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Numéro
45 - octobre 2006 - 4e année ©
Les
dix meilleurs titres gays : palmarès
de Michel Bellin
Ma
vie avec James Dean selon William Bast
par
Paul-François Sylvestre
À
24 ans, James Dean trouve la mort dans un accident de voiture, le 30 septembre
1955. Cet acteur rebelle laisse des millions de jeunes fans orphelins. Peu de
gens savent qu’il laisse également un jeune homme seul avec sa douleur. Il s’agit
de William Bast avec qui James Dean partageait sa
vie depuis cinq ans. Dans Ma Vie avec James Dean, Bast
raconte ses souvenirs des plus belles années avec la star américaine.
Jimmy
Dean et William Bast se rencontrent à l’Université de Los Angeles, à
l’âge de 19 ans. William tombe amoureux de Jimmy et les deux garçons vivent
ensemble à une époque où « cela » ne se fait pas. Lorsque James
Dean connaît la gloire, William Bast reste dans l’ombre, tout en
étant bien présent, suivant chaque tournage de film. Ce sont ces années de
relation amicale/amoureuse que Bast retrace dans un témoignage unique
qui lève le voile sur la vie privée de James Dean en révélant son
homosexualité.
Lorsque William Bast fait la connaissance de Jimmy Dean, il rencontre « un
gars réservé, un plouc tout juste arrivé de l’Indiana ». En le
fréquentant, il se rend compte que l’étrange petit homme n’est pas si
simple que cela. Il découvre que, chez Jimmy, il y a « tant de rôles à
jouer. Un rôle différent face à chaque personne. » Bast apprend
que Dean mène une vie en compartiments et qu’il y réussit fort bien. Un de
ces compartiments est l’homosexualité. Mais admettre une telle chose, en
1950, requiert un courage considérable. « Au lieu de cela, nous
persistions dans nos faux-semblants protecteurs, incapables de changer les
règles du jeu en révélant nos alter ego. »
Il faut presque un an de fréquentations avant que Jimmy et William ne lâchent
le morceau. « On aurait dit un carrousel sans fin dont ni lui ni moi ne
pouvions descendre. » William est fortement attiré par Jimmy, mais n’ose
pas faire le premier pas par crainte du rejet. Un soir, sans préambule, Jimmy
demande à William : « Pourquoi ne me rejoins-tu pas ? »
William se glisse alors sous le drap aux côtés de Jimmy, le cœur battant.
Selon le récit très détaillé d’une vie à deux, il est évident que Dean a
alternativement courtisé et terrifié Blast, au point où ce dernier s’est
toujours demandé avec qui il finirait, « Docteur Jekyll ou Mister Hyde »?
Dean est un être tourmenté, perspicace, gentil et enthousiaste; il est aussi
un « monstre amer, versatile, autodestructeur, passionné et imprévisible ».
Dean fait plusieurs escapades et couche avec des agents qui le feront
certainement gravir les échelons du temple hollywoodien. Il ne s’inquiète
pas de l’impact que cela peut avoir sur son coloc.
En lisant Ma Vie avec James Dean, on a l’impression que Jimmy partage l’appartement
de William, mais non sa vie. Il faut dire que l’acteur soigne son image
publique, surtout après le tournage et le succès de À l’est d’Eden. Il ne
fait rien qui pourrait nuire à cette image. Rebelle, oui, mais pas pédé. L’élan
amoureux semble être à sens unique. C’est Bast qui est follement
amoureux de Dean, mais il sait que cela doit demeurer un secret : « Plus
on serait proches, plus la situation deviendrait compliquée entre nous (…) on
était plus en sécurité chacun sur son propre terrain ».
William Bast écrit que le destin s’est mêlé de sa vie de couple
juste au moment où il avait décidé de se mouiller. Le 30 septembre 1955, « quelque
part, sur une route de campagne, le corps mutilé de la seule personne au monde
que j’étais sûr d’aimer plus que les autres était étendu là, brisé,
sans vie. C’était terminé. Comme j’avais tort. » Bast doit,
en effet, porter le deuil en solitaire et ne point révéler son secret.
