore ou pas, et
finira-t-il par se révéler à force de fréquenter toute une cour d’homosexuels
empressés ? Autant de questions qui ne sont jamais véritablement posées
et qui trouvent encore moins de réponse ce qui fait de cette longue aventure un
récit plutôt décevant à la longue et qui tourne court assez rapidement.
Ari
Behn, Les Hommes passent à Tanger, traduit du norvégien par
Céline Romand-Monnier, Actes Sud, Arles, 2006, 304 pages, 21,80 €.
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Les
hommes au triangle rose de Heinz Heger
par
Pascal Éloy
Parce
qu'il est homosexuel, Heinz Heger est arrêté par
la gestapo le 12 mars 1939. Emprisonné, il est déporté au camp de
Sachsenhausen. Là, il est considéré par les nazis, mais aussi par les autres
déportés, comme un moins que rien, une quantité négligeable dont la vie ne
compte pas. Et pourtant, il va apprendre à se servir de sa jeunesse et son
charme pour survivre. Des années plus tard, il raconte le sort effroyable réservé
aux « hommes au triangle rose ». Mais son discours, loin du politiquement
correct — en particulier sur la sexualité dans les camps —, choque et dérange
encore dans les sociétés d’après-guerre. Réédition d'un récit
autobiographique à découvrir absolument.
Accompagné
d'une préface de Jean Le Bitoux, qui permet d’appréhender les enjeux
et le contexte de ce tragique épisode de l'histoire de l'Occident, ce
témoignage est un document exceptionnel parce qu’il existe peu de documents
sur les traitements subis par les homosexuels dans les camps de concentration.
De
plus, il ne faut pas oublier que les survivants homosexuels n’ont que rarement
été reconnus comme des victimes de la barbarie nazie dans leur propre pays, à
l'inverse de toutes les autres victime du nazisme. En effet, l’homosexualité
étant illégale avant, pendant et après la guerre, le souvenir de la perte de
ces hommes et de ces femmes et la reconnaissance de leur martyre ne présente
aucun intérêt pour la plupart des gouvernements. Ne
serait-ce qu'à ce titre, le livre de Heinz Heger peut être considéré
comme une oeuvre majeure, d’autant plus poignante qu’elle est écrite avec
des mots simples, forts et concis qui vont droit aux tripes et au coeur. C’est
pourquoi, on ne peut ressortir indemne de la lecture de ce livre. Mais c’est
aussi pour cette raison qu’il faut le lire afin de ne jamais oublier... C’est
un devoir de mémoire ! À noter qu'on peut lire également sur le sujet
l'excellent livre de Pierre Seel : Moi, Pierre Seel, déporté
homosexuel et consulter les sites : Triangles
Roses et Les
Oubliés de la mémoire.
Heinz
Heger,
Les Hommes au triangle rose,
éditions H&O, Béziers, 2005, 192 pages, 6,90 €.
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Rencontre
avec Abdellah Taïa (2e
partie)
par Laure Naimski
(Source : fluctuat.net)
Abdellah Taïa
me
reçoit dans son studio de Belleville autour d’un thé. Il parle de ses envies
d’écriture, de son rêve de cinéma et de son admiration pour Jean
Genet. Simplement, il évoque son Maroc, l’initiation sexuelle, l’homosexualité,
l’islam, et enfin, la découverte de Paris. Il raconte un quotidien où l’imaginaire
religieux vient se mêler aux désirs du corps, puis la prise de conscience du
chemin à parcourir pour devenir soi.
Il
y a une initiation sexuelle entre garçons ?
Ah oui ! Absolument. Moi-même, j’ai eu une sexualité enfantine. Il y a
une initiation entre enfants et avec des hommes entre 20 et 30 ans. Ça se
passait de façon très naturelle. Je n’ai jamais été choqué. Jamais.
Je pense que je ne suis pas le seul. Et je tiens à le dire, par rapport à ce
qui se passe aujourd’hui en Europe, par rapport à la pédophilie notamment.
