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Que vous fassiez vos premiers pas en littérature gay et lesbienne ou que vous cherchiez à en apprendre plus sur le sujet, La Référence a préparé pour vous une liste des questions les plus souvent posées ainsi que quelques définitions et repères historiques qui devraient vous aider à vous y retrouver. Consulter également notre liste des auteurs incontournables.
Littérature gay ou littérature homosexuelle ? Définition, caractéristiques, repères et références.Même s’il arrive encore souvent que les mots gay et homosexuel soient employés indifféremment par la population en général, ces deux termes ne désignent pas du tout la même chose. En effet, il s’agit de deux réalités complètement différentes.
Dans un premier temps, il faut considérer que
le mot gay n'a été créé qu'en 1969, aux États-Unis, suite au
mouvement de libération amorcé par les événements de Stonewal à New York. Ce
terme fait référence aux homosexuels organisés en communauté et regroupés
autour d’un mode de vie commun. Il sera généralisé au cours de la décennie
soixante-dix en incluant avec le temps l'affirmation et la reconnaissance de ce
qu'on appelle la culture gay. On peut donc difficilement employer le mot gay
pour qualifier quelque chose qui remonterait avant 1969. Même si on l’entend
souvent dire, il n’est donc pas correct d’associer Gide ou Cocteau, par
exemple, à de la littérature gay. Ces auteurs appartiennent en fait à ce qu’on
appelle la littérature homosexuelle. C’est un repère historique à ne
pas perdre de vue quand on situe une œuvre ou un auteur dans la chronologie
littéraire. Voir également : Littérature gaie, les années charnière ] Une question de survie ]
Définition de la littérature homosexuelle
La littérature homosexuelle est généralement écrite au neutre ou au il, c’est-à-dire à la troisième personne. Elle est souvent incarnée par une figure étrangère ou lointaine, qu'on ne rencontre pas autour de nous. C’est une littérature qui dans son propos et son imaginaire aime faire référence à l’histoire, notamment à l’antiquité, qu’elle soit grecque ou romaine, comme c’est le cas abondamment dans l’œuvre de Roger Peyrefitte par exemple. Le style est volontiers ambigu et flou, préférant faire appel à des images ou à des métaphores pour exprimer certaines choses plutôt que d’employer un langage trop direct. Même si ces auteurs sont tous des pionniers à qui il faut être reconnaissant aux yeux de l’histoire, il n’empêche que ces écrits sont encore marqués par une grande retenue et que tout n’est pas dit clairement. Il y a encore une certaine réticence à nommer trop ouvertement. C'est ainsi qu'André Gide parle de l’onanisme pour désigne la masturbation. Le lexique est volontairement un peu élitiste. On est entre gens du monde. Le langage est souvent un peu codé. On utilise le fantasme, la poésie, les périphrases, les métaphores. Enfin, la littérature homosexuelle se situe presque toujours dans une sorte d’ailleurs qui ne ressemble jamais au quotidien ordinaire : les marins et les prisons pour Genet, les ambassades et l’antiquité pour Peyrefitte, etc. L’homosexualité est ainsi présentée plutôt comme une sorte de fantasme et non comme une réalité concrète. On est loin de toute revendication. On se contente d’illustrer. Ce sont des univers non-menaçants pour les hétéros car présentés d’emblée comme hors norme ou en marge. C’est loin du réel. Sur le plan de l’homosexualité, ce n’est pas d’une franchise absolue. Il n’y a pas de devoir d’authenticité. Les auteurs prennent parfois des libertés face à leur propres expériences, ils se cachent un peu. Plusieurs points peuvent rester dissimuler (notamment ce qui concerne l’acte sexuel en tant que tel, certains faits trop audacieux, les sentiments trop explicites, etc.). En fait, en ce qui concerne l’homosexualité, personne ne se sent tenu à quoi que ce soit. Il n'y a pas d'objectif collectif. Les grands auteurs homosexuels de la littérature homosexuelle française sont certainement Gide, Cocteau, Peyrefitte, Genet, Martin du Gard, Jouhandeau… Définition de la littérature gay
Animée par une forte volonté de se renouveler
et de s’affirmer comme un genre à part entière, la littérature gay
pour sa part prend presque systématiquement le contre-pied de tout ce qui
définit la littérature homosexuelle. D’abord, elle s’écrit au je
et affiche dans son ton une impudeur proche de l’exhibitionnisme. Le
vocabulaire n’a pas peur d’être cru. Le genre préféré de la littérature
gay est le récit autobiographique, le journal ou l’auto-fiction. Il y est
beaucoup question de soi, de sa vie, mais aussi surtout de sa sexualité et de
ses amours. En France, les grands représentants de cette littérature sont
certainement Guillaume Dustan et Érik Rémès. La littérature
gay a ceci de particulier qu’elle s’inscrit dans un courant international et
s’autoréférence volontiers, renvoyant notamment aux particularités de la
communauté gay, aux mouvements gays, à l'histoire et aux textes des autres.