Pas question de sortir un squelette du placard au moment même où toute l’Amérique
pleure la mort d’une légende, où les fans clubs se multiplient. William
Bast attendra 50 ans avant d’écrire Ma Vie avec James Dean. Il en
donne une version très personnelle et très intimiste; il n’hésite pas à
hisser l’amitié de Dean sur un piédestal, à la glorifier pour en faire un
amour.
Le plus triste dans ce constat autobiographique, c’est la conclusion qu’en
tire l’auteur : « Je n’ai jamais eu la possibilité de voir Jimmy
vieillir, mûrir, de le regarder devenir un ami et un compagnon de longue date ».
William
Bast, Ma Vie avec James Dean, autobiographie traduite de l’anglais
par Jérémie Gazeau, Jean-Noël Chatain et Sylvaine Pascual, City Éditions,
Paris, 2006, 378 pages, 19.50 €
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Les
routiers gris d’Éric Foucault
par Pierre
Salducci
Domaine
exclusivement masculin, les lieux de drague et d’échange sexuel en plein air
ont toujours exercé une grande fascination tant aux yeux de ceux qui les
fréquentent que chez ceux qui en entendent parler sans jamais en fouler le sol.
Souvent isolés, voire secrets, ces endroits sont généralement disséminés
loin des centres urbains ou dans des recoins dissimulés et sont régis par des
codes et des usages bien à eux. Éric Foucault a
décidé de lever le voile sur le mode de fonctionnement de cette drague
masculine qui reproduit sans cesse le même principe quels que soient les lieux
et les époques.
Dans
son ouvrage intitulé La Nuit, tous les routiers sont gris, Éric
Foucault nous livre aujourd’hui les résultats d’une enquête de cinq
ans qui lui a permis de dégager les grandes lignes du fonctionnement de la
drague masculine en province. Une observation parfaitement menée, avec rigueur
et objectivité, qui mène à des conclusions claires et cohérentes. On apprend
beaucoup de choses mêmes si certaines révélations ne sont pas forcément des
surprises pour tout le monde. Éric Foucault a fait appel à la
sociologie au sens où elle n’a pas la prétention de nous révéler les faits,
mais plutôt de mettre en ordre ce que l’on sait déjà ou que l’on aurait
remarqué inconsciemment, faire le lien et confronter des sujets a priori
éloignés.
Un des premiers mérites de cet ouvrage est de faire clairement la distinction
entre les différents types d’usagers de ces lieux. En effet, certains se
définissent comme clairement gays ou homosexuels, tandis que d’autres
échappent totalement à toute classification pour se décrire plus simplement
comme des hommes ayant des relations sexuelles avec d’autres hommes, certains
sont mariés, d’autres se sont découvert sur le tard et ne sont pas
intéressés par le fait d’endosser une quelconque étiquette. Contrairement
à ce que l’on pourrait croire, les hommes qui parcourent ces endroits n’ont
pas tous les mêmes modèles et ne cherchent pas toujours la même chose. Si la
quête sexuelle semble demeurer la motivation principale, Éric Foucault montre
bien que ces lieux offrent généralement des points de vue esthétiques qui en
font aussi des occasions d’évasion, de promenade, de méditation. Pour
certains, ils servent aussi tout simplement de prétexte pour se regrouper entre
personnes qui se ressemblent et partagent les mêmes besoins.
Dans un second temps, Éric Foucault décrit admirablement le ballet de
la drague. Il montre comment celle-ci s’organise en fonction des lieux et de l’environnement,
avec ses procédés et ses manœuvres d’approche, qui font parfois penser aux
rituels de séduction de certains animaux. Dans la dernière partie, l’auteur
s’attarde sur les particularités géographiques et physiques de ces espaces
qui répondent tous plus ou moins aux mêmes caractéristiques. Il analyse le
rôle de la lumière et de l’éclairage, des contrebas et de la disposition
des éléments. Il évoque les déplacements, à pied ou en voiture, les chemins
tracés artificiellement pour recréer une carte du désir qui mène à l’alcôve,
lieu symbolique de l’échange sexuel. Enfin, une partie est consacrée à la
cohabitation et au partage de ces espaces avec d’autres groupes appartenant
également à des minorités.