Je trouve qu’il y a beaucoup d’amalgames et que malheureusement, on tombe
dans un certain moralisme qui nuit beaucoup aux racines grecques et romaines de
la culture occidentale. D’un côté on donne une certaine liberté, plus ou
moins, à l’homosexualité et en même temps, on est en train de s’enfermer
dans un certain politiquement correct que je trouve infernal.
On reproche à l’Amérique certaines choses, mais en même temps, on se rend
compte que l’Europe vit la même chose. Je trouve ça très malheureux.
Vous avez pu vivre votre homosexualité au Maroc ?
Oui, mais je ne l’ai pas vécue dans le sens européen. Pas dans une
reconnaissance. Ma mère ne le savait pas. On ne peut pas dire les choses, on se
sent enfermé, bloqué, étouffé. Mais parallèlement à ce non-dit, je pouvais
vivre tout ce que je voulais. Ça n’empêche pas que j’avais des angoisses,
des conflits, des accès de pessimisme, mais qui n’étaient pas liés à la
sexualité ou à l’homosexualité. J’ai vécu mon homosexualité au Maroc,
pas d’un point de vue occidental. Pas comme un Occidental la vivrait. Ce n’est
pas du tout la même chose. Je ne suis pas en train d’idéaliser la société
marocaine. Je dis juste comment moi j’ai vécu les choses. Et d’ailleurs,
quand on essaye de transposer, c’est là que le malentendu apparaît. De même
pour le lesbianisme. Je suis sûr qu’il y a beaucoup de choses au Maroc qui ne
sont pas encore dites. Mais j’ai vu au Maroc des choses qui se passent entre
femmes. Ne serait-ce que pour mes sœurs. C’est indéniable. Tout ce que je
sais, c’est qu’il y a une homosexualité claire et nette dans la société
marocaine. Il n’y a pas de doute sur ça.
Comment vivez-vous cette homosexualité à Paris ?
Je ne sais pas quoi répondre à ça. J’ai des amis, des amours. Je ne me
reconnais pas forcément dans les homosexuels d’ici, mais j’ai beaucoup d’amis
homosexuels. Ça m’arrive de voir des films gays idiots. A la fois je suis
curieux de cette culture-là et, d’un autre côté, je n’y participe pas. Je
ne vais ni dans les boîtes ni dans les bars. Mais, je n’ai rien contre. Sauf
que ce n’est pas fait pour moi, c’est tout. Au début, la vie à Paris, ça
n’a pas été évident. Les petits boulots, la fatigue, la déprime aussi et
la découverte, non pas de la dépression, mais qu’on peut tomber dans la
dépression ici. Paris n’est pas une ville qui vous soutient. Quand vous
tombez, elle vous enfonce. Ça c’est terrible. Mais en même temps, le fait d’avoir
côtoyé tout ça vous apprend à le dépasser et à survivre. Devenir un
individu, ça veut dire être seul, s’accepter et assumer tout seul, ce n’est
pas quelque chose d’évident. Vraiment, même pour quelqu’un comme moi qui a
lu, qui a un bagage intellectuel... Je dirais même que c’est un traumatisme.
Pour devenir un individu, ici, à Paris, ça n’a pas été facile. Par
exemple, Le Caire, qui est un endroit que j’adore, c’est une ville qui vous
soutient. Vous ne pouvez pas tomber. Les gens dans la rue, le mouvement de la
ville, l’atmosphère, le regard des gens vous portent. Il n’y a pas d’indifférence.
Paris est une ville où il y a beaucoup de choses qui se passent mais où l’on
ne vous fait pas de cadeaux. Il faut batailler. Mais, c’est une ville où vous
pouvez tenter votre chance. C’est le mythe de Paris.
Aujourd’hui,
quelle place occupent la littérature et le cinéma dans votre vie ?
Le cinéma prime plus que la littérature. J’ai des idées de scénarii.
