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Juillet 2007 - Numéro 54 - 5e année ©

Au sommaire :

Les dix meilleurs titres lesbiens : palmarès de Christel Marque

 

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Des troubles pour Sabin C.
par Pascal Éloy

Sous le patronage bienveillant de l'éditeur Pédro Torres, Sabin C. débute sa carrière en travaillant deux ans sur une trilogie qu'il baptise Les Sentiers qui mènent à soi. Le roman Les Troubles, qui vient de paraître, en est le premier volume. On y trouve de tendres amours, une sexualité débridée, des relations familiales complexes ou frustrantes, ainsi qu'un questionnement sur une démarche spirituelle ou une ambition sociale. Autant d'ingrédients qui vont entraîner le lecteur à la rencontre des fameux troubles.

Les Troubles raconte l'histoire d'Océan Debeauvallon, un jeune adolescent ambigu, guidé par une quête spirituelle et qui aime les mystères de l'esprit. Océan est beau, Océan est charmant... C'est en tout cas ce que pensent ses amies, et bientôt aussi ses amants… Mais cela ne lui suffit pas puisqu'il est amoureux de son compagnon de classe Rémiel dont il recherche l'attention de façon obsédante ! Son parcours lui fera rencontrer des siréneaux, une Ombre, un Magicien des faces et autres créatures extraordinaires…
On l'aura compris, Les Troubles est un roman fantastique et étrange. Qualifié d'ouvrage initiatique, il s'avère manifestement une œuvre de jeunesse, un livre simple, presque simpliste tant l'histoire part dans tous les sens, sans que l'on puisse sentir une direction logique au texte. Des aventures s'entrecroisent sans suite, des personnages apparaissent puis disparaissent sans qu'on sache ce qu'ils deviennent… La clef de toutes ces énigmes est peut-être donnée dans les autres volumes, quoi qu'il en soit, le texte livré ainsi manque singulièrement de clarté. Le fait de diviser le récit sous forme d'une trilogie n'y est sûrement pas pour rien, si bien que l'on peut vraiment s'interroger sur la pertinence de ce choix.
Sur le fond, bien que le livre soit présenté comme « plutôt chaud », les actions sont plus suggérées que montrées de façon explicite, un peu comme dans les vieux films de David Hamilton, rien de très torride ! Bref, il faut lire Les Troubles pour se détendre, sans réfléchir ni attendre quoi que ce soit… si ce n'est peut-être les deux autres volumes afin de savoir si la trilogie est réellement intéressante. À noter le beau dessin très caractéristique de la couverture du livre qui est un hommage de Sven de Rennes à l'auteur.

Sabin C., Les Troubles, éditions Textes gais, Paris, 2007, 168 pages, 12 €.

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Cristie Cyane y va demain
par Laetitia Schuck

Poète et lesbienne, Cristie Cyane a reçu plusieurs prix de poésie dont celui organisé par l'éditrice et militante Geneviève Pastre. Ses textes paraissent régulièrement dans diverses revues littéraires. Plusieurs d'entre eux figurent également dans Demain, j’y vais…, un premier livre en forme de roman poétique. Passionnée par Renée Vivien, elle a créé et anime un site sur cette auteure.

