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Juillet
2006 - Numéro 41 - 4e année ©
Au
sommaire de ce numéro :
Les
dix meilleurs titres gays : palmarès
de Olivier Delorme
Poussière
d'homme de David Lelait
par
Jean-Sébastien Vallée
Mercredi
3 ami 2006, le jeune auteur français de 34 ans David
Lelait était de passage à Montréal à la librairie Serge et
Réal pour promouvoir Poussière d’homme, son
tout récent livre. La Référence l’a rencontré.
Après
de nombreuses biographies, dont celles de Maria Callas, d’Édith Piaf, d’Évita,
de Romy Schneider et de Dalida, David Lelait propose un récit, une
véritable lettre d’amour en hommage à son copain disparu.
Commencé dans un train en direction de la Bretagne, alors que l’auteur
ramenait l’urne qui contenait les cendres de son amoureux décédé, Poussière
d’homme raconte l’histoire de deux hommes unis par l’amour, puis
séparés par le cancer. Le 8 avril 2005, quelques jours à peine après la mort
de son copain (on ne connaît pas son prénom exact, mais on sait qu’il se
compose de trois lettres), David Lelait entreprend l’écriture de ce
récit. « Quand j’ai commencé à écrire le livre, je pensais que ça
allait être mon livre de mort. Je m’étais dit, je vais tout écrire, une
fois que tout sera écrit, je pourrai partir. Je serai soulagé, j’aurai
livré quelque chose de notre histoire et de la beauté de cette histoire. J’avais
vraiment des pensées morbides », avoue-t-il. Que s’est-il
passé par la suite ? L’auteur dit que « finalement,
au moment où le livre a vu le jour, je me suis rendu compte que ce n’était
pas du tout mon livre de mort, mais plutôt mon livre de résurrection ».
Si près du deuil, pourquoi n’a-t-il pas attendu que la souffrance s’amenuise
pour se lancer dans l’écriture ? « Ça
ne pouvait pas se faire plus tard… j’avais besoin de le faire au fur et à
mesure en live. Et puis, surtout, la douleur est une espèce de bestiole en
constante métamorphose. Il ne fallait pas que je loupe une seule facette de
cette grosse bébête qu’est la douleur. Il fallait que je la suive, et le 8
avril elle est différente de ce qu’elle sera le 31 mai, ou au mois d’août
ou au mois d’octobre. C’est un être en mutation, la douleur ! »
En plus de parler d’absence, de deuil et d’accompagnement, l’histoire d’amour
entre ces deux hommes, sensible et bouleversante, célèbre la vie et la
beauté. On serait tenté de croire que l’écriture d’un tel livre a été
extrêmement douloureuse, car l’auteur devait sans cesse se remémorer les
moindres détails de la vie passée auprès de l’autre. Pourtant, David
Lelait affirme que, même si la souffrance était présente, il ressentait
une joie immense chaque fois qu’il se mettait à écrire, une communion très
forte : « La
douceur du souvenir était plus forte que la douleur de l’absence à ce
moment-là ».
L’auteur voulait que son récit soit universel, « que
le livre soit ouvert sur les autres et pas centré sur moi-même »,
indique-t-il, et de fait, ce livre n’est pas du tout un témoignage
narcissique. De par ses thèmes, c'est une histoire touche un large public,
notamment ceux et celles qui auraient perdu un être cher.
Avec son écriture simple et efficace, David Lelait impressionne. Il a
même créé le néologisme « usine-des-vies-fragile »
pour parler de l’hôpital. Dynamique, les yeux brillants de passion, il semble
poussé par un désir de création. Il compte bien publier éventuellement d’autres
biographies, dont une sur une reine d’Égypte.
Quel est son plus grand rêve ? « Écrire
une histoire qui puisse plaire à tout le monde et à la fois faire rire,
pleurer, qui émeuve dans le meilleur sens comme dans le pire, que ça puisse
transmettre des tas d’émotions… réunir le plus de monde possible autour de
mes mots. » Et il se pourrait bien qu’avec Poussière d’homme, David
Lelait ait déjà réalisé son rêve !