Mais, quand j’ai compris que ma famille n’avait pas d’argent, que je ne
connaissais personne à Paris, que même pour obtenir le visa pour aller en
France ça allait être comme escalader l’Everest, quelque chose en moi s’est
apaisé qui m’a appris non pas à renoncer, mais à retarder certaines choses.
En ce moment, j’écris des textes où le « je » et la fiction
interviennent. Ce que je lis après n’est plus moi, ça devient autre chose.
Là encore, c’est la leçon de Proust. À partir du moment où l’on manipule
les mots, où l’on joue sur le ton, la chronologie, les épisodes, les
couleurs, il y a quelque chose de nouveau qui émerge et qui me surprend, moi le
premier. J’ai un projet d’écrire sur le plus grand amour de Jean Genet,
Abdallah le funambule qui s’est suicidé quand Genet l’a délaissé.
J’adore Jean Genet, c’est un des plus grands écrivains du XXe
siècle. Et quelque part, c’est un écrivain marocain. Il est
également cinéaste. Il a fait un des plus beaux films qui soit dans l’histoire
du cinéma, Un chant d’amour. C’est un film muet, qui revient aux
origines même du cinéma. Un film vraiment extraordinaire. Je serais volontiers
un fils de Jean Genet.
1ère
partie de l'entrevue : Numéro 39, juin
2006.
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David
Storm veut juste essayer
par
Pascal Éloy
David
Storm interroge la sexualité homosexuelle sans
retenue. Son roman Juste pour essayer met en scène
le thème de l'infidélité chez les gays et dénonce les habitudes du couple
qui gangrènent les individus.
David,
en couple avec Loïc depuis cinq ans, ne supporte plus d’être délaissé,
sexuellement, par son mari qui ne pense qu’à l’aménagement de la maison qu’il
s’est acheté, à deux heures de Lyon. Chaque jour, durant le trajet qui le
mène au travail à Lyon, David ne fait que penser à ses besoins affectifs et
sexuels non satisfaits. Un jour, il décide de s’inscrire sur des réseaux
téléphoniques de drague. Il y fait de surprenantes rencontres, qui alimentent
son désir, mais également exacerbent certaines de ses frustrations.
Le roman de David Storm relate les pulsions sexuelles de David, avec de
nombreux détails crus et impudiques, et catalogue les mensonges ou les
subterfuges que ce dernier utilise pour tromper son conjoint. Le livre évoque
également l’absence de motivation et d’attrait que l’habitude peut faire
naître entre les membres d’un couple, quelle que soit la sexualité dudit
couple.
Juste pour essayer a probablement été écrit afin d’identifier et d’exprimer
des besoins et des frustrations sexuelles. Mais, à part l’excitation qu’elle
pourrait éventuellement engendrer le soir au lit, cette histoire demeure dans
le domaine du descriptif, sans chercher les raisons et les causes des problèmes
abordés. On peut s’interroger sur l’intérêt d’un livre qui, finalement,
n’apporte rien... À noter aussi des coquilles qui perturbent la lecture...
David
Storm, Juste pour essayer,
roman, Paris, Éditions
Publibook,
154 pages, 18 €.
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Retour
de flamme pour Axelle Mallet
Source
: Lezzone
Chansons,
photos, courts-métrages, Axelle Mallet a déjà
exploré de nombreux modes d'expression. Avec Retour de
flamme, son premier roman, elle poursuit sa découverte en se jouant des
images et des mots. Un livre magnifique, à lire absolument qu'on soit homo ou
hétéro.
Pour
Tina, tout était bien programmé : d'abord une situation professionnelle,
et accessoirement, une vie sentimentale. Ce qui n'était pas prévu, c'est sa
rencontre avec Alexandra et leur immédiate attirance. Devant l'inattendu de ses
sentiments, Tina ne sait comment réagir. Entre le besoin d'afficher son bonheur
naissant et celui de ne pas décevoir son entourage, elle est partagée.
Aura-t-elle le courage d'affronter le regard des autres ? Vient alors
l'heure de la remise en question. Comment une femme hétéro, touchée par
l'amour foudroyant dans un bar, peut-elle déterminer sa vie future ?