Dans Demain j’y vais…, Cristie Cyane décrit l’itinéraire d’une jeune fille dans Paris, qui affirme son identité et découvre l’amour dans les bras d’autres filles. Les amours entre filles constituent le thème principal qui charpente le recueil. Celles-ci sont décrites avec subtilité et justesse, de la séduction aux relations intimes. L'auteure propose une poésie sensuelle, sexuelle, qui célèbre l’amour lesbien. Il s’agit d’une poésie engagée, située entre histoire personnelle et collective.
Demain j’y vais… apparaît d’emblée comme un recueil structuré, ponctué de dessins et composé de quatre chapitres : Happy hours, Coming-out, Et à part ça ? et Renaissance. Dans cette dernière partie, la jeune femme découvre l’amour auprès d’une tatouée, elle s’affirme, puis, après sa rupture, se console avec une DJ. L’engagement est présent à plusieurs niveaux. Tout d’abord, Cristie Cyane témoigne de la visibilité gay et lesbienne. En effet, le recueil est un hommage à la culture homosexuelle à travers des références culturelles (Le don de visibilité), des lieux (Petit plan lesbien, Le Marais). Source de fantasmes, le monde de la nuit est omniprésent, notamment celui des bars et des discothèques (La Tatouée voltaïque, À voix basse, Le Physionomiste, La DJ…). Des symboles apparaissent ici et là, comme la violette dans le poème éponyme. Seconde prise de position, la dénonciation de l’homophobie et la difficulté du coming-out face à l’incompréhension des parents (On veut pas d’ça ici !, Dans la rue). Enfin, Cristie Cyane donne une place à la nature et dénonce sa destruction (Planète consumée).
Tant au niveau du fond que de la forme, Demain, j’y vais… s’inscrit entre tradition et modernité. En ce qui concerne le fond, plusieurs références renvoient à des auteurs classiques. L'allusion explicite à Verlaine dans Fêtes galantes se veut en décalage avec le lieu évoqué : une discothèque. Pour sa part, Clair-obscur superpose la vision de Cocteau et le thème de la nuit. Enfin, des inventaires à la Prévert mélangent les registres et les univers pour apporter une spécificité très actuelle. Ainsi, l’écriture de Cristie Cyane se fait géographique, photographique; elle donne à voir des instantanés de vie. Les évocations picturales et musicales ajoutent un cadre original à ses poèmes.
Au niveau de la forme, même constat : le classicisme (quatrains, répétitions, rimes, métaphores…) côtoie une tendance avant-gardiste avec des néologismes (des filles qui se prident) et des calligrammes. Dans Zoom sur le dancefloor, la disposition des strophes suit le rythme du son et fait émerger une sorte de poésie électrique et électronique. Cristie Cyane réunit donc poésie et musique, originellement liées. La ponctuation est peu présente, laissant libre cours à l’expression et au développement des idées et des sensations. Porté par une poésie de liberté et d’aventure, le message délivré par Cristie Cyane est avant tout synonyme d’espoir. Demain j’y vais… renferme des poèmes ciselés, à la fois légers et profonds, qui redécouvrent le Paris arc-en-ciel. Plongez-vous dedans !

Cristie Cyane roman poétique, éditions Geneviève Pastre, Paris, 2004, 14 €.

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Renaud Camus Tricks
Source : Gay-Kult.com

Dans cet ouvrage autobiographique, l'écrivain reconnu Renaud Camus évoque sans fausse pudeur ses Tricks, ce qu'on appellerait aujourd'hui des plans cul... Un ouvrage qui ravira les amateurs de récits épicés, mais aussi un précieux témoignage sur toute une époque aujourd'hui révolue.

C’était une époque où le sida n’existait pas, où la liberté sexuelle permettait déjà mille folies, mille voluptueuses débauches. Une époque hélas révolue... L’ouvrage de Renaud Camus est presque scientifique : l'auteur a scrupuleusement couché sur le papier ses histoires d’un soir ou d’une semaine... et elles sont très nombreuses ! Cette recherche de l’exhaustivité et du détail nous ferait presque penser au travail d’un anthropologue plongé dans le milieu gay. On découvre ainsi les différentes coutumes de cette étrange tribu débauchée. Inutile de préciser que ces récits sont particulièrement excitants. Par ailleurs, il est assez plaisant de remarquer les éléments distinctifs des gays de l’époque. Les modes et les codes n'étaient pas les mêmes : par exemple, presque toutes les descriptions font référence à des partenaires moustachus.
Bien que daté, Tricks reste un ouvrage on ne peut plus revivifiant (si vous voyez ce que je veux dire), à faire lire aux stakhanovistes du plan Q qui croient avoir inventé la sexualité débridée... En la matière, ça fait bien longtemps qu’il n’y a rien de nouveau sous le soleil !

Renaud Camus, Tricks, éditions POL, 1988, Paris,  €.

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Rencontre avec Frédérique Anne
par Judith Silberfeld, source : Tetu.com

Responsable de la modernisation au ministère de l'Éducation nationale, Frédérique Anne a un temps présidé L'Autre Cercle, une association culturelle LGBT d'envergure nationale. Aujourd'hui, à 55 ans, elle publie son premier roman, L'Envol.

Vous avez présidé L'Autre Cercle pendant un certain temps. Comment avez-vous décidé d'y militer ? 
Il y a eu un moment dans ma vie où je me suis demandé comment je pourrais être utile, où j'ai pensé qu'être centrée sur ma personne et ma vie ne suffisait plus. Ça a été une expérience intéressante. C'est terminé aujourd'hui, j'avais envie de passer à autre chose, notamment terminer ce roman commencé il y a des lustres.