Éric Foucault est né en 1976. Il vit et travaille à Tours où il a
fondé le collectif Groupe Laura. Même si son étude présente une véritable
sociologie des lieux de drague et adopte la démarche du sociologue, son
approche reste celle d’un artiste et d’un observateur qui fait lui-même
partie du monde qu’il décrit. Son travail explore les diverses manières d’envisager
la construction des territoires et il s’intéresse tout particulièrement aux
espaces difficilement cartographiables. La Nuit, tous les routiers sont gris
est une étude brève et passionnante qui se lit comme un roman.
Éric
Foucault, La Nuit, tous les routiers sont gris, Isthme
éditions, Paris, 2006, 64 pages, 9 €.
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Éric
Jourdan ou la liberté absolue : Entrevue (1re partie)
par Pierre Salducci
Comme
Françoise Sagan ou Raymond
Radiguet, Éric Jourdan fit une entrée
fracassante en littérature à l’âge de 17 ans à peine. Auteur au destin
exceptionnel, il est d’abord censuré par le gouvernement De Gaule, mais
fréquente les plus grands et continue d’écrire. Il devient un des auteurs
vedette des éditions du Seuil où il publie plusieurs romans sulfureux avant de
connaître une traversée du désert. Les années 2000 marquent son grand
retour. Il fait paraître trois nouveaux livres presque coup sur coup, ceci sans
compter la réédition de deux de ses plus grands romans Les
Mauvais Anges et de Pour jamais. Éric
Jourdan nous a accordé une entrevue exclusive pendant laquelle il a
accepté de revenir sur un parcours hors du commun.
Votre
premier roman est paru en 1955 et vous publiez toujours en 2006. D’après
vous, qu’est-ce qui a changé le plus pendant cette longue carrière ?
- Est-ce que le roman écrit à 16 ans doit interdire de continuer plus
tard ? Je n’ai d’ailleurs pas de manière d’écrire, j’écris.
Toujours ou presque la nuit. Toujours à la main et par périodes. Un livre, c’est
donc 29 nuits, car 29 est mon chiffre ! Entre minuit et 4h du mat. Les
phrases sont corrigées, s’il y a lieu, au fur et à mesure. Après,
basta ! Je n’ai pas de carrière. Je ne connais pas le milieu
littéraire. J’ai toujours vécu ma vie sans me soucier des lois, des diktats,
des modes, gay ou non. Je préfère rester muet sur ma vision du monde. Elle est
assez claire dans deux de mes livres, Révolte et Sang.
Vous intervenez sur la scène littéraire depuis plus de 50 ans mais pour
certains vous restez encore relativement peu connu, peu médiatisé, est-ce un
choix de votre part ?
- Je ne suis jamais intervenu sur la scène littéraire. Je n’en suis pas
acteur. Après la fin de ma jeunesse, qui fut heureusement longue, j’ai
décidé pour vivre heureux de vivre caché, d’où pas de photo, pas d’obéissance
aux éditeurs ou à la presse.
Vous avez publié plusieurs romans chez de grands éditeurs comme Le Seuil et
aujourd’hui vos nouveaux livres sont parus dans des maisons plus
confidentielles, voire spécialisée, comme H&O ou La Musardine, pouvez-vous
nous expliquer cette situation ?
- J’aime mieux les éditeurs que vous citez, car ils sont à la fois plus
amicaux, plus directs. Je ne me suis jamais entendu avec ce que vous appelez les
grands éditeurs (grands pourquoi, d’ailleurs ? le volume des affaires,
leur prétention ?). Je fais exception pour le nouveau PDG de Flammarion,
une femme de cœur et de tête.