Prendre la décision de braver les tabous de la société en déclarant cet
amour ? Fuira-t-elle devant cette décision au risque de nier cet amour qui
la brûle ? Ou bien aura-t-elle le courage d'affronter le regard des autres
et d'affirmer la force de son amour ?
Un roman lesbien qui décrit à la perfection la simplicité de l'amour avec
grand A confronté à la réalité de la société et de l'éducation reçue.
Doublée de remise en question de la part d'une des héroïnes qui rappellera
certainement des souvenirs à plus d'une lectrice... Que du bonheur... Que dire
de plus ? C'est un livre qui se dévore en quelques heures. On est pressé
de connaître la fin de l'histoire ! C’est captivant et tellement
réaliste ! Le style est très agréable. L’ouvrage ne manque pas
d'humour et surtout de profondeur, de justesse et tout ce qu'il faut pour nous
évader. C'est un livre touchant, très juste, et qui nous confronte à
certaines réalités contemporaines qui ne devraient plus exister dans une
société moderne ! Pour un premier roman, c'est une véritable réussite.
Axelle
Mallet, Retour de flamme, roman,
KTM Editions, 2003, 216 pages, 15
€.
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Queer
comme Marie-Hélène Bourcier
par Pierre Salducci (Sources : gayways)
Publié
pour la première fois en 1999, Q comme Queer était
devenu introuvable depuis longtemps. De facture originale et fort d’un contenu
percutant, l’ouvrage avait connu le succès dès sa parution, ce qui en fait
un titre culte. Par bonheur, ce cahier des Gay Kitsch Camp qui s’est imposé
rapidement comme une référence vient enfin d’être réédité. Une
alternative aux savoirs et pouvoirs en place par une approche différente des
genres et des sexes. Un manifeste de l’association le Zoo.
Le
mouvement Queer conteste le construction sociale dominante. La base du discours
n'est plus l'identité unique, qu'elle soit gaie ou lesbienne, mais la
diversité par rapport à la question du genre et du sexe. Le mouvement Queer s’oppose
au mouvement réformiste / assimilationniste, mais son impact est surtout
culturel et intellectuel. Sur
le plan théorique, le Queer s'attaque à toute formes de représentations
dominantes : qu'il s'agisse de celles des hommes, des femme, des gays, des
lesbienne, des bisexuels. L'idée est de déconstruire les représentations et
les catégories, de transgresser les images, de s'intéresser aux marges, aux
différences, d'interroger les images, l'art, la mode, l'expression artistique
ou cinématographique.
Du
point de vue académique, l'impact Queer est important, rejoint le courant
post-moderniste. Les courants philosophiques rattachés au Queer réfèrent à Foucault,
Dérida, Gilles Deleuze. Le Queering est une théorie du pouvoir,
de la réaction / relation au pouvoir. De nombreuses femmes au niveau
académique et universitaire travaillent sur la question queer.
Le Queer, c'est aussi la guerre des images. Il existe un cinéma Queer, des
vidéo et des films produits par les militants de la lutte contre le sida. C'est
aussi à ce titre que l'association ZOO a défendu le film Baise-moi,
lors de sa censure.
Q Comme Queer est publié par l'association ZOO, à partir de ses
séminaires de recherche (1996-1997), dirigés par Marie-Hélène Bourcier.
Le Zoo est une association dont le but est de développer des réflexions et des
contre-discours sur les sexualités et les genres. Une très bonne lecture des
débats, interrogations et travaux autour du queer. La direction de Marie-Hélène
Bourcier permet d'appréhender les problématiques dans le cadre de
présentations orales qui donnent un accès particulièrement facile aux textes.
En plein cœur d’un sommaire déjà riche et copieux, ne surtout pas manquer l’extraordinaire
lecture de l’oeuvre de Jean-Jacques Demy, vu par Philippe Colomb
dans son article L’étrange Demy-monde. Indispensable pour cerner les
questions que le queer peut soulever et à se procurer d’urgence avant qu’il
ne soit de nouveau épuisé.