David
Lelait,
Poussière d'homme,
éditions Anne Carrière, Paris, 2006, 162 pages, 24,95$, 15 €.
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Le
Cher Émile d'Éric Simard
par Pierre
Salducci
Éric
Simard est québécois. Libraire depuis plus de 15 ans, il a déjà
travaillé pour une compagnie de disque, une maison d’édition, une compagnie
théâtrale et a signé diverses chroniques littéraires à la télévision de
Radio-Canada et pour TVA. Il a également été scénariste pour la populaire
émission jeunesse Macaroni tout garni et a collaboré à deux reprises
à la revue Moebius. On peut l’entendre sur les ondes de CKRL à
Québec, où il anime l’émission littéraire Encrage, et le lire
régulièrement dans le journal Le Libraire. Éric
Simard a publié un premier roman Martel en tête aux
Intouchables en 1998. Il nous revient aujourd’hui avec Cher
Émile, une œuvre intimiste sous forme de roman épistolaire.
Cher
Émile prend le temps à rebours et commence par la fin, alors que l’auteur
des lettres va mieux et c’est bon de le savoir sauvé, parce qu’avant, il y
a l’abîme, une infernale dépression de plusieurs années sur laquelle Éric
Simard revient grâce à une série de lettres. C’est ainsi que très
vite, le livre remonte cinq ans plus tôt. À cette époque, notre héros vient
de quitte son amoureux du moment, le fameux Émile auquel sont adressées toutes
les lettres, après une longue relation. Mais l’amour n’était plus au
rendez-vous, ou du moins, avait-il été gâché par les crises et les
maladresses. Éric Simard passe au scalpel les raisons de cet échec, le
sentiment d’abandon, le rejet. Il analyse le manque d’estime de soi, la
volonté de tout accepter pour espérer se faire aimer, la perte de l’identité.
Et le bilan est effroyablement désespéré. C’est sans doute l’occasion des
pages les plus noires du récit, alors que l’on doute que tout espoir puisse
un jour être de nouveau permis.
Dans la seconde partie du roman, l’auteur s’attarde sur deux relations qu’il
a entreprises quasiment coup sur coup après sa rupture avec Émile. Là encore,
il lui raconte tout. Comment il a cru se sauver dans des bras nouveaux, comment
ces deux histoires se ressemblaient en bien des points, comme une spirale
pathologique et aveugle, et comment il a fini par se perdre encore plus au lieu
de remonter la pente. Éric Simard nous livre ici une analyse
méticuleuse du sentiment amoureux associé à la torture morale et à l’acceptation
de l’inacceptable. Et puis voilà, que le soleil se lève à nouveau sur la
vie. L’auteur finit par s’en sortir et suit un lent parcours vers la
lumière.
Cher Émile est un roman inégal, au style simple et dépouillé, avec de
très beaux passages et des observations finement exposées, mais aussi une
vision particulièrement négative de l’homosexualité qui tient de l’acharnement.
En effet, l’auteur est persuadé que son homosexualité le fait souffrir, qu’elle
est la cause principale de tous ses échecs. qu’elle est un obstacle à son
développement, qu’il aurait été plus heureux s’il n’avait pas été
gay, etc. Les gars qu’il rencontre ne s’assument pas plus que lui et ne sont
guère plus doués pour le bonheur. C’est un désastre général. Au final, Cher
Émile brosse un portrait vraiment très sombre et inquiétant de l’impossibilité
à aimer et à trouver l’amour chez certains gays de la nouvelle génération.
Un constat douloureux et qui surprend en cette époque d’acceptation
générale et de progrès, surtout au Québec.
Éric
Simard,
Cher Émile,
éditions du Septentrion, collection Hamac, Québec, 2006, 130 pages, 17,95$.