Vous êtes resté longtemps sans publier mais vous venez de sortir trois
livres en bloc, ceci sans compter les rééditions, peut-on dire que 2006 est l’année
du grand retour d’Éric Jourdan ?
- Ce n’est pas un retour, comme le retour de Zorro. Ça devrait d’ailleurs
se poursuivre. Pourquoi maintenant ces publications ? Eh bien, parce que
mes livres paraissent ou reparaissent dans divers pays. Des universitaires
anglo-saxons s’y intéressent depuis pas mal de temps, ce que j’ignorais. J’ignorais
aussi que Mishima avait aimé mes deux, si ce n’est mes trois premiers livres.
Rare est aussi le fait que l’on refait par exemple la traduction des Mauvais
anges aux USA.
Vous êtes souvent perçu comme un auteur qui a mis en scène et illustré l’homosexualité
masculine, mais en fait, si on regarde bien, vos personnages sont souvent
attirés par les deux sexes (Fraîcheur dans Saccage, Alcibiade dans Le Songe,
etc.). Êtes-vous plutôt un défenseur de la bisexualité ?
- Je ne fais aucune différence : il y a la sexualité. Point final.
Que j’aie été d’abord naturellement bisexuel ne change rien au fait que l’amour
le plus total a été pour un garçon. Mais tout n’est pas simple, il n’y a
aucune frontière dans nos yeux ni dans nos cœurs. L’important, ce qu’on
devrait apprendre dès l’adolescence, au lieu d’un tas de choses ennuyeuses
ou ne servant à rien ou presque (Politique, Religion, Histoire, Chimie) sauf
pour ceux que ça intéresse, c’est de connaître son corps, savoir comment le
soigner, le faire jouir, faire jouir les autres, savoir tout ce qui le magnifie
dans la vie courante, en faire en somme l’homme courant, sans jeu de mots.
Lire
la suite dans le numéro 46.
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Un
garçon à Seattle vu par Olivier Cechman
par
Erwan Chuberre
Deuxième
roman d’Olivier Cechman, jeune romancier né en
1968 à Paris, Un garçon à Seattle est la suite
logique d’Un garçon à la mode paru en 2000 chez
le même éditeur. Comme dans son premier opus, le lecteur s’amuse de bon cœur
face aux situations cocasses que rencontre notre héros. Un roman au style
enlevé et jubilatoire qui ne se prend pas un seul instant au sérieux.
C’est
souvent par amour qu’on fait les plus grands sacrifices et ce n’est pas
Alexis Thomas, le héros du nouveau roman d’Olivier Cechman, qui pourra
nous contredire. En effet, Alexis est un personnage haut en couleur qui a tout
pour séduire. Il raffole des crèmes de nuit, il use et abuse des masques de
beauté pour éviter le terrible impact des jet-lag, il connaît toutes les
marques des meilleurs parfums et porte avec talent les vêtements des plus
grands créateurs ! Et pourtant, par amour, Alexis décide d’abandonner
son travail de conseiller en mode chez Eclipse et de quitter Paris, la terre
promise de l’élégance et ses amis de toujours, Corinne et Fifi, pour
rejoindre son amoureux à… Seattle, la ville de la pluie et de l’ennui !
Et comme il fallait s’y attendre, à peine arrivé, les choses se gâtent. Les
rencontres se font rock’n’roll et les situations frôlent le western épique
pour le plus grand désespoir de notre esthète et pour notre plus grande
joie ! Entre une agent immobilière, aussi coquette que nymphomane, une
hystérique rencontrée à l’aéroport qui s’est mis en tête de l’épouser
pour pouvoir venir travailler dans le sud de la France, une artiste illuminée
qui arrive à le convaincre de faire des clichés de son bijou de famille,
Alexis se demande : « Pourquoi, tout ça n’arrive qu’à
moi ? » Et on ne peut que lui donner raison. Triste sort. Grands
éclats de rire. Comme quoi le malheur des uns fait le bonheur des autres… Un
garçon à Seattle est à conseiller à tous ceux qui souhaitent s’évader
dans la joie et la bonne humeur car ce roman reste le meilleur remède contre la
morosité !