Marie-Hélène
Bourcier (direction),
Q
comme Queer,
Cahier
GKC n° 42, Lille,
1999, réédition 2006, 128 p., 12,96 €.
Andrea
Bergamini ou l'édition
gay en Italie
par
Martyn Zadeka
En
Italie, la plupart de grands éditeurs (Mondadori, Rizzoli, Adelphi, Fazi)
publient des textes homosexuels, romans, essais, recueils de nouvelles. Mais il
existe aussi des éditeurs exclusivement gays et lesbiens. Nous en avons
rencontré deux, Andrea Bergamini, de Playground,
et Alessandra Bonato, de Zoe Edizioni, pour en
apprendre un peu plus sur la situation de la littérature lgbt en Italie. Voici
pour commencer le point de vue de l’éditeur Andrea
Bergamini des éditions Playground.
-
La maison d’édition Playground a commencé son activité en
2004 : beaucoup de romans américains, des auteurs comme Denis Cooper,
Harvey, mais aussi le marocain
Rachid O., le français Hervé
Guibert ainsi qu’une collection, un peu ironique, consacrée aux romans
hétéros, et qui s´appelle « riserva indiana » c´est-à-dire
littéralement « réserve indienne ».
Quant à Andrea Bergamini, l’éditeur de cette maison, il est aussi
écrivain. En
seulement quelques années, Andrea Bergamini a proposé au public italien
d’importants écrivains de la littérature lgbt contemporaine et, bien qu´il
s´agisse d´une maison d’édition gay, on en a beaucoup parlé en Italie.
Peut-on dès lors abolir ces deux clichés, qui prétendent qu´en Italie on lit
peu et mal, et que la culture homosexuelle n´y a pas beaucoup de place ?
Andrea
Bergamini : En Italie, comme dans le monde entier, on lit beaucoup de
livres, surtout des romans, avec des protagonistes homosexuels. Je ne sais pas
si cette énorme quantité de livres est l’expression ou non d´une culture
lgbt. J´en doute fortement. Je pense plutôt qu’on reflète la fonction
classique de la littérature qui est de raconter des histoires, dans leur
variété et leur complexité. Les livres Playground ont du succès et ne sont
pas appréciés uniquement par un public homosexuel, car ce sont des livres de
qualité, dont l’objectif n’est pas de représenter une identité gay, mais
de raconter des expériences de personnages homosexuels, tous très différents
les uns des autres. Déjà de par son nom, Playground est un lieu de rencontre
et de confrontation, mais nous n´avons pas de thèse établie.
- À première vue, en regardant votre catalogue, je ne vois presque aucun
auteur italien... Pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?
Andrea Bergamini : Je crois qu´il s´agit d´une raison
statistique. L´Italie est un pays de 55 millions d´habitants, les États-Unis
de plus de 300 millions. Peut-être est-ce une explication banale, et un peu
prosaïque... mais sensée.
-
Vous avez écrit un livre qui s´intitule Amori grandi per grandi uomini
(Amours grands pour grands hommes) édité en Italie par Enola. Ce recueil
d´histoires d´amour entre hommes célèbres commence avec le coup de revolver
entre Rimbaud et Verlaine. Dans le passé, vous vous êtes
intéressé à l´oeuvre de Raymond Aron, sur lequel vous avez écrit un
essai. Avez-vous une relation particulière avec la culture française ?
Vous vous sentez très près des auteurs de ce pays ?
Andrea Bergamini : Je connais l´histoire et la littérature de
France, qui est un pays voisin, donc j’ai un rapport naturel avec sa culture.