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Alcibiade
à l'école selon Rocco Antonio
par
Dans
l’antiquité grecque, Alcibiade, jeune éphèbe à la beauté lumineuse, est
confié aux soins du pédagogue Philotime. Rapidement, un dialogue s’installe
afin de convaincre Alcibiade de céder aux avances de Philotime. Écrit par
Antonio Rocco, ce livre est considéré comme un joyau de la littérature
érotique et comme l’un des chef-d’œuvres de la prose libertine italienne
du XVIIe siècle, longtemps caché car condamné à plusieurs
reprises par les censeurs.
Dialogue
très platonicien dans la forme et le fonds, et qui n’est pas sans rappeler
parfois Le Banquet, ce livre est une apologie drôle et raffinée de la
pédérastie entendue dans le sens de la relation intellectuelle, spirituelle et
charnelle entre un enseignant, un mentor, et son élève pré-pubère ou à
peine pubère. Rapidement, malgré la différence d’âge, on constate qu’il
existe une égalité entre les deux partenaires tant ils s’amusent à jouer de
la manière d’aborder leur sujet avec perspicacité, drôlerie et mauvaise foi…
Selon,
le Québécois Louis Godbout, qui a annoté et présente cette édition
critique, Alcibiade enfant à l’école est certes une apologie de la
pédérastie mais aussi une vision « provocatrice, bouffonne ou
carnavalesque ». À ce sujet, Louis Godbout rappelle que dans la
Grèce antique où Rocco a situé la scène de son dialogue, tout comme
dans l’Italie de la Renaissance et, plus tardivement, dans la Venise du début
du XVIIe, l’homosexualité ne se concevait presque exclusivement
que sur le modèle pédérastique, entre un homme mûr et un adolescent ou jeune
homme pubère. « Quand on parle de l’homosexualité de Léonard de Vinci
ou de Michel-Ange, il faut savoir que leurs amants Salaï et Tommaso Cavalieri n’étaient
pas des boucs infects, mais plutôt de jeunes agneaux, comme
les appelle Rocco. D’ailleurs, il y a encore plusieurs cultures
contemporaines (notamment en Asie) où l’homosexualité est vécue sur le mode
pédérastique. » Ce collectionneur passionné de littérature gay,
qui donne régulièrement des conférences très documentées sur l’histoire
et l’homosexualité, rappelle que notre propre conception de l’homosexualité
se rapprocherait probablement beaucoup plus de celle de l’Antiquité si
« les homophobes de tout acabit n’avaient voulu confondre homosexualité
et pédérastie avec pédophilie et corruption de la jeunesse. Malheureusement,
de nombreux homosexuels eux-mêmes ont fini par intégrer et perpétuer cette
vision qui condamne l’inégalité d’âge des partenaires quand il s’agit d’homosexualité.
On ne sourcille pas devant un vieux croulant qui s’affiche au bras d’une
jeune beauté, alors qu’on s’offusque de voir un homme mûr avec un jeune
homme. En ce début du vingt-et-unième siècle la pédophilie est LA grande
peur collective. C’est aussi, comme l’avait bien compris Allen Ginsburg,
le dernier rempart, et le plus solide, contre l’homophobie. Cette peur
continuera à justifier des chasses aux sorcières et des emprisonnements
absurdes (comme ceux de Matthew Limon ou des accusés d’Outreau), tout en
continuant, plus insidieusement, à culpabiliser les désirs de beauté,
charnels ou spirituels, incarnées par la jeunesse. »
Louis Godbout considère que Alcibiade enfant à l’école,
« de par son rafraîchissant paganisme qui s’oppose à une vision judéo-chrétienne
rétrograde, de par sa drôlerie et sa dédramatisation de la sexualité
adolescente est un puissant antidote à cette folie collective. C’est un livre
qui devrait sans plus tarder être inscrit aux programmes scolaires des 12 à 15
ans. » Une référence donc pour les bibliophiles et un régal pour celles
et ceux que l’antiquité grecque intéresse.