Comment passe-t-on de présidente de l'Autre Cercle à auteure de roman ? 
Je suis auteure de romans depuis que j'ai 12 ans, mais L'Envol est le premier que j'ai terminé et que j'ai trouvé montrable. Je suis une littéraire, de toute façon. À l'origine, je suis prof de lettres. Ce qui m'intéresse, plus que l'histoire, c'est le processus d'écriture.

Êtes-vous plutôt quelqu'un de militant ? 
Pas franchement. J'ai 55 ans, et pendant des années, j'ai considéré que j'en faisais assez en existant et en vivant au grand jour. Et pour l'instant je suis plus dans une démarche où j'ai envie de développer ce que l'écriture peut m'apporter et ce que moi, je peux apporter par ce biais. Quand on écrit depuis des années et que quand on fait lire à des gens ce qu'on écrit, on se rend compte que ça les intéresse, ça donne envie de creuser l'affaire.

L'Envol est-il un livre autobiographique ? 
Largement. La narratrice me ressemble étrangement, son discours intérieur ressemble à mon discours intérieur, certains épisodes ressemblent à des choses que j'ai pu vivre ou voir vivre par d'autres, mais ce n'est pas une autobiographie, ça reste un roman. Avec L'Envol, au-delà de l'histoire d'amour qui reste très classique, j'ai voulu montrer qu'on a de multiples autorisations à se donner pour vivre ce qu'on a envie de vivre, que ce soit par rapport à ses parents, à la société, à ses ex.

D'autres livres en perspective ? 
Un recueil de nouvelles qu'il faut que je termine et l'ébauche d'un deuxième roman.

Lisez la critique de L'Envol par Christel Marque.

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Le coeur de Philippe Bouziaux vibre là-bas
par Pascal Éloy

Mon cœur vibre encore là-bas est le premier ouvrage de Philippe Bouziaux. Présenté sous la forme d'une chronique, ce livre retrace la vie de cet auteur, sa chute et sa renaissance, le tout émaillé de scènes de combat que le narrateur mène contre lui-même ainsi que d'un florilège de confessions intimes.

Le monde de Philippe a été profondément secoué en quelques années. Celui-ci a été victime d'une grave maladie, a perdu un emploi, ses derniers salaires ne lui ont pas été versés et il a quasiment été contraint de déménager… Par contre, il a redécouvert l'amour et retrouvé la foi, ce qui a fait naître en lui la flamme de l’espoir. Désormais, il consacrera sa vie à celui qu'il aime et aux autres, ceux qui se heurtent à des problèmes pires que les siens.
Un jour, après de nombreuses réflexions, Philippe décide de créer une association pour apporter du matériel scolaire à des enfants pauvres du Maroc. Afin de s'assurer que son aide sera correctement distribuée, il part lui-même à la conquête de ce pays étrange et idéalisé. Son périple va le mener de la Dordogne à la Creuse, en passant bien sûr par le Maghreb. Un voyage qui lui permettra finalement de retrouver ses souvenirs, d' affronter ses propres angoisses, de se confronter à ses convictions, mais surtout de revenir vers lui-même.
A n'en pas douter, Mon coeur vivre encore là-bas n’est pas seulement le récit d'une excursion au Maroc. Il s'agit avant tout d'un véritable voyage thérapeutique, un bilan personnel que l’auteur offre avec douceur, et beaucoup de sincérité, jusqu'à l’épanouissement. On peut toutefois regretter que ce roman, pudique dans ses premières pages, devienne assez rapidement d'une sensiblerie extrême, ne cachant rien des états d'âme ou de corps de l'auteur. De même, il est dommage que les références religieuses ou les actions de grâce qui parsèment le livre le transforment, au pire, en un catalogue de bonnes intentions religieuses, et, au mieux, en un témoignage sur la foi d'un homme.
Bref, Mon coeur vivre encore là-bas est bien un premier roman et cela se sent dans l'écriture et les procédés narratifs utilisés. Toutefois, on ne peut qu'être touché par la sincérité poignante de
Philippe Bouziaux et l'encourager à ne pas hésiter à enrichir la profondeur de ses textes pour ses prochains ouvrages. Il en est très probablement capable !

Philippe Bouziaux, Mon coeur vibre encore là-bas, Paris, Éditions Publibook, 2007, 146 pages, 17 €.