Je me sens proche d’auteurs qui ont des profils un peu atypiques. Ceux qui
restent aujourd´hui des références pour moi sont Raymond Aron, un
sociologue et théoricien de la politique d´inspiration anglo-saxone et François
Truffaut, un cinéaste qui a réhabilité le cinéma commercial
hollywoodien, se moquant des débats snobs parisiens, dans des temps où ce
n´était pas si simple. Quant aux auteurs homosexuels de langue française, je
peux dire que j’ai bien aimé L´Oeuvre au Noir de Yourcenar et
les livres d´Hervé Guibert. Dans La Recherche de Proust,
je trouve encore des pages de grande inspiration pour moi. Et je pourrais en
nommer beaucoup d´autres....
- Rachid O. et Hervé Guibert ont été publiés par Playground.
Est-ce que vous avez le projet de publier d’autres auteurs francophones
contemporains ?
Andrea Bergamini : En septembre, nous publierons La Douceur
de Christophe Honoré, un très beau roman sur l´amour fou entre deux
ados. Christophe Honoré est un jeune et prometteur réalisateur de
cinéma qui a commencé en écrivant de livres pour enfants.
|
Pauvre Italie :
Par respect pour l’information,
nous publions l’entrevue accordée par Andrea Bergamini à notre
journaliste Martyn Zadeka, mais La Référence se dissocie
complètement du point de vue de cet éditeur qui dit douter que « cette
énorme quantité de livres [soit] l’expression […] d´une culture
lgbt. » (et
ce serait quoi alors exactement ?) et
également quand monsieur Bergamini se montre convaincu de vendre
ses livres autant à un public hétéro que gay, et que seule la qualité
de l’ouvrage importe. Ça, c’est vraiment du prosélytisme, un
discours de progagande pur et dur, du rêve en couleurs, mais ça ne
correspond pas du tout à la réalité. En tant que professionnel de l’édition,
je n’ai jamais connu d’exemple, dans aucun pays, où le fait de mettre
en scène des personnages homosexuels n’ait pas eu d’impact négatif
sur les ventes (À l’exception des
comédies satiriques sur l’homosexualité mais je ne pense pas que ce
soit ce dont on parle ici).
Et prétendre aussi que s’il n’y a pas d’auteurs gays italiens, c’est
parce que le pays est petit, est tout à fait de mauvaise foi, c’est se
fermer les yeux sur le fait que l’homophobie est si forte en Italie et
que la communauté gay est si désorganisée, qu’il y est très
difficile de se faire reconnaître et accepter en tant qu’auteur gay.
Rappelons qu’au Québec qui compte à peine six millions d’habitants
francophones, il existe une littérature gaie et lesbienne immensément
plus développée que celle de l’Italie. Le nombre d’habitants dans le
pays n’a rien à voir avec la production culturelle gay dudit pays, c’est
plutôt une question d’évolution des mentalités, de liberté de
création et de l'état
d'avancée de la société.
Pour finir, on ne peut que rester stupéfait en constatant qu’un
éditeur de littérature gay soi disant contemporaine ne cite aucun
des grands auteurs gais francophones du moment et
n’ait d’autres références que des auteurs d’un autre temps. Pierre
Salducci, rédacteur en chef
|
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Michel
Bellin : portrait et aphorismes
par
Pierre Salducci
« Deviens
qui tu es », telle pourrait être la devise de Michel
Bellin. Son parcours est en effet singulier : prêtre
contestataire, il laisse tomber la foi, se marie, a quatre enfants…
affirme à 50 ans une homosexualité décomplexée qu’il revendique
tranquillement tout en confessant désormais un athéisme farouche. Romancier
et dramaturge, Michel Bellin passe pour être un
auteur grave. Il a pourtant écrit des nouvelles érotiques fort
réjouissantes ! Il publie un recueil d'aphorismes illustré dans lequel
il vise cette fois un « compromis minimaliste ». Bellin
réussit en tout cas le tour de force d’en dévoiler autant, en si peu de
mots, sur lui-même, son étonnant parcours et sa vision décapante des
« choses de la vie ».