Rocco
Antonio,
Alcibiade enfant à l'école,
roman, Béziers, Éditions
H&O,
128 pages, 4,90 €.
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Patrick
Lowie et l'enfant du Kérala
par
Thierry Zedda
Troisième
roman de Patrick Lowie, L’Enfant
du Kerala vient grossir le déjà très impressionnant CV d’un auteur
qui est également connu
comme éditeur, homme de théâtre et de cinéma. Né
à Bruxelles en 64 et surnommé par ses pairs « l’écrivain voyageur », Patrick Lowie
ne cesse de parcourir le globe, de Rome à Los-Angeles, de l’Inde au
Maroc, en passant par le Brésil et la Belgique, pour distiller sa passion avec
fougue. En effet, les arts sont son monde à lui
et cet homme entier, véritable touche à tout, ne s’arrête jamais.
Rome
2010. L’Italie de Berlusconi s’enfonce dans le fascisme : Attentats,
meurtres... l‘horreur est présente partout. Il y a les Crédibles, qui
prônent la supériorité de la race blanche, et les Non Crédibles, c’est-à-dire
le reste du monde, ceux que l’on épie, chasse ou élimine : les sombres de
peau, les poètes, les rebelles, les pédés... Dans
cette atmosphère apocalyptique, survivent le jeune Mehdi et sa compagne
Angéla, plus âgée que lui. Ils sont nomades, non conformes aux valeurs
nouvelles de la masse. Au sommet d’un grand immeuble, ils ont recréé le
souvenir d’un monde fait de quiétude : une vaste terrasse panoramique
décorée de bougies à la citronnelle et de couleurs chatoyantes, pas de porte,
juste un « trou béant ». Ils n’ont rien à cacher. Ils résistent
à la tension palpable qui les entoure.
Pourtant Mehdi est triste. Son cœur est ailleurs, derrière lui. Le souvenir de
Bilal, son véritable amour laissé en Algérie, l’accompagne à chaque
instant. Un jour, il se met à éprouver pour Luca, son jeune voisin, un désir
et une passion qu’il croyait morts en lui à jamais. Cependant, Luca pourrait
être un Crédible et se débat avec violence contre les pulsions qui le
ramènent toujours vers son compagnon à la peau mâte. Plutôt que de faire
face à la réalité, il préfère s’enfuir. Mais voici qu'il
réapparaît quelques mois plus tard pour apporter à Mehdi des nouvelles
de son passé et de ses proches abandonnés dans le désert.
L’écriture
de Lowie, atypique, ressemble à de la poésie. Elle habille son récit de
petites parenthèses intemporelles qui nous éclairent peu à peu sur l’existence
des personnages et sur le passé de Mehdi. Les souvenirs resurgissent, donnant
ainsi au présent sa véritable dimension dramatique, ce qui n’était pas
évident car la construction du récit est audacieuse. Le parti pris du
flash-back rend le texte exigeant et aurait pu constituer un handicap pour la
compréhension de l‘histoire. Dans les toutes premières pages, on peut se
demander vers où l’auteur nous entraîne. Mais qui a dit que la littérature
devait être facile ? L’Enfant
du Kerala est un beau livre d’amour situé dans un avenir où la
passion est devenue suspecte, voire dangereuse. Lowie nous
propose un univers où les odeurs, les couleurs et les bruits
sont magnifiés comme rarement ailleurs. Un superbe
récit, véritable chantre à la tolérance.
Patrick
Lowie,
L'Enfant du Kérala,
roman, Éditions
Bonobo,
188 pages, 16 €.
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La
Douceur inattendue de l'hiver par Christian-Yves Lhostis
par
Pascal Éloy
Né
en 1953 à Saïgon, Christian-Yves Lhostis renonce
à son métier de photographe au profit de diverses activités littéraires.
