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Janvier 2007 - Numéro 48 - 4e année ©

Au sommaire :

Les dix meilleurs titres gays : palmarès de Madame H.

 



Yves Navarre et Julien devant la fenêtre
par Pascal Éloy

Étudiant en espagnol, en anglais et en lettres modernes à l’université de Lille en 1961, puis à l'École des Hautes Études Commerciales du Nord en 1964, Yves Navarre s’adonne très jeune à l’écriture et soumet ses manuscrits à la publication dès 1958. Ce n'est qu'à son dix-septième essai qu'il verra son premier roman publié. Malgré une carrière qui lui vaudra de nombreux honneurs, celui que certains ont surnommé plus ou moins méchamment le « Balzac des pédés » mettra fin à ses jours prématurément à 53 ans, dégoûté par la vie, les hommes et le milieu littéraire. Il disparaîtra en confessant dans une dédicace que tout lui était devenu insupportable.

Tout au long des années soixante dix, Yves Navarre publie une kyrielle de titres marquants comme Lady Black, Évolène, Les Loukoums, Le Temps voulu, Kurwenal, Le Petit galopin de nos corps, qui placent l'homosexualité au coeur du discours et permettent à l'écrivain de gravir une à une les marches de la reconnaissance populaire jusqu'à son prix Goncourt en 1980 avec Le Jardin d’acclimatation. S'ouvre alors pour le romancier une deuxième période moins intéressante et dont l'homosexualité est quasiment absente qui comprend des textes comme Hôtel Styx, Louise, Une vie de chat, Biographie… Parallèlement, l'auteur s’essaie au théâtre et à la poésie, il écrit également des chansons, mais sans grand succès.  Même s'il est choisi comme porte-parole de François Mitterrand auprès des homosexuels lors des élections présidentielles de 1981 et 1988, Yves Navarre se sent incompris par le milieu littéraire français et part vivre à Montréal de 1990 à 1993. Il publie Douce France et La Terrasse des audiences au moment de l'adieu, et écrit son roman Ce sont amis que vent emporte. Déçu une fois encore par l'accueil qu'il reçoit, il retourne vivre en France. Embourbé dans une grave dépression depuis des années, il se suicide aux barbituriques le 24 janvier 1994.
Publié initialement en 1979 et réédité presque trente ans plus tard, Portrait de Julien devant la fenêtre appartient à la première période de Yves Navarre. L'histoire raconte la rencontre de Julien Brévaille, dix-huit ans, et de Xavier Kappus, un vieux juge d'instruction qui finit sa carrière avec un cancer généralisé. Mis en accusation pour avoir mis le feu par sept fois à des forêts, le jeune Julien voit son avenir tout tracé alors qu’il estime se réaliser, c’est-à-dire exister, au travers de « son crime ». Quant au juge, marié, père de famille, il s’est accompli en suivant toujours ce que d’aucuns estimaient être le droit chemin. Pourtant, progressivement, à partir de petites touches très discrètes, chacun va se dévoiler à soi et à l’autre, par des mots, des gestes, des attentions...
Ce roman d’Yves Navarre se déroule, comme le dit la chanson, « tout doucement », discrètement, presque secrètement, comme s'il ne serait pas convenable d’oser avouer, dire ou vivre ce que l’on ressent. Dans le même temps, c'est aussi un ouvrage violent parce que les personnages se livrent à nu, parfois avec difficulté, comme incapables de réagir autrement. Au final, on découvre (ou retrouve, selon les cas) un livre marqué par la sensibilité et la sobriété, un auteur à la sensualité trouble, au charme suranné et provincial, une écriture fluide et sensible que l'on consomme comme une douce gourmandise... Une réédition bienvenue si ce n'est qu'on ne peut que déplorer la laideur de la nouvelle couverture choisie par l'éditeur.

Yves Navarre, Portrait de Julien devant la fenêtre, roman, éditions H&O, 192 pages, 6.90 €.

À consulter :
Yves Navarre / Pierre Salducci, Un condamné à vivre s'est échappé, document, Hull, éditions Vents d'Ouest, 1998, 200 pages.

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Stéphane Bresler et sa vie pas comme les autres
par Pierre Salducci

Dans un récit biographique intitulé L’Histoire d’une vie pas comme les autres, Stéphane Bresler se livre sur sa vie privée. Malgré ce que prétend ce titre, l’histoire n’est pas vraiment celle d’une vie entière mais plutôt l’exposé de deux étapes déterminantes dans le parcours de l’auteur : d’abord la réaction homophobe de sa famille au moment de son coming out, puis l’échec d’une relation amoureuse longue de sept ans.