Olivier
Cechman, Un Garçon à Seattle, H&O éditions, Béziers,
2006, 254 pages, 16 €.
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Stephen
McCauley, sexe et dépendances
par
Pascal Éloy
D'origine
irlandaise par son père et italienne par sa mère, Stephen
McCauley a suivi des études de lettres dans le Vermont et à New York.
Ensuite, il a séjourné un an en France à l'université de Nice. Il a aussi
fait toutes sortes de métiers dont agent de voyage et professeur de yoga dans
un sous-sol d’église... Aujourd’hui, il enseigne les lettres et anime des
ateliers d'écriture à l'université Brandeis de Cambridge, dans le
Massachusetts.
Stephen
McCauley est l'auteur de cinq romans : L'Objet de mon affection
(porté à l'écran par Nicolas Hytner en 1998 avec Jennifer Ariston), L'Art
de la fugue, Qui va promener le chien ?, La Vérité ou
presque (fait actuellement, en France, l'objet d'une adaptation
cinématographique avec André Dussollier et Karin Viard, sous la direction d’Agnes
Jaoui) et Sexe et dépendances, son nouvel opus.
Dans ce roman, William Collins est un gay célibataire de quarante ans qui mène
une double vie. Le jour, il est agent immobilier à Boston et le soir, il surfe
sur Internet afin de rencontrer, furtivement, des inconnus qu’il ne reverra
pas. Cette vie serait frustrante et monotone si William n’avait pas ses trois
précieux amis : son fer à repasser, son aspirateur allemand qu’il
utilise chaque fois qu’il se sent stressé ou coupable de ces rencontres
nocturnes et Edward, un très bon copain steward qu'il voit entre deux vols. Un
jour, un couple au-delà de tous soupçons, Charlotte et Samuel, débarque à l’agence
où travaille Williams. Rapidement, la façade de ce couple qui fascine notre
héros va se lézarder et le conduire à s’interroger sur le sens de sa vie.
Stephen McCauley signe ici, une fois de plus, un très bon
divertissement. La finesse de l'écriture transforme rapidement cette comédie
en une véritable étude de mœurs de la société bostonienne - et plus
largement américaine – fragilisée suite aux événements du 11 septembre.
Mais y a-t-il réellement fragilisation ou simple adaptation à un nouvel art de
vivre ? Malgré ses questionnements intrinsèques, Sexe et dépendances
est loin d’être une œuvre rébarbative ou complexe et réussit à aborder
certains sujets avec beaucoup d’humour et de sensibilité. En effet, la
question sous-jacente du dilemme qui existe entre se sentir bien et faire le
bien perce tout au long de l’ouvrage mais sans jamais se transformer en
considération religieuse ou morale. L’intelligence et la sensibilité de l’auteur
l’ont conduit à ne pas trancher le débat afin que chaque lecteur puisse
conserver ou développer sa capacité de réflexion et d’interrogation ainsi
que sa liberté. De plus, en étudiant les personnages secondaires du roman, l’auteur
nous offre une galerie de portraits, tout en lucidité et en délicatesse où
chacun pourra, aisément, reconnaître des personnes de son propre entourage...
Bref, un roman drôle et caustique qui parvient à créer une atmosphère
sensible très agréable, à tel point qu’il est presque impossible de ne pas
le lire d’une traite !
Stephen
McCauley, Sexe et dépendances, éditions Flammarion, Paris,
2006, 311 pages, 19.90 €.
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Michael
Nava sous une pluie de flammes
Par
Jean-Sébastien Vallée
Sixième
tome d’une série mettant en vedette l’avocat Henry Rios, Sous
une pluie de flammes, écrit par Michael Nava
et traduit de l’anglais par Pascal Loubet, est un roman captivant, mêlant
intrigue, drame et humour.