Les auteurs de cette littérature se connaissent au delà des frontières. Ils
sont en relation et s’influencent mutuellement. Ils aiment se mettre en scène
eux-mêmes ainsi que leur petit monde. De par sa force et son originalité, la littérature
gay a ouvert la voie à toute une nouvelle génération d’auteurs
hétéros qui ont adopté à leur tour une liberté de ton et de propos
totalement nouvelle.
Historiquement, on considère que Yves
Navarre est l’auteur charnière qui a marqué dans la francophonie la frontière entre la littérature
homosexuelle et la littérature gay. Navarre parlait l’anglais
et avait vécu à New York, il y avait des amis et a ramené en France certains
de leur points de vue entraînant ainsi les débuts de la littérature gay,
notamment par une franchise de ton qui repoussait les frontières habituelles de
l’époque.
Haut de la page ] Qu'est-ce qui détermine si un roman est gay ou pas
?
Dès qu'il s'agit de déterminer si un roman
est gay ou pas, homosexuel ou pas, c'est bien entendu le contenu de l'oeuvre qui
est pris en compte, c'est-à-dire le propos, les situations, les personnages, et
non au grand jamais l'orientation sexuelle de l'auteur. Ainsi, il peut très
bien arriver qu'un auteur gay ou homosexuel écrive une oeuvre tout à fait
hétérosexuelle, c'est même très souvent le cas, soit parce que l'auteur
n'assume pas ce qu'il est, soit parce qu'il tient à dissimuler sa vie privée
par peur des conséquences ou réactions extérieures, soit pour des raisons
économiques parce qu'il a conscience qu'un roman gay se vend toujours moins
bien qu'un roman hétérosexuel et rencontre moins de succès. Voir également :
Et la littérature lesbienne ? Repères historiques et références.
Même si elle
est tout aussi dynamique, talentueuse et diverse, la littérature lesbienne ne
s'est pas inspirée des mêmes dates ou repères que la littérature
homosexuelle. Elle a suivi sa propre évolution, distincte, selon sa propre
histoire, répondant à des impératifs différents, et visant ses propres
objectifs. C'est ainsi que certains genres sont communs à la littérature gay
et lesbienne, comme le polar ou l'érotisme, mais pas forcément tous. Comme il
se doit, la littérature lesbienne a ses propres modèles, ses classiques et ses
légendes. Elle a aussi ses figures de proue et ses militantes. Parmi les
écrivaines lesbiennes les plus connues de la francophonie citons en vrac Monique
Writting, Marie-Claire Blais, Geneviève Pastre, Elulla
Perrin, Hélène de Montferrand, Cy Yung, Violette Leduc,
etc...
Voir également : Nina Bouraoui : Mes
Mauvaises Pensées / Prix
Renaudot ] Geneviève Pastre : Une
femme en apesanteur / Vis
à vis ]
La littérature gay est-elle toujours
érotique ?