L’épisode du coming out est certainement le passage le plus fort du livre. Stéphane Bresler y expose comment il fut convoqué à une sorte de conseil de famille pendant lequel ses frères le passèrent copieusement à tabac sous le regard satisfait de sa mère qui avait fermé la porte à clef pour l’empêcher de se sauver. La scène est si frappante qu’on ne peut que rester étonné de lire par la suite que l’auteur n’a même pas porté plainte suite à cette agression considérant que ces choses-là doivent rester en famille. Malheureusement, ce n’est certainement pas le genre de comportement qui peut aider à lutter contre l’homophobie et à faire évoluer les choses.
Dans une seconde partie, Stéphane Bresler raconte son histoire d’amour avec John, un beau gars qui lui fera vivre un véritable rêve pendant sept ans. Jusqu’à ce qu’une rencontre malveillante vienne tout bouleverser et que notre auteur perde un des repères les plus importants de son existence. S’ensuivra pour lui une perte une longue période de déséquilibre qui se conclut heureusement par un rétablissement auquel on doit sans doute l’écriture de ce livre.
Dépourvue de toute prétention littéraire, L’Histoire d’une vie pas comme les autres se présente comme une suite de chapitres très courts, environ deux pages chacun, qui forment un tout de 84 pages à peine. Les faits sont enchaînés les uns à la suite des autres sans autre volonté de mise en scène. L’auteur ne s’embarrasse pas de détour et va droit au but, si ce n’est une certaine tendance à se répéter et, un peu agaçant, une manière de jouer à la victime qui finit par lasser. Au final, et encore une fois malgré ce qu’annonce le titre, on se rend compte que la vie de Stéphane Bresler n’est malheureusement pas si originale que ça. En effet la lutte contre l’homophobie et la quête de l’âme sœur font encore et toujours partie des préoccupations majeures de bien des gays.

Stéphane Bresler, histoire d'une vie pas comme les autres, roman, éditions Bénévent, 2006, 86 pages, 10.80 €.

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Véronique Bréger en souvenir de demain
par Christel Marque

En souvenir de demain est le troisième roman de Véronique Bréger. Si ses deux premiers livres, Champ, contrechamp et Kilomètre 24 relatent l’histoire d’une rencontre et explorent avec humour et délicatesse les émotions des personnages, son nouveau titre propose un savoureux mélange d’aventure et de romance, de mystère et de mythologie...

Originaire de Limoges, Véronique Bréger baigne depuis l'enfance dans des mondes merveilleux où elle puise son inspiration. Après un passage obligé par un institut universitaire en Techniques de commercialisation et huit années d’errance professionnelle à travers la France, elle atterrit à Paris – presque par hasard, dit-elle – et se lance le défi de rédiger et d’achever un premier roman. Depuis, elle n’a cessé d’écrire tout en travaillant pour une grande entreprise française.
En souvenir de demain se présente comme un double parcours dans lequel la réalité est étroitement liée à l’imaginaire. L'histoire se passe en 2488. Au cours d’une vente aux enchères, Emma Tsanis, historienne de l’art, découvre un mystérieux manuscrit illustré de deux sirènes entrelacées qui ne sont pas s’en lui rappeler quelques souvenirs. Elle décide aussitôt de se lancer dans une course poursuite à travers le monde, jusqu’en Grèce, afin de percer les secrets de ce vieux document.

Cette recherche d’un passé auquel elle se sent mystérieusement liée révélera à Emma un aspect insoupçonné de sa personnalité et la conduira sur les traces d’une séduisante et ténébreuse archéologue. Le mythe d’Orphée et d’Eurydice aurait-il traversé les âges pour revivre au féminin ? Pour le savoir, Emma devra lutter contre son ancienne amante, la sulfureuse Valentine, directrice du Museum de Nueva York, qui souhaite la reconquérir tout en cherchant à l’éloigner du précieux manuscrit. Dès lors, la quête de notre héroïne se fera plus longue et difficile que prévu. Prise au cœur d’un vaste trafic d’œuvres d’art, Emma parviendra-t-elle à résoudre les mystères qui l'entourent ? Saura-t-elle se libérer de l’emprise carnassière de la redoutable Valentine ? Enfin, réussira-t-elle à ravir le cœur de cette énigmatique archéologue qui lui rappelle, comme le disait sa mère, que la seule chose qui soit éternelle, c'est l’amour... ? Un roman qui se dévore littéralement.