Après avoir animé un atelier d'écriture au Tchad, il publie 5 romans. Il vit
actuellement dans la région Languedoc Roussillon.
Daniel,
arrivé à la quarantaine, mène une vie parfaite entre sa femme et ses deux
enfants, son cabinet de vétérinaire très florissant et sa belle maison au
bord de la mer. Tout semble bien aller, exception faite que Daniel semble
attiré par les hommes. Alors, un jour, presque sur un coup de tête, il a le
sentiment d’être passé à côté de sa propre vie et il abandonne tout pour
partir sur les routes de France. Un accident de voiture et une rencontre de
hasard vont complètement bouleverser son destin tandis que la mort ( suicide ?)
de sa femme) lui offre l’opportunité de refaire sa vie pour la remettre en
conformité avec qui il est réellement.
Au fil de ce roman, Christian-Yves Lhostis dresse une série de portraits
saisissants d'humanité : Marie-Mouette, la mère de Daniel, ex-chanteuse
réaliste dont la carrière tourne court un soir de concert, mais qui rêve d’écrire
une biographie et d’enregistrer un CD ; les 3 membres de la famille Cendre,
fratrie aux liens complexes, mais réunie autour d'un zoo délabré et de la
promesse faite à l'ancien amant de Julien ; Batany, ex ami-amant de Daniel qui
ne rêve que de vivre avec lui ; Julien, jeune homme énigmatique aux sentiments
à fleur de peau...
La Douceur inattendue de l'hiver est un beau roman, puissant et touchant,
d’une écriture à la fois mélancolique et tendre. Il s’agit d’un ouvrage
profondément humain qui met en évidence la difficulté de vivre en se mentant
à soi-même et en trompant les autres. Il est impossible de toujours tenir le
rôle de l’homme marié, irréprochable, et, en même temps, d’avoir un
amant et de vouloir oser cette facette de sa personnalité. Un jour, l'explosion
survient au moment où on s'y attend le moins et il n'y a plus qu'une seule
chose à faire : assumer. Il est parfois difficile de s'avouer gay, mais quelle
paix quand le pas est franchi ! C’est ce que Daniel va découvrir, à ses
risques et périls. Le roman de Lhostis séduit par la simplicité et la
véracité des sentiments décrits sans aucun cliché ou artifice littéraire. C’est
un plaisir de se plonger dans une lecture dont l’atmosphère nous imprègne et
nous entoure petit à petit, comme un cocon de douceur et de chaleur. Ainsi,
lorsque la dernière ligne est lue, on est tout étonné d’avoir si bien
ressenti ce que l’auteur voulait nous faire partager.
Christian-Yves
Lhostis,
La
Douceur inattendue de l'hiver,
Béziers, éditions H&O, 2006, 240 pages, 17 €.
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Kilo's
blues, la revanche de Gaëlle
par Josée Gabrielle Morisset
Gaëlle
Martell possède la double nationalité franco-allemande. Elle a 34 ans
et réside en Polynésie avec son amoure, Vanunaa, rencontrée au cours d'un
simple voyage touristique. Depuis deux ans, elle partage
son temps entre l'écriture et les fourneaux de leur restaurant paillote sur une
plage idyllique. Kilo's blue, la revanche d'une
ronde est son premier roman et s’inspire de sa propre vie sans être
totalement autobiographique pour autant. Comme
son héroïne, Gaëlle Martell est traductrice,
adore les bons plats et fait des régimes à répétition !