À
l’image des cinq romans précédents de Michael Nava (L’Enfance du
crime, La Mort à Frisco, Un garçon en or, La Loi cachée
et Adieu aux amis chers), Sous une pluie de flammes nous entraîne
dans un véritable tourbillon d’aventures. Dans son tout dernier polar, Michael
Nava s’attarde sur les concepts de justice, de trahison, de corruption et
de chantage. L’auteur dénonce, à travers son personnage principal, les
préjugés racistes et homophobes.
L’histoire de ce roman débute au moment où Henry Rios, l’avocat gai de Los
Angeles qu’on retrouvait dans les autres romans de Nava, accepte de
défendre Alex, un jeune homme accusé de meurtre. Alex, jeune éphèbe
charismatique, ressemble drôlement à Josh, l’ancien amoureux d’Henry Rios,
mort du sida deux ans plus tôt. Bouleversé par la ressemblance qu’il partage
avec Josh, l’avocat se laisse séduire par le jeune Alex. Après une nuit
torride, Alex – acteur devenu prostitué – quitte la demeure de maître Rios.
Quelques heures plus tard, on le retrouve sans vie. L’avocat est naturellement
accusé de meurtre.
Dans une ville où la police semble corrompue, raciste et homophobe, Henry Rios
se battra pour défendre son honneur. S’ensuivra une série d’événements
qui entraînent le protagoniste dans le milieu du cinéma hollywoodien. Procès,
entrevues et courses folles dans les rues de Hollywood, ce roman divertit.
Lui-même avocat, Michael Nava connaît bien le milieu juridique. Il
ressort des livres de cet auteur un réalisme intéressant, coloré d’humour
et de charme. Dans un langage simple où les dialogues prennent une grande
importance, l’auteur réussit à garder le lecteur attentif du début à la
fin. On peut déplorer néanmoins que les actions du personnage principal
semblent parfois impulsives, irréfléchies, comme si l’auteur n’offrait pas
suffisamment de descriptions, mais on passe d’autant rapidement sur ce point
que l’action et les dialogues sont fort bien développés.
Michael Nava a cessé d’écrire depuis la publication de son dernier
polar Sous une pluie de flammes. Il se consacre désormais à sa
carrière d’avocat en Californie. Espérons que ses nouvelles expériences lui
permettront de créer de nouveaux romans et qu’il reviendra bientôt à l’écriture.
Les polars gais n’abondent pas sur nos rayons. Réjouissons-nous d’y trouver
ce tout dernier livre de Michael Nava déjà disponible en français.
Michael
Nava, Sous une pluie de flammes, Paris, Éditions du Masque,
2006, 432 pages, 29,95 $, 18 €.

Éric
Jourdan et l’amour brut
Par
Thierry Zedda
Il
y a des succès qui touchent, émeuvent et réjouissent. Parce que mérités. L’enthousiasme
que suscite désormais la sortie de tout ouvrage signé Éric
Jourdan est de ceux-là. Les éditions La Musardine auront d’ailleurs
participé activement à cet élan d’amour du public pour l’écrivain.
Après Saccage, voici qu’elles rééditent L’Amour
brut, une nouvelle exploration de l’âme masculine signée par ce
conteur exceptionnel.
Tom,
le personnage central de L’Amour brut est un jeune homme dont on
pourrait dire qu‘il a tout pour lui. Riche, beau, il est l’incarnation même
du désir. Doté d’un physique sculptural, il sème le trouble tant chez les
filles que chez les garçons. Malgré lui. Grain de peau charnel, sourire
ravageur, son allure droite et fière fait naître en chacun de ceux qui l’approchent
des sentiments fusionnels. Jusqu’à revêtir parfois le masque de la cruauté
et de la violence. Ce dont Tom ne se rend pas toujours compte. C’est son autre
visage. Enfant délaissé, il vogue de pensionnats en collèges religieux depuis
son plus jeune âge et lorsqu‘il devient orphelin, à la cruauté gratuite de
religieux haineux, s’ajoute désormais celle d’un frère quasi étranger
dont il doit subir les fureurs incestueuses.