Véronique Bréger, En souvenir de demain, roman, éditions KTM, Paris, 2006, 198 pages, 15 €.

Autres titres de Véronique Bréger : A titre provisoire, Kilomètre 24.

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Fabienne Larrivière dessine la carte du septième ciel
par Laetitia Schuck

Après des études en lettres et en photographie, Carte du septième ciel constitue sa première aventure littéraire. Il s’agit d’un recueil de douze nouvelles érotiques lesbiennes qui adoptent la forme de l'autofiction.

Dans cet ouvrage, Fabienne Larrivière décline son amour pour les femmes de plusieurs façons, entre rêve et réalité, passé ou présent. Elle nous emmène en voyage au centre de l’amour lesbien, accompagné d’une carte du tendre qui rejoint le septième ciel suivant divers itinéraires géographiques et amoureux. Au fil des étapes, on se berce d'illusions… ou on découvre des vérités. Fabienne Larrivière met en scène l’amour virtuel par téléphone ou via Internet ; elle évoque une rencontre avec une graphiste pleine de charme ainsi qu'une autre avec une artiste a priori hétérosexuelle. Mais cette Carte du septième ciel, c'est aussi une nuit d’amour en compagnie de deux soeurs jumelles asiatiques et un échange torride avec la femme de son meilleur ami le soir de ses noces... Dans son recueil, Fabienne Larrivière nous raconte des retrouvailles qui déclenchent des effets boomerang ; sans oublier le plan sexe avec une conductrice de bus et l'incontournable expérience sado-maso… Grâce à un langage simple, explicite… voire excitant, le désir et le plaisir traversent indéniablement ces fantasmes spatio-temporels. Les mots sont à la fois tendres et crus, directs et choisis, ils provoquent du sens et les sens…
À la lecture de Carte du septième ciel, on a l’impression de vivre plusieurs aventures par procuration, à travers la mise en scène des différents personnages. Les je et les jeux sont multiples, la représentation de la sexualité féminine est riche, sensible, explosive, sensuelle, intime. Fabienne Larrivière nous offre une vision kaléidoscopique qui dépasse les clichés et transcendant les tabous ; elle pose sur son environnement un regard optimiste : « La vie est folle et moi, je suis folle de la vie !!! » Les histoires de Carte du septième ciel vous feront certainement passer un agréable moment.

Fabienne Larrivière, Carte du septième ciel, nouvelles, éditions Publibook, 2006, 172 pages, 20 €.

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Réflexions et confidences de huit homosexuels
par Paul-François Sylvestre

Relationniste et agent littéraire dans le milieu de l’édition depuis vingt ans, Mireille Bertrand a recueilli les réflexions et les confidences de huit homosexuels, soit cinq qui s’affichent ouvertement et trois qui demeurent dans le placard. Selon elle, il ressort de ces entretiens une volonté chez les gais "de vouloir témoigner de ce besoin légitime d’être aimés et respectés avec leur différence (…), de pouvoir dire aux jeunes gais qu’il est possible de vivre son homosexualité dans la joie, le bonheur et la dignité".