Après
avoir exercé plusieurs métiers (encadreur et doreur sur bois, assistant
maternel, musicothérapeute…), Michel Bellin opte définitivement pour
la littérature en 2000 et s’installe en Île-de-France. Son écriture colle
au plus près de son histoire et il se reconnaît dans le mot de Jouhandeau « Pour
une larme versée sur le Dieu que je perds, mille éclats de rire au fond de moi
fêtent la divinité qui m’accueille partout. »
En 1996, il coédite J. l’apostat (Editions Golias), un essai
autobiographique postfacé par Jacques Gaillot, l’enfant terrible de l’épiscopat
français. Six ans
plus tard, Bellin surprend en publiant coup sur coup deux recueils de
nouvelles érotiques Communions privées et Charme et splendeur des
plantes d’intérieur. L’auteur tente de renouveler le genre par une
fantaisie débridée et la virtuosité du style. Réédités tous deux la même
année, ces recueils du « farfadet
de l’érotisme gay »
connaissent un franc succès. En novembre 2002, Michel Bellin obtient le
Prix VEDRARIAS de la Nouvelle décerné par la ville de Verrières-le-Buisson
pour L’Envol, texte publié peu après aux éditions H&O dans un
ouvrage collectif Le Premier Festin. Nouvelle surprise fin 2003 :
publication d’une œuvre grave et émouvante, Le Messager (toujours aux
éditions H&O), l’histoire d’une rencontre décisive entre le vieux
Julius et le sémillant Raphaël. « Un
premier roman au parfum de Mort à Venise »,
écrit Marc Le Quillec dans le magazine français Têtu.
Se tournant résolument vers l’écriture théâtrale, Michel Bellin
espère faire jouer sans délai son adaptation du Messager (co-adapté à
la scène par le comédien Denis Daniel). Parution du livre en septembre 2005
sous le titre Raphaël ou le dernier été (Éditions ALNA) tandis qu’une
autre de ses pièces Le Duo des ténèbres, après avoir été donnée en
lecture au Théâtre de la Huchette et à l’aire Falguière à Paris, a été
publiée en avril 2005 par les Éditions ALNA. Il vient de publier Don
Quichotte de Montclairgeau, « chronique
d’une mélancolie »
qui clôt sa trilogie théâtrale publiée par ALNA.
Son nouveau livre, l’ébouriffant Vous reprendrez bien un p’tit
aphoricube ?, présente 142 aphorismes illustrés par le jeune
dessinateur Romain Boussard. Depuis A comme Âme jusqu'à Z comme Zizi,
en passant par Chat, Fnac, Jésus, Nombril, Shoah, Tsunami, TGV. ou l'art du
savoir-survivre en 142 recettes express. Nos deux maîtres queux nous livrent
ici leur credo (provisoire) à la fois simple et efficace : le contraire de
croire, c'est savoir. Le contraire de prier, c'est rire. Le contraire de mourir,
c'est jouir ! Le contraire du contraire etc. Des saveurs subtilement corsées à
déguster en privé ou entre ami(e)s.
Âgé de 23 ans, Romain Boussard est étudiant aux Beaux-Arts à Angers.
Passionné par l'art sous toutes ses formes, ce faux mégalo, un brin fainéant,
s'éclate et s'évade sur la p(l)age. Pour cette série d'aphoricubes qu'il a
lui-même sélectionnés, il a eu carte blanche. Romain Boussard a été
primé au Festival de bande dessinée de Chalonnes sur Loire et développe
actuellement son travail en dessin de presse.
Afin de conserver un maximum de liberté dans l'écriture mais aussi dans
l'illustration, Michel Bellin a choisi l'auto édition pour ce livre.
C'est pourquoi un site internet est entièrement dédié à ce projet. À
visiter absolument. Le
prochain ouvrage de Michel Bellin sera consacré à l’homosexualité et
au christianisme (Impotens Deus, de l’angélisme chrétien à l’homophobie
vaticane).
Michel
Bellin,
Vous
reprendrez bien un p’tit aphoricube ?,
éditions Gap, Paris, 58 pages, 12 €.
Site
Internet : http://aphoricubes.free.fr
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