Kilo’s
blues est le journal épisodique des 35 ans de Sandra, une ronde émotive
qui fait alterner épicurisme et pénitence. Fille d'un pasteur luthérien, elle
a été abandonnée par sa famille suite à son coming-out et a quitté Fribourg,
en Allemagne, pour s'installer en France où elle réside depuis 15 ans. Entourée
d’amies hétéroclites qui veillent à nourrir son amour
propre, Sandra se trimballe quelques dizaines de kilos de trop et le blues qui
va avec. Son poids fait du yo-yo et, côté coeur, elle collectionne les bobos
avec son amante, Valérie, qui la blesse par ses absences répétées. Lassée
par les innombrables ruptures avec Valérie, Sandra décide de se prendre en
mains. Elle entame un énième régime à base de sachets hyperprotéinés, suit
un entraînement digne des Marines et arpente les boutiques de cosmétiques pour
mettre en valeur son physique. Une fois à son meilleur, Sandra pense s'offrir
des filles de passage, mais qu'il n'est pas facile de croire à son sex-appeal
quand on a été élevée par un pasteur luthérien allemand !
Rédactrice de guides touristiques à succès, elle part un beau matin au bord
de la mer pour rédiger son nouvel ouvrage, « La France des thalassos ».
Bonne nouvelle, Cupidon se prélasse lui aussi dans les bains bouillonnants. Le
spectre du « yo-yo » oublié, le corps parfait une fois
atteint, la bonne grosse fille, prête à partager son affection et sa joie de
vivre, entre dans le faste gastronomique et inspirant. Avec Virginie,
Sandra découvre qu'elle est une amante hors pair, imaginative, et prend sa
revanche sur le déséquilibre. On salive devant les mets délectables qu’elle
prépare mais on reste sur son appétit devant les scènes érotiques
escamotées. Si encline à nous dévoiler ses recettes et ses états d’âme,
on aurait bien aimé que Sandra nous fasse aussi partager ses festins
érotiques !
Gaëlle
Martell, Kilo’s blues, La Revanche d’une ronde, roman,
Éditions La Cerisaie, collection Ceriselles, 2006, 185 pages, 14 €.

Élisabeth
de Gramont vue par Francisco Rapazzini
Source
: Lezzone
Né
en 1961, Francesco Rapazzini a grandi entre Venise
et Milan. Il a été comédien et metteur en scène. Il vit maintenant à Paris
depuis une dizaine d’années où il est correspondant pour la radio et
différents magazines italiens. Un soir chez l'Amazone,
son premier roman, a été publié en 2001 chez Fayard. Il a choisi de consacrer
son deuxième livre à Élisabeth
de Gramont, une femme exceptionnelle qui n’hésita pas à défier les
tabous de son époque et vécut ouvertement plusieurs liaisons saphiques, mais
aussi une aventurière dans la lignée des grandes voyageuses novatrices comme AnneMarie
Scharwzenbach, Isabelle Eberhardt ou Katherine
Murray Millet.
Élisabeth
de Gramont (1875-1954) est une femme qui ne s'est jamais soumise à l'ordre
établi. Scandaleuse dans sa vie amoureuse, celle qu’on appelait la
duchesse rouge l'est aussi dans ses choix sociaux et politiques. Éprise de
découvertes et d'aventures, elle se fait voyageuse et se rend en
Extrême-Orient, au Maghreb, en Amérique et en URSS, et écrit de nombreux
essais et livres de mémoires qui seront couronnés de succès. Même si elle
épouse, à vingt et un ans, Philibert de Clermont-Tonnerre dont elle aura deux
filles - le couple est très lié à Robert de Montesquiou et Marcel Proust -
Élisabeth rencontre, à l'âge de trente-quatre ans, la célèbre Amazone
américaine Natalie Clifford Barney : c'est un véritable coup de foudre,
qui, en dépit d'autres liaisons saphiques, durera plus de quarante-cinq
années.