Mireille Bertrand s’est entretenu avec deux journalistes, un designer de mode, un humoriste, un pompier, un écrivain, un enseignant et un artiste performiste. Tour à tour, ils ont parlé de leur enfance, adolescence et vie adulte, de l’importance ou non de faire son coming out, de l’amour et de l’amitié, des défilés de la Fierté gaie, du sida et de l’homophobie. Les avis sont partagés sur ces questions. Homo ne veut pas dire homogène.
Selon le journaliste Luc Boulanger, le coming out ou la sortie du placard s’impose naturellement. "La famille, c’est une maudite grosse partie de ta vie; ton côté émotif, affectif. Alors, comment peux-tu être dans le non-dit avec tes parents par rapport à quelque chose d’aussi important?" Boulanger estime que si un gai n’en fait pas un plat, si le coming out n’est pas quelque chose de honteux, mais plutôt un geste naturel et beau, les gens vont plus facilement accepter les gais. Le journaliste sait, par expérience, que l’insulte suprême dans une polyvalente, "c’est de se faire traiter de fif ou de tapette. Comment alors un jeune homosexuel, qui évolue dans cet environnement-là, peut-il s’épanouir? Comment peut-il se bâtir une bonne estime de soi?" Boulanger croit qu’il y aura moins d’homophobie le jour où les gens vont se rendre compte que tout le monde est pareil sur la Terre.
Designer de mode masculine et féminine, Philippe Dubuc a une vision peu commune de la vie gaie. Selon lui, les homosexuels sont sur la Terre pour avoir du fun, "c’est pour ça qu’on nous a inventés! On est là aussi pour être les amis des femmes et les faire danser dans les mariages! (Rires)" Au dire du designer montréalais, il y a beaucoup de tromperies chez les gais parce qu’ils sont des chasseurs. Il y a aussi "une consommation sexuelle qui se fait tellement rapidement chez les gais." Interrogé sur l’utilité des défilés de la Fierté gaie, Dubuc n’hésite pas à affirmer que, "d’un point de vue artistique, ces manifestations doivent être plus extraverties sans vouloir choquer à tout prix. L’envergure doit être présente, et l’éclatement aussi. Il ne faut pas avoir peur d’oser, sinon, qui le fera? (…) Si on montre une normalité, ça devient plate!"
Les trois témoignages sous pseudonymes sont très courts et moins percutants. Le journaliste Marcel note que la télévision a tendance à donner à tout le monde un air hétérosexuel, "même si nous ne le sommes pas". Le pompier Marcel avoue qu’il "a moins peur du feu que de l’opinion des autres". L’enseignant Andy affirme qu’il ne compte pas faire de son orientation sexuelle une carte professionnelle; il ne voit donc "aucun intérêt à sortir professionnellement du placard".
Contrairement à ce qu’on peut penser, ce n’est pas nécessairement plus facile de s’afficher dans le milieu des arts. L’humoriste Alex Perron connaît "plusieurs artistes qui ne diront jamais qu’ils sont gais sous prétexte qu’ils ont peur de perdre des contrats, ou leur public…" Perron estime, pour sa part, que le coming out est un must car si on se cache, on donne le signal qu’on a honte de soi. Il croit que les gais peuvent "être super-heureux et exercer n’importe quel métier. Il n’en tient qu’à nous." Dans un autre ordre d’idées, l’humoriste trouve qu’on est très sévère avec l’image des gens. "On demande la perfection. (…) le gars gai au corps bien ferme et musclé a plus de chances que celui qui a un surplus de poids." Ce constat ne demeure-t-il pas le même du côté hétérosexuel?
Le statut de minorité a ses inconvénients, mais aussi ses avantages. Parce qu’il est homosexuel, l’écrivain Pierre Salducci a été amené à réfléchir sur les rapports majorité-minorité. "Ça a fait de moi un être plus conscientisé face à certaines réalités sociales…"Salducci est convaincu que le fait de ne pas lutter contre l’homophobie constitue déjà une forme d’homophobie. "Pourtant, ça concerne tout le monde. C’est le climat social que tu améliores en luttant contre ces attitudes, et non uniquement la situation des gais." Ardent promoteur corpus gai, Pierre Salducci ne peut que "conseiller à tout le monde de lire notre littérature, elle possède un point de vue original et présente vraiment des destins extraordinaires. Nul mieux qu’elle ne rend aussi exactement compte de ce que nous sommes et de ce que nous vivons."
Le dernier témoignage est celui de l’artiste-performiste Zilon qui n’a pas toujours une idée positive des manifestations gaies : "j’ai vu une panoplie de gais que je trouve artificiels, qui ont besoin de pilules dans le corps pour fonctionner". Zilon a vécu plusieurs brèves relations et il semble en être sorti plus assagi. Voici ce qu’il clame haut et fort: "La première personne que tu dois aimer, c’est toi, et après ça, peut-être que tu vas attirer quelqu’un d’autre qui s’aime aussi…" Un autre constat qui s’applique tout aussi bien au milieu hétérosexuel.

Mireille Bertrand, L'Obstacle d'une différence : Paroles de gais, réflexions et confidences, entretiens avec Luc Boulanger, Philippe Dubuc, Alex Perron, Pierre Salducci et Zilon, éditions Québec Amérique, Montréal, 2006, 208 pages, 19.95 $.

Voir entrevue avec Mireille Bertrand.

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Michel Bellin impotens deus
par Pascal Éloy

Ancien prêtre et père de quatre enfants, Michel Bellin accepte son homosexualité alors qu’il atteint la cinquantaine. Il est l’auteur de plusieurs romans et nouvelles ainsi que d’une trilogie théâtrale. Devenu un athée farouche, il vient de publier Impotens deus, une réaction à l'instruction vaticane (relue et approuvée par Benoît XVI) qui interdit désormais aux candidats homosexuels l'accès à la prêtrise. Sous-titré "De l’angélisme chrétien à l’homophobie vaticane", ce dixième ouvrage de Michel Bellin a pu paraître grâce à une souscription.