Pour survivre à ce chaos, Tom se raccroche à l’amour, qu’il idéalise par
dessus tout. May, garce magnifique et flamboyante ne lui accorde pas un seul
regard. Il se rapprochera alors sensiblement des garçons qui se consument de
désir pour lui depuis toujours. Sera-ce pour autant le chemin de la paix tant
espérée, pour ce jeune homme fragile en quête de reconnaissance
affective ?
L’idée du rebelle irrésistible, irrévérencieux, à chaque instant à fleur
de peau et perpétuellement sur le pied de guerre est un des grands fantasmes de
la littérature. Avec Jourdan, il revêt un nouveau visage. Plus pointu.
L’icône se fissure sans toutefois perdre de sa splendeur. Au contraire, il
réussit l’exploit de le rendre davantage vulnérable. Victime des troubles qu’il
génère. Jourdan fait de cet insolent, un être d’une sensibilité
nouvelle face à la passion. Un homme qui s’offre à qui le désire, croyant
trouver l’amour, avec une densité qui nous plonge dans une compassion
désespérante. L’Amour brut est un roman dense et passionnant. Jourdan
sait retranscrire mieux que quiconque le prodige des premiers émois. Jusqu’au
frisson.
Éric
Jourdan, L’Amour brut, roman, La Musardine, Paris, 2006,
320 pages, 17 €.
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Patrice
Corriveau ou la répression des homosexuels
par
Pascal Eloy
Professeur
au Département de criminologie de l’Université d’Ottawa, Patrice
Corriveau détient un doctorat en sociologie de l’Université Picardie
Jules Verne (France) et de l’Université Laval (Québec). Il a également
occupé le poste d’analyste principal des politiques pénales du ministère
de la Justice du Canada et collaboré à la publication de plusieurs livres.
En
juin 1997, au cours d’une croisière sur le Saint-Laurent, Patrice
Corriveau assiste aux mesquineries agressives « d’une bande de
blancs-becs arrogants à la testostérone débordante envers un jeune homme au
style vestimentaire un peu trop efféminé ». Pour la première fois, l’homophobie
vient le frapper de plein fouet. Il décide alors d’entreprendre une longue
étude qu’il consacre aux organes et au discours institutionnel au travers des
filtres de l’appareil répressif, de la médecine, de la famille et de la
religion, de l’antiquité gréco-romaine jusqu’à nos jours. S’ensuit
également une comparaison de la situation entre la France et le Québec, du
XVIIe siècle à aujourd’hui.
Issu d’une thèse universitaire et très richement documenté, cet ouvrage
suit l’évolution de la répression juridique de l’homosexualité avec un
souci évident de la précision. En effet, toutes les affirmations de l’auteur
sont expliquées et démontrées avant de passer à l’aune de la contradiction
et de déboucher sur une synthèse historiquement et juridiquement acceptable.
Le travail de Patrice Corriveau décortique la peur de l’homosexuel et
la haine qu’elle engendre. C’est une véritable somme scientifique. Malgré
son caractère ardu et l’apparence de complexité inhérent à ce type d’ouvrage,
ce livre se laisse approcher et pénétrer facilement. L’auteur n’hésite
pas à aborder toutes les questions y compris les plus gênantes, sans parti
pris et avec rigueur. Il cherche à s’interroger de manière exhaustive, avant
de se forger une conviction précise et étayée. Bref, une référence pour les
chercheurs ou ceux qui veulent parfaitement maîtriser la question, et un
excellent livre pour les autres.
Patrice
Corriveau, La Répression des homosexuels au Québec et en France - Du
bûcher à la mairie,
éditions du Septentrion, Québec, 2006, 240 pages, 27.95 $.
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Irrésistible : événementiel et célébration
d'union gay et lesbienne
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