Cette biographie est avant tout le roman d'une vie hors du commun, et d'une
époque qui se dévoile ici page après page. Francesco Rapazzini nous
plonge dans le monde passionnant et pourtant oublié de la grande époque de la
culture française, alors que la culture était promue essentiellement par les
femmes. Grâce à de nombreuses anecdotes, l’auteur brosse et analyse une
société, composée d'artistes, de peintres, d'écrivains, de politiciens, de
danseurs, de musiciens, de mondains comme Remy de Gourmont, Romaine Brooks, Paul
Valéry, Colette, Georges Clemenceau, Paul Morand, Gertrude Stein, Isadora
Duncan, Valery Larbaud, Arthur Honegger, Jacques Ibert, Léon Blum, James Joyce,
Louis Aragon, René Crevel... Tous les grands noms qui ont fait de Paris la
Nouvelle Athènes sont ici évoqués ; tous ont gravité autour d'Élisabeth
de Gramont. Son histoire nous permet de découvrir une vision féminine
posée sur la peinture, la poésie, l'écriture et la musique de l’époque.
Le style de Francesco Rapazzini sait rendre vivantes, presque réelles,
les rencontres qu'il remet en scène pour nous. Véritable plaidoyer pour la
tolérance, son travail fouillé et raisonné rend justice à Élisabeth de
Gramont et se présente comme un élan de passion pour une période
injustement oubliée. Un livre à vivre intensément, une femme à fréquenter
absolument.
Francesco
Rapazzini, Élisabeth de Gramont,
biographie, Éditions Fayard, Paris, 2004, 662 pages.
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Nicolas
Robin en bébé requin
par
Pierre
Salducci
Bébé
Requin est le pseudonyme que s'invente Nicolas lorsqu'il décide de
s'initier à la vie gaie et qu'il se connecte pour la première fois sur
ousontlesgais.com, mais c'est aussi le titre du premier roman que vient de
signer Nicolas Robin et que son éditeur publie
accompagné de la mention : Attention drôle !
Nicolas
Robin est-il vraiment steward pour une compagnie aérienne
française
? Difficile de le savoir puisque aucune indication
biographique
n'apparaît sur son livre. Ce qui est sûr en revanche,
c'est
que son personnage l'est. Il a 24 ans, vit à Paris et vient de
connaître
sa première expérience homosexuelle avec un collègue de
travail
lors d'une escale à New York. Dès son retour au pays, il
s'empresse
d'annoncer le grand événement à sa meilleure amie. Commence
alors
pour lui la course aux rencontres dans l'espoir d'un peu
d'amour,
voire plus. Et tandis qu'il passe d'illusion en déconvenue,
il
guette avec angoisse l'occasion de faire son coming out à ses
parents
tout en redoutant leur réaction.
Nicolas Robin est un bon conteur qui s’appuie sur une construction
judicieuse qui fonctionne comme un compte à rebours. Il sait mettre en place
un récit cohérent, efficace, rapide et sans faille. Il suit son personnage
d'un lieu à un autre, d'un garçon à l'autre, avec rythme et aisance. Le
récit ne s'embarrasse pas trop avec la profondeur des analyses et relie les
faits sans temps mort, sans pour autant renoncer à toute psychologie. Nicolas
Robin rend avec lucidité la condition de la vie gaie à Paris, mais aussi
la difficulté d'aimer de toute une jeunesse, d'une génération ou d'une
époque. En effet, en marge de l'histoire de Nicolas, le narrateur suit
l'évolution de son amie Julie qui connaît elle aussi des déboires amoureux.
Bébé Requin est un livre léger, d'une certaine justesse, et qui
aurait pu s'offrir le luxe d'essayer d'expliquer un peu les causes des
situations dénoncées, de démonter les mécanismes ou de chercher des
solutions, plutôt que de rester toujours au niveau de la victime. Néanmoins,
le ton reste frais et, tel que le voulait l'éditeur, non dénué d'humour. De
plus, le roman de Nicolas Robin possède une touche d'optimisme et
présente une belle leçon de vie bien agréable pour terminer le récit.
Nicolas
Robin, Bébé requin,
Paris,
éditions Textes gais, 2006, 206 pages, 14 €.
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