Selon l'éditeur de Michel Bellin, il s’agit d’un livre "explosif puisqu'il constitue une charge à la fois percutante et drôle contre le christianisme mystificateur et homophobe." Eh bien pour tout avouer, soit la mèche était trop courte soit le pétard était mouillé, mais l’explosion n'est guère à la hauteur des attentes. En effet, le sous-titre laissait espérer une analyse argumentée sur les contradictions de la position de l’Église par rapport à l’homosexualité ou, du moins, une description étoffée de cette de cette évolution. Il n’en est rien.
Sous la forme d’un catalogue de lettres, d’articles, d’extraits de son journal personnel, l’auteur entreprend une attaque en règle de l’église catholique et de la croyance en Dieu. L’ancien prêtre se rebiffe et l’homosexualité ne semble, en fait, qu’un prétexte à un règlement de compte personnel. Dès lors, loin d’être l’analyse attendue, le texte se concentre sur les "méfaits" de l’église et de la religion, donnant ainsi l’impression d'une psychothérapie libératrice, tant il est vrai qu’à trop aimer, on finit parfois par haïr l’objet de son amour.
Sur un plan formel, le livre débute par une contribution grandiloquente dans laquelle fleurissent des mots ordinairement réservés à certains cénacles, comme : pécaminieux, superfétatoire, sotériologie, cauteleux, amphigourique... Malheureusement, la suite du recueil perd en qualité puisque les pages 17 à 22 servent uniquement à présenter trois "histoires drôles" ou supposées telles, tant elles sont éculées à force d’être répétées depuis des années. Pamphlet corrosif, catalogue scabreux sans cohérence, ce livre égocentrique ne tient aucune de ses promesses. Espérons qu’il aura, au moins, permis à l’auteur de comprendre et d’accepter son cheminement pour mettre un terme à ses diatribes revanchardes.

Michel Bellin, Impotens deus, de l’angélisme chrétien à l’homophobie vaticane, éditions Alna Atlantique, 2006, 115 pages, 17.50 €.



Le premier qui meurt d'Anne Alexandre
par Christel Marque

Second opus d’Anne Alexandre après La Table du mort, Le Premier qui meurt entraîne l’avocate Pauline Vogel dans une enquête des plus surprenantes, de Clermont-Ferrand à New York. Afin de répondre à l’attente désespérée d’une veuve éplorée, Pauline Vogel réouvre le dossier de Bruno Randoin, médecin réputé de Clermont-Ferrand, mort dans d’étranges circonstances.

Opposée à la vision de la police qui a conclu au suicide, peut-être un peu hâtivement, Pauline Vogel va relever le défi de cette nouvelle enquête en fouillant minutieusement le passé du médecin. Pour l’aider dans sa quête de la vérité, elle s’adjoint les services d’Antoine, un ami ex-policier dont le charme ne laisse pas insensible la juge d’instruction Laurence Le Vigan, qui a également proposé son aide. Pauline Vogel devra donc trouver si le docteur Randoin s’est réellement suicidé comme semblent le démontrer les premières constatations du légiste ou s'il s’agit d’un meurtre motivé par un mobile crapuleux.
Cette nouvelle affaire fait suite au roman précédent de Anne Alexandre et réunit encore une fois la fameuse avocate Pauline Vogel et l’énigmatique juge d’instruction pour une valse séductrice que la présence du bel Antoine pourrait bien venir ternir. Confrontée en même temps à la mort suspecte du médecin et à l’attitude des plus ambiguës de la ravissante juge, Pauline Vogel parviendra-t-elle à résoudre cette affaire tout en gagnant la bataille de la séduction ?

Anne Alexandre, Le Premier qui meurt, roman, Paris, éditions KTM, 2005, 184 pages, 15 .

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Monique Wittig : la pasionaria du monde lesbien
par Shawn Mir

Écrivain reconnue, dramaturge, poète et penseur, figure très controversée mais brillante universitaire, diplômée des Hautes Études en Sciences Sociales et linguiste de renom, Monique Wittig nous a quittés brusquement le 3 janvier 2003, à l'âge de 67 ans, laissant derrière elle une oeuvre parfaite qui s’inscrit dans la seconde vague du mouvement féministe. Ses écrits ont eu un formidable retentissement sur la théorie féministe mais aussi sur la communauté gay et lesbienne dans le monde entier.