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Anne-Laure Mahé a un ticket de caisse
par Christel Marque

Anne-Laure Mahé se définit elle-même comme un animal opiniâtre et lunaire qui se nourrit depuis toujours au sucre des mots. Après 360 rue des degrés et Ça se finit comment ?, ainsi que de nombreuses participations à des recueils de nouvelles, elle nous offre Ticket de caisse, un récit insolite teinté d’humour noir.

Ticket de caisse est né d’une constatation affligeante face au marché florissant du couple, à l'exploitation grandissante de l’amour et à la stigmatisation du célibat. Anne-Laure Mahé propose ici une satyre du système commercial et inhumain déployé pour valoriser le couple et déprécier le célibat. À travers le personnage de Lilith Putien, une jeune femme belle, séduisante mais seule, elle met en exergue les dangers d’un consumérisme amoureux à outrance.
À travers les témoignages de ceux qui l’ont côtoyée, Ticket de caisse retrace le parcours chaotique d’une demandeuse d’emploi amoureux prise au piège d’un système mercantile qui efface toute relation humaine au profit d’un marchandising exacerbé. Désespérée de ne pas rencontrer la femme de sa vie, Lilith Putien se lance sur le marché de l’amour comme on se jette dans le monde du travail à l’heure où l’amour est devenu une affaire d’état, voire un business rentable, où l’être humain est transformé en produit de marketing aux dépens des sentiments et des passions. De stages en coaching, Lilith Putien va cumuler contrats nouvelle débauche du cœur (CNDC) ou emploi jeune solidarité du cœur (EJSC) sans pour autant parvenir à trouver l’âme sœur.
Dans cette course effrénée à l’emploi amoureux idéal, parviendra-t-elle a exhaussé son vœux le plus cher sans pour autant être dévastée par le système ? Quant à nous, à la lecture de ce pamphlet satyrique, saurons-nous nous garder de cette consommation à outrance, de cette société en passe de réduire l’humain à sa seule productivité ? Saurons-nous préserver ce qui définit notre humanité, à savoir l’amour ?

Anne-Laure Mahé, Ticket de caisse, éditions de la Cerisaie, Paris, 2007, 192 pages, 14 .



Les rameaux de pêchers de Michel Aurouze
par Pierre Salducci

Deuxième titre de l'artiste, romancier et poète Michel Aurouze, Les Rameaux de pêchers date déjà de plus d'une quinzaine d'années. Mais loin de lui faire perdre de l'intérêt, cette distance par rapport à aujourd'hui donne à cet ouvrage toute la valeur d'un témoignage exceptionnel.