Pendant des décennies, la littérature homosexuelle a surtout
illustré ce qui différenciait les homosexuels des autres,
leur espace secret voire interdit, c'est-à-dire la sexualité et ses pratiques. Et il
en fut ainsi jusqu'à très récemment encore. De là est née cette
conception que la littérature homosexuelle est associée au sexe, qu'elle
n'est composée que de scènes de baise et qu'il s'agit de textes qu'on lit
« d'une seule main », sous-entendu qu'on se masturbe en même
temps. L'écrivain Edmund White nous donne une bonne idée de la
considération que les auteurs avaient pour la littérature gay encore
tout récemment quand il explique dans son livre La Bibliothèque qui brûle :
« Quand la première conférence littéraire gaie européenne se tint à
Londres, il y a quelques années, pas un seul écrivain français de sexe
masculin n'accepta d'y participer; tous trouvaient insultant le sobriquet
écrivain gai ». (p. 198.) Voir également : The Violet Quill (en anglais) ] Union des écrivains gais ] Felice Picano : Nous étions l'histoire en marche ] Edmund White : Mes dix vies ] La littérature du sida et le roman policier
Les années 80 vont imposer une autre thématique à la
littérature gay avec l'apparition et la généralisation du sida, qui
deviendra un thème quasi récurent de tous les textes gays pendant les 15
à 20 ans qui vont suivre. En France, le plus représentatif du courant du
sida est très certainement Hervé Guibert. Le fait de tomber si gravement
malade a complètement changé la donne dans la vie de cet artiste
homosexuel et relativement discret sur la question. Car une fois qu'il
s'est su condamné, son ton, ses préoccupations, son regard, tout a changé
en lui comme dans son oeuvre, et très rapidement. Des textes comme À l'ami qui ne m'a pas
sauvé la vie et Cytomégalovirus, ouvrent des portes dans l'histoire de
la littérature française. L'auteur dispose d'une liberté de ton que
seul un condamné à plus ou moins long terme peut se permettre. Son
statut de « presque mort » le protège. Du coup, livre après livre, il ira le
plus loin possible, jusqu'au bout, et ses écrits continueront à paraître
même plusieurs années après sa disparition. Du fait de son sida et de sa
médiatisation, Hervé Guibert reste très certainement un des auteurs ouvertement
homosexuel le plus lu de l'histoire de France. Un véritable phénomène. Mais la littérature du
sida connaîtra d'autres succès comme Vincent Borel, Pascal de Duve, et
bien sûr Cyrile Collard. Voir également : Polar lesbien ] Maud Tabachnik : J'ai regardé le diable en face ] Michael Nava : Sous une pluie de flammes / L'Art du thriller ]
L'autofiction et la modernité
Au tournant
des années 90, la littérature gay va s'engouffrer massivement dans un nouveau
genre en découvrant l'autofiction. Cette façon d'écrire sur soi en se mettant
en scène tout en se réservant le droit de prendre des libertés face à la
réalité va tout simplement enchanter les gays qui, depuis la littérature du
sida, ont pris goût aux aveux, confessions et autres explorations de soi-même.
Les illustrateurs les plus assidus de cette littérature gay
autofictionnelle sont très certainement Guillaume Dustan et Erik Rémès
pour les hommes et Christine Angot pour les femmes, même
si au cours des années 90 et 2000, c'est presque tous les auteurs de cette
littérature qui y auront recours d'une manière ou d'une autre, donnant ainsi
à la littérature gay la forme et les caractéristiques qui la définissent le
plus aujourd'hui et qu'on utilise pour la définir. Cela dit, il ne faut pas
perdre de vue que la littérature gay et lesbienne a aussi abordé bien d'autres
genres avec le temps comme le roman psychologique, la science fiction
(dont l'auteur le plus représentatif est certainement Francis Berthelot),
le fantastique, la poésie, le théâtre et autre... Voir également : L'autofiction ] Science fiction et homosexualité ] Fantastique et homosexualité ] |
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