La démarche d'une lesbienne dans un monde masculin machiste, son existence même, sont un combat au quotidien et l’existence de Monique Wittig en est une preuve supplémentaire. Linguiste renommée, Monique Wittig eut le courage très tôt d'afficher ouvertement sa différence et d'en faire une question politique. Elle a mis l'accent sur les problèmes de genre et de sexualité à une époque où cela provoquait scandale et opprobres. Judith Butler et de nombreuses chercheuses se sont inspirées de ses travaux.
Monique Wittig inventa le féminisme matérialiste et dénonça le pseudo mythe de la femme. L’influence de sa pensée reste importante non seulement en France où elle reste méconnue, mais plus encore à l’étranger. Son parcours est exemplaire. Dès 1964, elle publie L'Opoponax, qui obtient un grand succès dès sa parution et reçoit le Prix Médicis. Cinq ans plus tard, en 1969, elle lance Les Guérillères aux éditions de Minuit.
Le 26 août 1970, elle dépose une gerbe de fleurs devant l'Arc de Triomphe à la mémoire de la femme du soldat inconnu, un geste symbolique considéré comme un des actes fondateurs du M.L.F. (Mouvement de Libération des Femmes) et qui marque également le début de la prise de conscience féministe en France. L’année suivante, on la trouve aux Gouines rouges, le premier groupe lesbien parisien. Elle fit aussi partie des Féministes Révolutionnaires.
En 1973, elle signe Le Corps Lesbien qui, de par son titre, fait..... scandale ! Ici, Monique Wittig exalte l'amour physique entre femmes loin des clichés des écrivains masculins et de leurs fantasmes. Son sens des mots est la clé de voûte du livre "car, comme la lettre, le sens se perd. Sans cesse." En 1976, elle fait paraître Brouillon pour un dictionnaire des amantes, chroniques que l'on déchiffre avec des clés et qu’elle co-signe avec sa compagne Sande Zeig. La même année, lasse de ne pas être reconnue comme elle devrait l'être, Monique Wittig part s’installer aux États-Unis où elle enseigne la littérature française dans de nombreuses universités. Elle produit des textes qui alimentent la pensée et les créations lesbiennes. La plupart de ses articles sont publiés en anglais dans Feminist Issues.
Son écriture est "lesbianocentrée", tout comme sa réflexion. Elle réfute la notion de différence sexuelle allant jusqu'à nier le principe de littérature féminine. Selon elle, l'écrivain doit gommer les sexes et la marque linguistique du genre. Monique Wittig privilégie le pronom. Dans ses livres, les lesbiennes sont représentées comme une catégorie d'êtres humains qui échappent à leur destin de femmes grâce à leur refus des tâches imposées et codifiées d'avance et à leur rejet du pouvoir économique, idéologique et politique imposé par l'homme.
De 1990 à 2003, Monique Wittig enseigne à l'Université de l'Arizona à Tucson. Une bourse d'écriture portant son nom a d’ailleurs été créée afin d'encourager l'innovation sur le plan des formes littéraires et des rapports entre langue et politique. En 2001, elle sort un de ses livres les plus importants, La Pensée straight (comprendre La Pensée hétéro), une série d'essais qui suscitent réactions et débats politiques, tout en restructurant les groupes féministes et lesbiens américains. Pour Monique Wittig, l'hétérosexualité est un régime politique basé sur un contrat social que les lesbiennes refusent. "Il serait impropre de dire que les lesbiennes vivent, s'associent, font l'amour avec des femmes car la femme n'a de sens que dans les systèmes de pensée et les systèmes économiques hétérosexuels. Les lesbiennes ne sont pas des femmes.", écrit-elle.
Dans les années qui ont suivi, de nombreuses conférences, thèses, et études ont été consacrées à Monique Wittig et à son écriture. Femme de tête et de talent, Monique Wittig a profondément marqué sa génération ; et les suivantes lui doivent beaucoup. Elle restera à jamais la passionnara du monde lesbien. Il faudra pourtant attendre 2001 pour que Paris lui offre enfin la reconnaissance avec un premier colloque international.

À consulter :
Catherine Ecarnot, L'Ecriture de Monique Wittig, essai, Paris, éditions L'Harmattan, collection Bibliothèque du féminisme, 2002, 222 pages, 19 .

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Irrésistible : événementiel et célébration d'union gay et lesbienne


Pour 2 DVD GAY TIGER PROD achetés le troisième est offert.


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