LES RAMEAUX DE PECHERS, Michel AurouzeLes Rameaux de pêchers commence par une partie consacrée à l’enfance. Le petit Gildas est placé dans une ferme à l’abri des bombardements qui frappent le pays au cours de la seconde guerre mondiale. Notre héros découvre la vie à la campagne et se prend d’intérêt pour un camarade de son âge, Romain. Des sentiments qui seront malheureusement contrariés. Par la suite, Gildas trouvera refuge au bord de la mer pour quelques jours d’évasion pendant lesquels il aura l’occasion de croiser le chemin d’un groupe de jeunes soldats allemands dont un s’intéressera tout particulièrement à lui. À peine esquissée, et seulement par allusions, cette scène qui pourrait sembler anecdotique prendra tout son sens dans la seconde partie du roman. Ce premier mouvement fait penser à une sorte de nouvelle version du film Jeux interdits, mais au masculin, avec une touche de Roger Peyrefitte et de Tony Duvert.
Fondu au noir. Nous voici dans une deuxième époque, dix ans plus tard. Et là, il faut se rappeler que Les Rameaux de pêchers a ceci de particulier qu’il s’agit d’une sorte de commande. En effet, Michel Aurouze a rédigé ce récit en réponse à la suggestion de Hugo Marsan qui souhaitait qu’on écrire un livre sur les milieux cuir homosexuels afin qu'on cesse d’assimiler ses adeptes à ceux de l’extrême droite. L’histoire a donc pour objectif de remplir ce mandat et on s’en rend compte tout à coup ici. Gildas est devenu adulte. Il fréquente un club de motards et, par la force des choses, découvre le port du cuir, collé contre son partenaire à l’arrière d’une grosses cylindrée. Une émotion évidemment très sensuelle. Cette initiation est très vite associée à ses premières relations et expériences sexuelles. On comprend alors que la rencontre avec le soldat sur la plage lorsqu'il était enfant n'est pas tout à fait étrangère à tout ça.
Dans le dernier mouvement encore plus court que les précédents (sachant que le tout fait moins de 90 pages), Michel Aurouze conclut son récit brusquement en nous transportant dans une troisième époque dont le propos est tout à fait différent.  Le romancier abandonne tout souci de défendre la thèse sur les milieux cuir – relégué brusquement aux oubliettes - et se ré-accapare son personnage qu'il décide de retrouver encore dix ans plus tard. Gildas, devenu médecin après des études brillantes, est maintenant installé mais cherche toujours l’amour. Une quête qui s’achèvera hélas de façon assez négative. Notre héros fait la connaissance d’un ancien militaire qui lui conseillera de se garder seul et libre. Ne t’encombre pas de chaînes, personne n’en vaut la peine, lui assène-t-il. Une position somme toute assez discutable et qui mènera le pauvre Gildas à renoncer à ses aspirations. Mais quelle vision de l'homosexualité pouvait-il bien attendre de la part d’un militaire ?
Michel Aurouze a une façon bien à lui de raconter et rien qu’en cela il mérite d’être lu. Excessivement pudique, il compose son univers par petites touches exactement comme en peinture, un art qu’il pratique d’ailleurs. Son écriture procède par phrases courtes et précises, presque sèches. C'est un écrivain qui n’est pas du genre à s’épancher. Son histoire constitue indéniablement un témoignage intéressant sur une époque et une façon de vivre l’homosexualité. On pourrait s’agacer du caractère extrêmement victime du narrateur et de sa tendance à l’apitoiement, mais il s’agit sans doute d’une volonté d’expliquer la force des pressions qu’a pu exercer le contexte social sur certains d’entre nous. Peut-être même aujourd’hui encore. Au final, quoique sympathique, la démonstration sur le goût du cuir chez les homosexuels n’apparaît pas forcément très convaincante, mais Les Rameaux de pêchers aborde bien d'autres thèmes comme la bisexualité, l'homophobie ou le coming out, et constitue une réelle illustration des tourments intérieurs qui peuvent nous habiter.

Michel Aurouze, Les Rameaux de pêchers, roman, éditions Geneviève Pastre, Paris, 1991, 90 pages.

Découvrez les autres romans de Michel Aurouze : Les Millepertuis , La Faille , Une fleur d'Edelweiss , L'Arc en ciel.

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Marina Hubert ou la confrérie de la broche
par Christel Marque

Marina Hubert travaille au sein d’une Direction des Ressources Humaines. L’écriture est pour elle un moyen de s’évader de son emploi. La Confrérie de la broche est son premier roman.

Carla est l’invitée de dernière heure d’un réveillon insolite où s’entremêlent caractères impétueux, joutes verbales et jeux de mots. Loin de se laisser prendre au dépourvu, elle réussit, par la finesse de ses propos et la portée de ses flèches, à faire bonne figure au sein de ce petit groupe d’amis aussi surfaits qu’imbus d’eux-mêmes. Jusqu’à l’ouverture des cadeaux. Carla se retrouve en effet détentrice d’une mystérieuse broche qui la rend totalement irrésistible aux yeux de tous. Sa vie sera alors complètement métamorphosée. Comprenant très rapidement les pouvoirs de cette broche magique, Carla obtient tout ce qu’elle désire, faisant fi de toutes les convenances. Tout, désormais lui est accessible. Y compris la célébrité. Mais derrière la satisfaction de ses désirs, au-delà de l’oubli des tabous et des contraintes de la vie quotidienne, se cache une quête de soi et de l’amour vrai.
Porte-moi avec clairvoyance et le monde te sourira, telle est la devise inscrite sur le coffret qui renferme cette broche magique. Comment ne pas céder à la facilité et à l’engouement des plaisirs retrouvés contre une vie quotidienne banale et sans saveur ? Comment convaincre de la sincérité de ses sentiments quand tout n’est que jeu et désir ? Cette broche est-elle réellement un précieux cadeau ou une malédiction dont il est difficile de se guérir ? Doit-on absolument négliger l’essentiel pour satisfaire tous ses désirs ? Et, pire encore, ne risque-t-on pas de se perdre soi-même ?

Marina Hubert, La Confrérie de la broche, roman, éditions de la Cerisaie, 2007, 144 pages, 13 €.

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